jeudi 20 novembre 2008

Novembre



Un instant j'ai vu l'arbre transparent

en filigrane sur le ciel

une feuille translucide d'où s'évaporent les nervures

tel un tissu de radicelles

tel un fouet de pluie

tel un miroir de soleil d'eau picoré de rêves d'oiseaux

aujourd'hui envolés

à l'extrême des brumes d'un été déjà lointain

avec au centre des veinures

un coeur battant encore du souvenir

que recueillent les tombes

Dans tes yeux aussi je l'ai vu

l'arbre

dans tes yeux ouverts sur le vieillissement

de nos gestes et sur la solitude embaumée

des chrysanthèmes qui se fanent

Alors que les jours expriment la rouille

les fauves et les ocres lumineux

et que les vents accourent du fond des terres


J.B. 20 novembre 2008









mercredi 12 novembre 2008

L'écriture

Oeuvre chypriote à la FIAC 2008 de PARIS



Alors, Jean, tu écris toujours ?

Depuis 13 ans que je publie (difficilement), cette question m'est posée régulièrement, surtout de la part d'anciens collègues de travail (qui considèrent sans doute qu'il s'agit d'un passe-temps, ou d'un hobby, comme on dit aussi). Parfois, j'ai envie de répondre par une question: Je ne peux pas ? , ça te gène ?, tu crois que ça va me passer? Ce n'est pas si grave... Il y a dans cette question une espèce de jugement négatif qui m'est désagréable. Je sais bien que nul n'est prophète dans son pays.

Aussi, un jour, j'ai eu envie d'écrire ce que l'écriture représente pour moi.



L'écriture.




Les mots

je les ai mâchés comme de l'herbe à silence

à en vomir

j'arguais du globe de verre

qui m'isole du monde

je volais de place en place

tel un planeur dans la sphère

de ma nuit où je dormais

croyant m'immoler

La spéléo de l'écriture

la cagoule du meurtrier

qui n'a plus rien à avouer

la profondeur des eaux stagnantes

les aiguilles de ma chair de glace

tournées vers l'extérieur

comme celles d'un porc-épic

les stalactites de ma pauvre âme

plantées à contre-sens

Parfois je songe aux milliers de mots

que j'économise comme un avare

où sont-ils donc ? Me restera-t-il un regard de mime

un cri de sourd-muet

le langage du sémaphore

les gestes des clowns

à la bouche cousue ?

Les images se précipitent

comme un troupeau de bisons

dans un désert

Bousculade infernale à en frémir

après ce n'est plus que poussière

le grondement sourd de la fin du monde

la mort ou la folie d'Alzheimer

Langage de fou

ou de vieillard avant d'être vieux

absence de sens

tissage de contresens

hoquets sublimes de l'estomac

éructations

bruitage

tout se passe à l'intérieur du corps

qui ne fait que des bruits

de machine laborieuse

Ah! la belle alchimie mensongère de l'esprit

qui n'est que glouglou

borborygmes prétentieux

pétaudière

contradiction et foutaise

confusion

coma éthyliqie

Oui

plus de sons sur mes cordes vocales

cordes à linge délestées

cordes à sauter sans danseuses

cordes à vibrer sans musiciens

rien que des braises qui se consument

dans l'antre de ma cuisinière

et qui partent en fumée

On a beau articuler

les sons restent coincés

comme dans les rêves

l'oued est à sec

les lauriers desséchés

les pistes vont

nulle part

D'abord décoder

décrypter

démystifier

écouter les arbres

le vent

et les cigales

faire parler les hiéroglyphes des fleurs

respirer profondément

écouter la solitude et le peuplement de la mer

alors que tout chante

Entrer enfin dans le sang de l'écriture

alors seulement

sans se méprendre sur l'inévitable alternance

de la création où surgit la mort

à chaque instant

Car la naissance passe par la marée

le flux et la mouvance des flots

le sang et le sperme

la cendre

l'affolement

la multiplication et le cancer

l'anarchie et la mort

l'angoisse du néant

mais aussi la lactescence des mots

Tout se projette dans l'univers

même si c'est pour y mourir

la violence

la lave et l'ouragan

les fenêtres les portes s'arrachent au visage

les femmes s'ouvrent se déchirent

sous le scalpel de l'écriture

Tout dire ne jamais se taire

enfanter le sable des plages

les récifs de la mer

les arbres de soleil

l'inaccessible étoile

l'impossible archipel des mers australes

les enfers de nos têtes

nos peurs les plus secrètes

les mots de feu qui nous pénètrent

comme des pensées de chair

et des sexes en rut

Etre un fleuve

un océan

un gouffre

un aven sur le ciel

être la fange et la lie

dans laquelle germe

la vie.

lundi 10 novembre 2008

Alma de Saint Cloud











ALMA

La petite Alma de Saint Cloud
Est arrivée le 20 octobre, du ciel m’avait-t-on dit,
Du ciel ou de la terre, ça reste un beau mystère.
Et nous simplement de Belgique, petit pays voisin
Comme des mages frileux poursuivant la belle étoile
Sur les bords de la Seine.
C’est Tess le chat qui nous a ouvert la porte,
Il portait la clef à son collier,
Il miaulait d’une voix feutrée pour ne pas réveiller
La petite reine qui rêvait d’un pays lointain
Où tout le monde porte des noms à coucher dehors
Ou à dormir debout
Oseredzuk ou quelque chose comme ça,
Allez savoir.

Traduis-nous, Tess, dis-nous pourquoi
Ils s’appellent comme ça les gens de par là ?
De mémoire de chat, aussi longue que j’ai les moustaches,
Je n’en sais rien mais ils ont des prénoms que je comprend bien
Cécile qui chante et Arnaud qui peint, les deux grands
Rachel et Samuel les deux petits sages comme des images
Enfin, c’est ce qu’on dit car moi je n’en crois rien
Des enfants sages c’est triste et ennuyeux
Si vous voyez ce que je veux miauler.

Et il nous a tourné le dos
La queue droite comme un cierge de Pâques.
Antoinette et François derrière leur porte
Ecoutaient Tess sans respirer, tout guillerets.
La petite Alma, ils l’avaient vue déjà
Dans son berceau.

Ah ! quelle joie, la jolie princesse
Dont on dirait plus tard
Vous savez bien, la belle Alma
Celle qui est venue sans crier gare
Un jour d’automne et de soleil
Dans le cœur de ses parents
De la petite Rachel blonde comme les blés
Et de Samuel aux sombres mirettes de petit sorcier.

Alors, nous, on est
reparti comme les rois mages
Vers notre petit pays
Souhaitant tout le bonheur du monde à
La petite Alma de Saint Cloud.
J.B

mardi 4 novembre 2008

Où l'on reparle de la guillotine


Il y a quelques semaines, j'assistais aux funérailles d'une vieille cousine française (bien plus vieille que moi) et j'y rencontrai, entre autres membres de ma famille, Philippe Bonnefis, professeur de littérature française retraité de l'Université de Lille et professeur de littérature aux E.U d'Amérique. J'avais lu un de ses livres il y a quelques années. Son érudition et son écriture m'avaient déjà impressionné. C'était un livre sur la couleur bleue chez Giono "Le petit pan de mur bleu".
Au repas nous avons convenu de nous adresser nos livres par la poste, à titre d'échange. Ce qui fut fait dans la quinzaine suivante. J'ai terminé la lecture d'un de ses livres Sur quelques propriétés des triangles rectangles édité chez Galilée, 9 rue Linné à Paris, en faisant la file au Grand Palais à l'exposition Picasso ( deux heures, heureusement au soleil). Cet essai me passionnait, cela va sans dire. Même une clarinette nasillarde d'un musicien de rue ne parvenait pas à me distraire de ma lecture.
J'avais retrouvé le mot triangle comme dans Triangles de la Nuit des temps, une de mes premières publications poétiques (Memory Press) mais aussi un sujet qui ne pouvait que rappeler mon premier roman :"L'arbre des exécuteurs" dont-il a d'ailleurs abondamment été question sur ce blog, il y a un certain temps. Je ne résiste pas à la tentation de reproduire ici la dédicace de Philippe. A Jean Botquin qui, si je m'en souviens bien, s'entend parfaitement à ces choses sombres.
Le petit livre de Philippe Bonnefis est un essai entièrement dédié au triangle rectangle dans la littérature du 19ième siècle en France, en particulier le triangle de sinistre mémoire qui modernisa la guillotine antérieurement dotée d'une hache convexe. Cette fameuse machine s'il faut en croire l'essai de Bonnefis fit révolution dans les lettres de ce pays. Plus récemment, au vingtième et même vingt et unième siècle elle fait encore parler d'elle. Notamment dans un roman de Sureau dont la version cinématographique serait, paraît-il, en préparation...à la grande gloire du bourreau parisien Deibler.
Donc (quatrième de couverture) le couperet avait la forme d'un croissant. Une tradition (...) veut que ce soit Louis XVI en personne (...) qui ait suggéré que le fer de la guillotine soit taillé en biseau, que ce soit Louis XVI lui-même,..., qui ait finalement obtenu qu'on renonce au demi-cercle en faveur du triangle rectangle...

Mieux vaut en rire qu'en pleurer.

Le tableau ci-dessus appartient à la collection de la Banque Bruxelles Lambert (actuellement I.N.G.). Il porte le titre: "Marie Antoinette escortée à la guillotine" Peintre Zuka. Cette photo est également reproduite dans les exemplaires dits de prestige de L'arbre des exécuteurs.

dimanche 2 novembre 2008

Le cimetière


Elle y va tous les jours. Souvent à la tombée de la nuit à cause des bougies qui tremblent dans la pénombre, parfois le matin tôt quand les montagnes sont encore bleues.

La tombe est insaisissable. Elle est sûre que la tombe se déplace au fur et à mesure qu'elle avance entre les rangées. Jamais elle ne la trouve du premier coup. Il faut marcher plus vite qu'elle ou la prendre à contresens, presque par surprise. Cette partie de cache-cache avec ses parents aurait été amusante si elle ne s'accompagnait de la souffrance de les perdre à nouveau ou de la joie insupportable de les retrouver. Généralement, le soleil est déjà très haut quand, enfin, elle découvre la pierre tombale avec les deux noms l'un en dessous de l'autre. Le soir c'est plus difficile. Il lui est arrivé plusieurs fois de devoir escalader la porte pour quitter le cimetière ou de se faire chercher par le gardien qui lui avait mis un doigt sur l'épaule afin de la faire sortir de sa quête. Une fois, il lui avait dit:"Je vous observe depuis plus d'une heure, vous n'avez pas bougé comme si vous attendiez que l'on vienne vous chercher." Elle avait pensé sans répondre:" Il se trompe, j'ai marché tout le temps." Même qu'à un moment, elle avait failli courir mais s'était retenue pour ne pas réveiller les morts qui dormaient. L'apparence ignore souvent la réalité. Elle savait qu'elle devrait revenir le lendemain pour refaire le même chemin et qu'elle aurait le même espoir et la même crainte. Il y a des gestes qu'on ne peut que recommencer toujours. On se demande pourquoi.

J.B.

La photo ci-dessus reproduit une allée du cimetière du Dieweg, à Uccle.voir www.pragstorage.com/photos_3/cimetiere_dieweg

C'est un des cimetières les plus romantiques de Bruxelles. Il n'est plus guère exploité et la nature l'envahit de plus en plus. Hergé y est inhumé.

vendredi 31 octobre 2008

L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers de Nicole Versailles


Si vous lisez ce livre vous n'apprendrez rien que vous ne sachiez déjà, à tout le moins si vous avez mon âge, ou tout au plus un peu moins que moi, à condition de ne pas avoir perdu la mémoire des greniers encombrés de bons et de mauvais souvenirs.



Si vous êtes beaucoup plus jeune, vous serez peut-être un peu étonné que les choses se passaient comme cela dans nos familles, selon des schémas assez uniformes, en présence de parents assumant des rôles d'éducateurs assez rigides, motivés, à juste titre, croyait-on, par des convictions reçues d'antan et agissant pour le bien de tous, à commencer de celui des enfants et le respect de sacro-saintes règles ayant force de loi au sein des microcosmes familiaux.



On ne peut pas en vouloir à la narratrice d'avoir eu envie de faire renaître le passé et son enfance, même si certains ne l'ont pas trouvé à leur goût. Absolument rien d'injurieux en cela. Souvent les pères étaient absents et les mères déprimées et omnipotentes. Ou l'inverse. Ce fonctionnement des familles a laissé des traces, parfois très douloureuses. Comment s'en débarrasser sinon en en parlant, et, en l'occurence, O combien gentillement, avec retenue et amour. Il est possible qu'aujourd'hui on en aurait parlé plus tôt, on se serait expliqué plus jeune, ou on n'aurait peut-être pas du s'expliquer, les choses s'étant passées autrement. Et encore, il n'est pas sûr du tout que tout se passe simplement dans les familles d'aujourd'hui, recomposées ou non.



Alors, je retire ce que j'ai suggéré. Cet enfant à l'envers qui vaut bien l'enfant à l'endroit, il suffit de le regarder du bon côté, convient à tous les âges et à toutes les générations, surtout de la manière dont Nicole Versailles en a parlé, avec sa spontanéité habituelle et son savoir dire et son savoir écrire qui coule de source.





Tu vois Coumarine, j'ai lu ton livre. Et je me suis même permis de l'aimer beaucoup. Aussi je le recommande à tous ceux qui visitent mon blog.

mardi 28 octobre 2008

Auteurs à suivre aux Editions namuroises." Les conquêtes véritables" de Nicolas Marchal


J'étais président du jury qui a choisi ce lauréat parmi d'autres, ce qui est toujours tâche difficile et hasardeuse. Tout de suite, j'ai été séduit par "Les conquêtes véritables", ouvrage d'une grande finesse et d'une grande originalité. Il me semble qu'il se détachait du lot par sa légèreté, son humour et sa poésie. Un livre pas comme les autres qui mélange avec élégance les conquêtes guerrières et celles, plus subtiles, de la littérature, à travers Céline, Cendrars, Rimbaud, les dieux de l'Olympe de Nicolas Marchant, comme l'écrit Paul Emond dans sa jolie préface...Ce livre ne m'as jamais ennuyé. J'en ai fait plusieurs lectures et, à chacune d'elles, je découvrais d'autres choses. Quel plaisir de le voir enfin imprimé sous sa couverture rose !

Et au niveau de l'écriture ? Je copie Paul Emond:
Bref, un récit par bribes, jouant sur de multiples strates narratives et usant en permanence de l'ellipse, du discontinu, de la reprise, de la parallèle. Pas de temps mort, pas de transition pâteuse, sans cesse l'écriture est au plus vif. Roman aussi éclaté qu'éclatant. Mais roman montage aussi, et même roman macramé (...), car, qu'on ne s'y trompe pas , rien dans cette anarchie n'est laissé au hasard; aussi précise que discrète une architecture d'ensemble organise avec subtilité tous ces fils qui filent dans tous les sens.

La diffusion est assurée par les Presses universitaires de Namur, 13 Rempart de la Vierge, à Namur.
Tel 081 724884
Fax 081 724912

dimanche 26 octobre 2008

Toutes les bulles ne sont pas financières ou papales


La bulle



Une bulle ? Cela n'existe pas.

Vous dites ? L'illusion d'un vent, une membrane de nébuleuse éphémère, un futur éclatement de ciel prisonnier, un tremblement transparent d'une peau de lait avide d'air, une boule de phosphore sur le point d'exploser, qui se pose d'abord sur le doigt, un souffle, une queue de nuage qui s'effiloche, un monocle de sulfure ?

Rien, la bulle, tout, la bulle ?

Le vide élastique où je place mon mot, pour rire bien sûr, petit facétieux, à moins que ce soit une larme en bulle ou une bulle en larme, à moins que ce soit -pfuit - une échappée pour ne rien dire, un satellite insignifiant, un trou de l'air de ne pas y toucher.

Vous dites que ça n'existe pas ?
Nom d'une pipe, soufflez dedans, soufflez.
Voilà, les voilà, les bulles. Une, deux, trois, quatre. J'arrête. Je ne les compte plus. Elles sont là, irisées dans le soleil, elles montent, elles vous entraînent, avec leur air de bientôt vouloir se suicider dans l'atmosphère, nirvana, plus rien, la sérénité, non, encore un petit arc-en-ciel de poche, attention, ne touchez pas la bulle, elle est ensorcelée, elle est magique, attention, elle tremble comme un nouveau-né, non non ne la touchez pas, laissez-la vivre, elle n'en a plus pour longtemps.



J.B.

vendredi 24 octobre 2008

Charme du roman d'un académicien français aux nouvelles du conteur belge Jean Botquin

Voici l'article tel qu'il a été publié dans le supplément Iire de la Libre Belgique du 24 octobre 2008. Cliquez sur l'article pour le lire en grand.
Une plume au chapeau !

Agrandissez le texte en cliquant dessus.

Voilà que La Libre Belgique, sous la plume de Jacques Franck, m'associe au charme littéraire d'un académicien français, Philippe Beaussant. Je rougis de plaisir et ne résiste pas à celui de vous le faire savoir, séance tenante.
Sous le sous-titre "L'oeil aiguisé d'un conteur" je lis avec vous:

Son imaginaire, toujours surprenant, débouche souvent sur un fantasque explosif, voire érotique. Qu'il évoque un cadavre repêché dans le Canal du Centre, l'acheminement en Wallonie d'une gondole dont son gondolier ne veut pas se séparer à l'heure de la retraite, les corps qui s'attirent ou se repoussent, il est de ceux qui aident à voir la vie, le monde, d'un oeil aiguisé, plus éveillé, plus insolite.

Le journal du Centre me fait honneur (semaine du 20 au 25 octobre)

Si vous voulez lire cette interview, cliquez sur le texte et faites le glisser de droite à gauche. Mon livre est toujours diffusé en librairie, notamment chez "L'écrivain Public" à La Louvière.

lundi 13 octobre 2008

Le temps des Don Quichotte

Illustration du peintre français Gustave Doré
pour le Don Quichotte de Cervantes, en 1863.


Les jambes écartées par l'échine de Rossinante, Don Quichotte chevauche à travers la Mancha.

Ombre d'une ombre irréelle, il avance sur les béquilles du rêve vers Cuenca. Il tourne le dos aux moulins invincibles qui coupent l'air à coups de rasoir gigantesque.
Il abandonne le combat inutile.
Il va vers Cuenca, la belle appuyée contre les parois du ciel.

Suffit-il d'un plat à barbe pour paraître chevalier ?
Qui n'a dans son sillage un Pança plus savant que lui-même ?
Tu sers ma pensée, Pança, tu me suis partout sur les chemins torrides et solitaires.
Tu justifies à toi seul mon besoin d'exister. Tu écoutes mon chant nostalgique et les horreurs joyeuses de ma dérision.

Suffit-il de la jupe odorante de Dulcinéa pour croire au repos éternel, à la résurrection du désert, à la pluie des illusions retrouvées ?

Nous avions le regard hagard et lourd de folie.
Nous étions enfiévrés et brûlants comme si le feu coulait dans nos artères.
La fièvre dansait sous nos tempes.
Nous étions fous, pareils à Don Quichotte, le chevalier à la triste figure qui traversait les hauts plateaux enflammés par nos tristes prières.


J.B.


Le carrousel



Cette photo d'un beau manège appartient à Fanfan (Id 19890) 13-5-2005. Je l'ai cueillie sur le Web Site Fond d'image.com .

Le carrousel

Sur le cheval, le blanc aux yeux d'ivoire, la licorne aux ailes d'ange, tu montes et tu descends, en tournant, tournant toujours d'un tour à l'autre. Et tu tournes dans les miroirs où je te vois autant de fois, mille fois, je crois dans ma mémoire. Tu apparais puis disparais, mes yeux te suivent, te poursuivent. Jusqu'où pourront-ils te voir à chaque tour et te revoir ? Seule sur le carrousel, tu montes et tu descends. Ton rire éclate, tu tournes dans ma tête aux sons des orgues foraines, tes cheveux dansent, tes reins se cabrent. Chaque fois tu pars et tu reviens, tu entres, tu sors de la lumière, tu viens du rêve, la nuit te va, ton sommeil traîne dans ma mémoire. Où suis-je donc ? Où es-tu donc dans cette ronde qui n'en finit pas. Ton sourire passe. Tu passes, tu tournes, tu te détournes, tu fuis, tu t'échappes rivée à ce cheval ailé qui ne peut s'envoler puisqu'il est de bois

J.B. Le front haut p.20

mardi 7 octobre 2008

Le Parc naturel de la Maremme ( Toscane-Italie)






































Quelques images de la Maremme que nous venons de découvrir.

Imaginez une plage de sable fin de plus de huit km couverte de squelettes d'arbres morts, blanchis par la mer et le vent, pins d'Alep, oliviers, chênes verts dénudés qui, le soir, prennent des formes dantesques à vous donner de la chair de poule . La plage et la mer au coucher deviennent lunaires tandis que les vagues s'éteignent dans un long chuchotement de larmes. Une espèce de peur commence à vous tenailler tellement la solitude s'agrandit autour de vous qui devenez minuscule. Vous vous êtes rhabillé, non pas qu'il fasse froid depuis que le soleil se cache mais parce que l'instant est solennel comme dans une église. On se mettrait bien à genoux dans le sable pour balbutier une prière dont on se souviendrait. Le sable est encore chaud. Et vous sentez la création du monde venir vers vous à grand pas.

A la lumière du jour, le Parc revit. Face aux chevaux, les petites vaches grises courbent l'échine pour vous faire admirer leurs cornes d'ivoire. Vous restez des heures à les regarder. Et elles vous regardent aussi avec une douceur presque insupportable. Vous vous sentez libres dans ce pays de fin du monde, au bout des terres habitées. Le temps, comme on dit, s'est arrêté. Vous oubliez d'où vous venez et où vous allez.

L'habitation qui nous a hébergés se trouve dans une exploitation agricole à Alberese, tout contre le Parc naturel de la Maremme.

Je m'appelle Europa









Marianne et moi revenons de la Maremme, cette région sauvage de la Toscane où paissent des petites vaches superbes aux cornes acérées, courbées et dorées comme des cercles solaires. En les voyant, j'ai pensé au jeune taureau de Pasiphaé de la civilisation Crétoise qui donna naissance à Minos, roi de Knossos en Crète, et qu'on appela le Minotaure. En Egypte ancienne, c'est une vache qui incarne la déesse de l'Amour, la déesse Hathor. J'ai raconté tout cela dans la nouvelle qui ouvre mon dernier recueil, en transposant de manière allégorique le récit de la mythologie crétoise dans un cadre moderne avec des personnages actuels, une famille comme il en existe partout et où l'entente est aussi difficile qu'en Europe d'aujourd'hui. Mon jeune personnage féminin qui se dore au soleil de la mer Egée fait un rêve qui rappelle étrangement les effusions de la nymphe Europa avec le superbe animal que Zeus a incarné pour la séduire. Animal sacré s'il en est, la légende ne pouvait mieux choisir.
Une dame m'a posé la question si mon récit était inspiré par un désir d'homme que j'aurais prêté à une femme ou par un véritable désir de femme ? Autrement dit, pareil fantasme est-il possible dans la tête d'une femme ? A vrai dire, je n'en sais rien, et je souhaite rester au niveau de l'allégorie. Cependant, ayant écrit ce rêve et l'ayant attribué à une femme, je me suis rendu compte de la puissance des images lorsqu'elles ont un caractère insolite et qu'elles sortent des normes. L'érotisme tel qu'il apparaît dans ce texte revêt un caractère sacré et quasi religieux. Ce qui est en train de se passer relève de l'ordre du possible; le rêve devient réalité. L'invraisemblable n'est plus.

Revenons à la Maremme que j'aimerais illustrer de quelques photos à faire rêver comme je cherche à faire rêver les lecteurs de mes nouvelles. Une de mes lectrices m'a confié qu'elle ne lisait pas les nouvelles comme elle lit un roman. Elle attend du nouvelliste qu'il construise ses nouvelles en laissant de la place au lecteur qui doit pouvoir s'approprier les personnages. Ces derniers ne ressembleront pas nécessairement au modèle de leur auteur. Le lecteur les verra comme il les imagine. Il les aimera s'ils correspondent à son attente ou ne les aimera pas. Il risque aussi de se faire une opinion sur leur auteur qui déçoive ce dernier. La nouvelle serait-elle donc un genre dangereux à manipuler avec prudence ? En tout cas, c'est un genre difficile.

Donc, voilà la Maremme, ce far-west italien.

jeudi 2 octobre 2008

La poésie

Hier j'ai lu un tas de choses sur la poésie. Chez Coumarine qui traite de tant de sujets, au fil des jours.
Aujourd'hui je reprends la lecture de La preuve par le miel, un livre de Salwa Al Neimi, une écrivaine Syrienne. Un livre vivant, vibrant comme un coeur dans la poitrine ou, en certains chapitres, dans le sexe d'une femme.
Et je tombe sur une page qui parle de poésie, que j'ai envie de reproduire ici:

"Toujours, il récitait de la poésie. Des poèmes entiers qu'il apprenait par coeur ou bien qu'il me lisait, et je l'imaginais en train de les réécrire, pour moi seule.

La poésie était-elle une des clefs de mon corps?

La poésie était entre nous. Il m'aimait avec les vers des autres. Lorsqu'il partait en voyage, il me téléphonait pour me donner le nom d'un recueil ou d'un poème. Je cherchais le poète, je lisais les mots et je me rendais compte qu'il était avec moi.

Pessoa, Cavafy, Char, Michaux et d'autres que je ne connaissais pas. Je suis devenue comme lui. J'apprenais les poèmes arabes que j'aimais, je les répétais pour lui seul.

La poésie était-elle toujours entre nous?

Avec lui, j'ai repris l'écriture de mes petits poèmes, rite initial de chacune de nos rencontres. Il s'enquérait de mes mots. En silence, je lui tendais le poème. Il lisait comme s'il partait à la découverte de ma face obscure, masquée par la frivolité et mes éclats de rire. Il découvrait ce que je n'osais pas m'avouer à moi-même. En silence, il repliait le papier avec soin et le glissait dans sa poche.

Mon corps était-il une des clés de la poésie?"

Sans commentaires.