Bien entendu, j'ai lu "Le Crazy Love" de Willy Grimmonprez et je partage totalement l'analyse du journal local. Ce polar est édité aux éditions Dricot à Liège. Je pense également que c'est le polar le plus abouti de mon ami. N'hésitez pas à vous le procurer.
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samedi 5 décembre 2015
mardi 31 mars 2015
Mes 4 recueils précédents
Ma poésie précédente aux Éditions du Cygne, Paris. Il est facile de se les procurer en les commandant directement en ligne à la maison d'édition. Mes amis résidents belges peuvent également les obtenir chez moi, en m'envoyant un message perso contenant toutes les données personnelles nécessaires à l'envoi par la poste.
jeudi 8 janvier 2015
Deux Haïkus après Charlie hebdo.
Ce matin les merles
Noirs du Jardin sifflaient
Charlie à tue-tête
Noirs du Jardin sifflaient
Charlie à tue-tête
Le rouge-gorge saignait
Sur le carillon chinois
La pluie tombait fort
Sur le carillon chinois
La pluie tombait fort
J.B.
Libellés :
Au fil des jours,
Ils l'ont dit,
Inédits et autres édités
samedi 8 mars 2014
Encore à propos de "LES ÉPOUSAILLES DES OMBRES"
"Les épousailles des ombres", recueil de haïkus de Jean Botquin chroniqué dans Francopolis :
http://www.francopolis.net/revues/Haikus-mars2014.html
http://www.francopolis.net/revues/Haikus-mars2014.html
jeudi 16 mai 2013
Pavillon à louer, treizième roman de Willy Grimmonprez
Le dernier roman de Willy Grimmonprez est sorti
aux Éditions Dricot (Liège)
Willy Grimmonprez est né à Haine-Saint-Pierre en Hainaut.
Dès l'âge de quatorze ans, il entre en usine, quitte rapidement cet univers clos pour exercer une multitude de boulots, passant de chauffeur-livreur, aux commandes de lourds engins de chantier, pour finalement se fixer comme conducteur de bus à la société des TEC.
En somme, des ambiances professionnelles qui ne le préparaient pas à l'œuvre littéraire qu'on lui connaît à ce jour.
Il n'avait pour ambition que d'écrire un seul livre... celui que son père avait imaginé et que celui-ci rêvait de coucher sur le papier dès sa retraite. Malheureusement, la maladie l'a fauché au terme du premier chapitre. Deux ans après sa mort, son fils a retrouvé les feuillets dans un tiroir avec l'émotion que l'on devine. Il se lance alors le défi un peu fou d'écrire l'histoire de son père et de la faire éditer sous le titre « Meurtre contre la montre ».
Dès lors, commence un long parcours fait d'espoirs et de désillusions.
Sans maître ni conseils, il proposa sa première mouture à différentes éditions qui rejetèrent ses écrits.
Sa persévérance et son travail paieront douze ans plus tard... « Meurtre contre la montre » sera publié en 1994, puis réédité en 2009.
Jean Louvet
Willy Grimmonprez est né à Haine-Saint-Pierre en Hainaut.
Dès l'âge de quatorze ans, il entre en usine, quitte rapidement cet univers clos pour exercer une multitude de boulots, passant de chauffeur-livreur, aux commandes de lourds engins de chantier, pour finalement se fixer comme conducteur de bus à la société des TEC.
En somme, des ambiances professionnelles qui ne le préparaient pas à l'œuvre littéraire qu'on lui connaît à ce jour.
Il n'avait pour ambition que d'écrire un seul livre... celui que son père avait imaginé et que celui-ci rêvait de coucher sur le papier dès sa retraite. Malheureusement, la maladie l'a fauché au terme du premier chapitre. Deux ans après sa mort, son fils a retrouvé les feuillets dans un tiroir avec l'émotion que l'on devine. Il se lance alors le défi un peu fou d'écrire l'histoire de son père et de la faire éditer sous le titre « Meurtre contre la montre ».
Dès lors, commence un long parcours fait d'espoirs et de désillusions.
Sans maître ni conseils, il proposa sa première mouture à différentes éditions qui rejetèrent ses écrits.
Sa persévérance et son travail paieront douze ans plus tard... « Meurtre contre la montre » sera publié en 1994, puis réédité en 2009.
Jean Louvet
mercredi 23 janvier 2013
Mon interview par Teklal Neguib. Texte paru dans "Les oeuvres de Teklal Neguib".
Interview de Jean
Botquin
Œuvre littéraire
L’auteur
1/ Peux tu te présenter à nous,
s’il te plaît ?
Comment te définirais-tu ?
Parle-nous un peu des divers
ouvrages que tu as publiés, et de ta carrière littéraire.
Je suis né en
1932 dans une famille bourgeoise francophone de Flandre Occidentale en
Belgique. Après des humanités gréco-latines en flamand, j’ai fait des études de
Droit à l’université de Louvain en français, ma langue maternelle. Maman était
française, mon grand-père paternel, wallon et ma grand-mère paternelle que je
n’ai pas connue, flamande. Je suis donc un belge bilingue. Mon père, un
self-made man, a dirigé une succursale d’une grande banque à Courtrai. Mon
enfance, la guerre 40-45, la personnalité dominante de mon père m’ont marqué
profondément. Bien que peu attiré par le
métier de banquier, je n’ai pas échappé à la volonté paternelle. C’est ainsi
que je suis devenu plus tard un homme de crédit aux entreprises d’assez bonne
qualité, après avoir fonctionné dans le département du personnel en tant que
maître de stage de futurs banquiers. On pourrait donc dire que je suis né dans
une banque. J’y ai vécu. J’y ai travaillé. Elle m’a permis de fonder une
famille. Aujourd’hui, j’ai 5 petits-enfants, et je me suis remarié avec une
ancienne collègue de ma banque.
J’ai toujours
beaucoup lu, dès mon enfance. Au collège (flamand), j’avais de bons
professeurs de langue et de
littérature, même en langue française. J’avais d’excellentes notes en rédaction
et en dissertation, tant néerlandaises que françaises. Je remplissais des
carnets, je tenais un journal intime. Á l’adolescence, l’amour ou ce que je
croyais en être, me dictait des poèmes. Au cours de fiançailles secrètes et interminables, j’ai abreuvé la
future mère de mes deux enfants, de centaines de lettres et de billets doux.
Tout cela est-il suffisant que pour devenir ou être écrivain ? Encore
aujourd’hui j’ai du mal à me considérer comme tel, je suis quelqu’un qui écrit,
qui s’exprime, qui s’épanche. Mais suis-je un écrivain véritable? J’ai publié
3 romans, suis-je pour autant romancier ?
La nature m’a peut-être doté d’une âme de poète. En tout cas, je n’ai
jamais arrêté d’écrire des textes poétiques, ce qui explique le nombre de mes
recueils (actuellement 10) J’écris
également des nouvelles, un genre d’écriture qui me plaît, mais suis-je nouvelliste ?
Aussi depuis que
je publie (15 livres en 16 ans, sans compter les participations à des ouvrages
collectifs et anthologies) j’évite de parler de carrière littéraire.
2/En quoi ton parcours de vie
personnelle/professionnelle et sociale a-t-il influencé ton écriture ? ta
réflexion ?
Ecrire, pour moi,
est une façon de conjurer mes démons, comme écrivait Bosco, de me libérer de
mes angoisses. Je suis un enfant de la guerre qui a connu l’exode de 1940, les
affres des bombardements alliés, une éducation ultra religieuse à l’origine
probablement de mes sentiments de culpabilité. Je pense que tout cela se
retrouve dans mes livres qui sans être autobiographiques reposent cependant
beaucoup sur mon vécu.
Ainsi, ma
profession m’a inspiré « L’arbre
des exécuteurs » et « La
transhumance des banquiers », un roman et un récit. Le récit se situe
également dans le contexte de l’invasion allemande de 1940.
Mon adolescence
et la guerre ont donné naissance à
« Boris et Boris »,
deuxième roman
« La
blessure de l’obsidienne », un troisième roman, raconte une brève
rencontre, au cours d’un voyage itinérant en Turquie de l’Est, qui annonce la fin d’un couple.
L’œuvre
de Jean Botquin
3/ En littérature, il existe plusieurs
types d’écrits. Tu as choisi la voix de la poésie. Pourquoi ? qu’est-ce
que cette forme d’art littéraire t’apporte, que ne le feraient les autres, de
type roman, nouvelle ? Il existe plusieurs formes, mais aussi plusieurs
types de poésie.
Dans les temps anciens, la poésie
était révérée, que ce soit au Moyen-Age, notamment au temps des Troubadours et
de l’amour courtois, à la Renaissace avec les humanistes, et des poètes tels
que Ronsard, Du Bellay, Louise Labbé ou plus récemment à l’époque classique et
même encore au 19° siècle avec entre autre Victor Hugo, Lamartine, Rimbaud et
Verlaine.
Or, depuis le début XX° siècle,
elle est manifestement en crise, ne trouvant plus le succès d’autrefois, ni son
lectorat, et ce alors même, que dans le même temps, elle s’est très
profondément enrichie, par la poésie d’autres cultures (haikus, par exemple),
ou parce qu’elle s’est elle-même révolutionnée (poésie libre, mouvement Dada,
…).
Quel est le type que tu
utilises ? Que te permet-il d’exprimer que ne permettent pas les autres
types et formes ?
Quel ton processus créatif qui
aboutit du frémissement de l’idée à l’élaboration d’un recueil ? Quelles sont
tes sources d’inspiration ? tes influences artistiques (poètes, auteurs,
etc…)
J’ai concrétisé
mon goût pour la nouvelle dans un recueil de 19 récits relativement courts
réunis sous le titre de « La
Gondole de l’Orient Express », On y retrouve mon penchant pour les
voyages, principalement dans le pourtour méditerranéen, mais aussi des amours
solaires ou ténébreuses, voire
interdites ou bizarres.
Je pense que la
femme occupe une place centrale dans « mon œuvre » comme dans ma vie.
Elle seule justifie la plupart de mes écrits. Sans elles je n’aurais peut-être
pas écrit. J’ai commencé par la placer très haut presque en dehors de la
réalité, Vierge inaccessible et pure à laquelle je rêvais durant mon
adolescence et que la vie a heureusement détrônée. Aimée à la folie, je l’ai
aussi détestée, parfois sans doute sans raison et à cause de ce que j’étais
(devenu) moi-même ou qu’elle m’avait
forcé à devenir en ne répondant pas à mes attentes. Moi qui suis profondément
pacifique, je ne puis affirmer que ma vie ait été un long fleuve tranquille
(cfr. mes
recueils « Le passeur d’un fleuve
trop court », « La
mer occitane » et « Le
Front Haut »). Mais à l’âge que j’ai atteint je ne regrette rien, ni
passions ni erreurs de parcours.
Certains ne
comprennent pas comment la profession que j’ai exercée (non pas vraiment
choisie) n’ait pas étouffé mon penchant pour la poésie. Je voudrais faire
remarquer d’abord que cette profession
m’a apporté le souci de la clarté et de la concision dans la rédaction de
rapports et de textes. Je suis persuadé que j’en ai tiré profit pour l’écriture
de textes en prose même romanesque. Mes études de droit ne sont pas étrangères
non plus à ce besoin de précision. L’œuvre poétique n’a pas été un choix
délibéré. Ce n’est qu’assez tard dans ma
vie que j’ai acquis une certaine aisance dans la création poétique libérée de
toute entrave, et, au départ, relativement débridée. Rigueur et lyrisme ne sont pas incompatibles.
J’ai voulu le démontrer dans mon avant-dernier recueil « Bréviaire d’un
quotidien » dont la première partie est consacré aux haïkus, tandis que la
seconde exprime un tumulte baroque de torrents poétiques, une espèce de transe
verbale proche du délire.
J’ai nourri mon
imaginaire d’adolescent avec des romans d’aventure, Jules Verne et les romans
scouts de la collection « Signe de Piste » illustré des dessins
fameux de Joubert. Plus tard, au cours de mes études secondaires, j’ai adoré
les livres d’Antoine de Saint Exupéry. En poésie, je ne possède aucune
formation de poésie classique. J’ai l’impression qu’à la base il y a une
sensibilité plus ou moins poétique s’alimentant de prose qui s’est progressivement décantée et
purifiée pour se muer du concret en
abstrait plus universel. Je reviendrai sur cette évolution.
Le désert me fait
rêver. Je suis amoureux des espaces désolés et solitaires. Empreinte de
Saint-Exupéry et de sa Citadelle ? Quel beau roman que
« Désert » de Le Clézio qui
m’a marqué à tout jamais. J’ai visité le Maroc, la Tunisie, l’Egypte, la
Jordanie, la Turquie. Cela m’a inspiré « Triangles de la Nuit des temps », « Ténéré », certaines de mes nouvelles, quelques
haïkus.
Après la femme,
il y a donc la nature, la mer et le désert. .
C’est à
l’Université, en fréquentant le Cercle de littérature et ses revues littéraires
que j’ai commencé à mesurer l’indigence de mes débuts poétiques et à faire
quelques vagues projets d’écriture. J’y ai découvert Patrice de la Tour du Pin,
Supervielle, et publié mes premiers textes dont quelques nouvelles. Beaucoup
plus tard, durant ma vie professionnelle bancaire, ce fut Christian Bobin,
autre révélation. Il faut attendre la fin de ma carrière, à près de
soixante-cinq ans, avant que je n’entreprenne la publication du « Creux de l’Espoir » recueil de
poésie minimaliste qui augure de mes futurs haïkus, et cela après la sortie
d’un roman et d’un récit (voir plus haut). Ma publication de recueils de poésie
rend difficilement compte de l’évolution de mon écriture. Il faut oublier leur chronologie car des
manuscrits plus anciens sont parfois sortis après de manuscrits de facture plus
récente. Ceci s’explique par l’absence de publications pendant des dizaines
d’années alors que je continuais cependant à écrire. Beaucoup de textes sont
restés inachevés jusqu’au moment où je les ai pour ainsi dire exhumés et
rajeunis. Des mutations se sont ainsi opérées, par exemple du vers libre à la
prose poétique parfois bien plus appropriée. Ce fut le cas dans le recueil de
prose poétique « Le front
haut ».
« Elégie
pour un kaléidoscope », recueil de textes relativement anciens est
sorti en même temps que « La mer
occitane » qui a été écrit en une suite ininterrompue.
Vue de l’extérieur, ma production s’est donc un peu faite en dents de scie.
Autre
caractéristique, je suis un conteur en poésie. Certains recueils ressemblent à
des récits, de petits romans ou des nouvelles. Existerait-il une certaine unité
dans la diversité de mes écrits, entre ma prose et ma poésie ? Les
exégètes (éventuels) en décideront (plus tard ou après ma mort).
Je n’avais donc
pas de plan préétabli ni d’objectif particulier, me laissant mener par les
évènements et les opportunités d’édition.
Quand j’ai
découvert Pessoa, assez tard il est vrai, ce fut une véritable révélation qui
marqua, en tout premier lieu, l’écriture de certains textes de «Ténéré» et d’autres poèmes, dans la
suite.
Pour éclairer ce
propos, je reprends, ci-après ce que j’ai écrit par ailleurs sur le sensationnisme d’Alvaro Campos, un des
nombreux hétéronymes de Pessoa (voir post de mon
blog :jeanbotquin.blogspot.com fin 2011) :
« Pessoa
part de l’analyse des sensations pour appeler le langage qu’il charge de signification.
Quand on parle de sensations, il s’agit bien des cinq sens : la vue, le
toucher, l’ouïe, le goût et l’odorat avec des transferts modaux d’un sens à
l’autre, par exemple, la sensation de voir ou de percevoir à travers le sens de
l’ouïe ou du toucher. Ensuite, il intellectualise les sensations, il les fait
devenir abstraites. Ce travail consiste à rendre littéraire la réceptivité des
sens au moyen de la conscience. Véritable travail de laboratoire poétique
étudié par José Gil dans « Fernando Pessoa ou la métaphysique des sensations ».
La sensation est un phénomène concret propre à celui qui l’éprouve. Elle peut donner naissance à une émotion, au départ vide de sens et intransmissible à d’autres, si on ne lui fait pas subir une transformation intellectuelle qui la rend abstraite. Autrement dit, l’émotion personnelle doit se muer en émotion artistique par son intellectualisation. La prise de conscience de la sensation et de l’émotion qu’elle a provoquée conduit à donner une valeur esthétique aux mots et au langage. Prendre conscience de cette prise de conscience permet d’exprimer la ou les sensations.
En réalité, écrire un poème serait un moyen d’explorer et de rendre abstraites les sensations. Le fil de l’analyse des sensations correspondrait au thème poétique. Selon cette conception, le poème serait un métadiscours permanent. Le poète sent, se sent sentir, et l’exprime ; il voit, il se voit (il s’entend) voir et le dit.
C’est ainsi que l’art est la tentative de création d’une réalité totalement différente de notre réalité concrète. L’émotion pour gagner en relief doit être donnée comme une réalité abstraite. ».
La sensation est un phénomène concret propre à celui qui l’éprouve. Elle peut donner naissance à une émotion, au départ vide de sens et intransmissible à d’autres, si on ne lui fait pas subir une transformation intellectuelle qui la rend abstraite. Autrement dit, l’émotion personnelle doit se muer en émotion artistique par son intellectualisation. La prise de conscience de la sensation et de l’émotion qu’elle a provoquée conduit à donner une valeur esthétique aux mots et au langage. Prendre conscience de cette prise de conscience permet d’exprimer la ou les sensations.
En réalité, écrire un poème serait un moyen d’explorer et de rendre abstraites les sensations. Le fil de l’analyse des sensations correspondrait au thème poétique. Selon cette conception, le poème serait un métadiscours permanent. Le poète sent, se sent sentir, et l’exprime ; il voit, il se voit (il s’entend) voir et le dit.
C’est ainsi que l’art est la tentative de création d’une réalité totalement différente de notre réalité concrète. L’émotion pour gagner en relief doit être donnée comme une réalité abstraite. ».
Cette conception m’a permis de mieux comprendre les démarches de la poétique contemporaine considérées souvent comme hermétiques. Le temps de faire joli est révolu, laissons la rime aux rimailleurs, laissons-nous bercer par une musicalité nouvelle, la poésie n’a plus besoin de la musique comme Ronsard avait besoin du chant. Si la poésie a moins de succès (je ne suis d’ailleurs pas sûr que cela soit totalement vrai) c’est parce que le monde actuel manque d’intériorité et de spiritualité et compte peut-être trop peu de véritables poètes de qualité. Certes, il y a de nombreux efforts à déployer, on enseigne trop peu, on donne la préférence à ce qui distrait et par conséquent se vend bien, on va trop peu dans les écoles, ou plus simplement on n’a pas le temps ni le courage d’approfondir.
En 2009, je me
suis lancé dans l’écriture de haïkus et dans leur publication à Paris aux Éditions du Cygne. Deux recueils
parurent successivement « La
Chambre noire du calligraphe » et « Bréviaire d’un quotidien ». Le haïku (tercet de 5,7, 5
syllabes mais sans rimes) impose une rigueur qui force le poète à exaspérer
l’expression poétique pour la rendre plus fine et plus pure. C’est en quelque
sorte, une ascèse de la pensée et de la métaphore. Michel Joiret a dit de mes haïkus :
« En privilégiant « le
peu », le poète trouve, presque naturellement, les pièces d’une attitude
philosophique cohérente. Jamais anecdotique et cependant légère, l’écriture
glisse le long des points topiques de la pensée et retombe pour amorcer une
nouvelle séquence…
Mais la clef de la réussite…tient surtout à une
perception, presque miraculeuse, de l’instant, à ce moment tout à la fois léger
et précis qui isole l’instant du monde ».
4/ Peux-tu nous parler de ton
recueil « strates du souvenir », je te prie ? Je trouve très intéressante cette idée de
créer une anthologie de poèmes inédits et pourtant parfois très vieux, que l’on
imagine retrouvés au gré du hasard, de quelques rangements, et coins
poussiéreux.
Qu’est-ce qui t’a incité à faire
ce spicilège, retraçant au final toute une vie de poésie ?
Quels sont les thèmes abordés, et
pourquoi avoir choisis ceux-là ? Comment créer une unicité entre des
poèmes de dates, inspirations, … aussi divers ?
Et d’ailleurs, pourquoi un tel
titre ? Souvenir, mémoire, que cela représente-t-il à tes yeux ?
Comment transmettre aux jeunes générations ?
Parlons un peu,
pour être complet, du recueil le plus récent, paru également aux Éditions du
Cygne en avril 2012 « Strates du
souvenir ».
Il ne s’agit plus
de haïkus mais d’un recueil comprenant des poèmes beaucoup plus longs et de
quelques textes de prose d’origine et d’âge divers, unis dans une espèce de
quête à rebours : archéologie de la mémoire à travers les strates
superposées du souvenir, image d’une géologie de l’existence. Poèmes de
jeunesse mais aussi de maturité, non datés, issus d’un choix non exhaustif mais
représentant quelques aspects majeurs d’expérience de vie et de pensée
poétique de mon parcours littéraire. Je les ai rangés par thèmes, cinq au
total : poèmes du grenier (les
plus anciens), Maghreb (mon
inspiration d’Afrique du Nord parsemée de vertiges et parfums amoureux), poèmes minoens (souvenirs d’un voyage en
Crète), les jardins et les saisons (éden
de l’homme vieillissant), bestiaire pour
adultes qui n’ont pas grandi (poèmes et textes destinés aux enfants que
nous restons toute notre vie).
En publiant ce
petit livre peu ambitieux d’un peu plus de 100 pages je voulais marquer mon
passage à mes 80 ans.
C’est donc un
florilège incomplet mais quand-même relativement représentatif de mes diverses
inspirations.. Ce n'est pas à proprement parler une anthologie puisqu’il ne
comprend pas de textes de mes recueils antérieurs. Sortant d’une opération
chirurgicale, je ne savais que faire à la perspective d’un anniversaire
important que d’aucuns fêtent en grande pompe. J’ai choisi cet opuscule
nostalgique.
5/ Tu es un auteur francophone, non-français (Belgique). Or, la France
reste encore le LA de la littérature francophone, au détriment de l’apport d’autres
cultures en relevant (y compris à l’intérieur même du sérail français :
Bretagne, Caraïbes, Occitanie, …), et ce malgré le travail de l’Organisation
Internationale de la Francophonie (création par exemple du Prix Kadima des
langues africaines et créoles). Comment favoriser la diversité langagière et
culturelle de la francophonie ? Comment, toi, te ressens-tu et te
positionnes-tu au sein de la francophonie, justement ?
Les condisciples flamands de mon collège et
mes collègues flamands m’ont souvent demandé pourquoi je n’avais pas utilisé
leur langue pour m’exprimer. La réponse est simple, le flamand n’est pas ma
langue maternelle. De mère française je me sens toutefois plus belge que
français, pour un tas de raisons personnelles. Mes éditeurs sont principalement belges, même les
Éditions du Cygne de Paris qui viennent de m’éditer une troisième fois sont
dirigées par un belge d’origine
hongroise. Beaucoup de Belges francophones cherchent à se faire éditer en
France pour des raisons de notoriété ou des raisons commerciales et de
meilleure diffusion. Certains ont réussi, d’autres pas. J’ai été primé à des
concours littéraires en France comme d’autres francophones belges. Je n’ai
aucune hésitation à utiliser des tournures langagières belges qui sont une
(autre) richesse de notre culture. Je considère que la poésie belge est plus
progressiste que celle de nombreux poètes des provinces françaises encore
(trop) fort attachés aux formes
traditionnelles de la poésie classique. D’autre part, la Belgique francophone
est très ouverte aux littératures francophones. Mon éditeur belgo-parisien a
créé une collection de poésie de la francophonie. De nombreux francophones de
pays différents s’y côtoient. En Belgique, des associations régionales ou
nationales littéraires auxquelles j’adhère (A.E.B., A.R.E.A.W ….) sont très
actives et accomplissent même des efforts de soutien des littératures
dialectales (picardes par exemple…).
Personnellement
je n’éprouve pas de problème avec mon statut de poète belge face à la France et
sa culture. Je n’ai pas de complexe, dans ce domaine du moins.
6/ Nous allons maintenant parler un peu d’éthique
et de déontologie artistiques (c’est un sujet qui m’intéresse énormément en ce
moment).
Les artistes ont souvent soulevé
et engendré des polémiques, parfois positivement, comme les philosophes des
Lumières, mais aussi négativement si l’on repense à Louis Ferdinand Celine et
François Villon (auteurs) ou plus récemment Sexion d’assauts (musiciens et
rappeurs). Comment conçois-tu ton éthique d’écrivain ? Estimes-tu
d’ailleurs devoir en avoir une ? Ou que la liberté créative et
d’expression est supérieure à tout le reste et doit être sans limite, quitte à
choquer et aller parfois à l’encontre de la loi et de la morale et
empathie ?
Dernier point
peut-être avant de clôturer ce long entretien. Les questions du respect de la
vie privée surtout dans les pratiques de
certains journalistes en quête de scoops rémunérateurs me passionnent. Il en a
été beaucoup question les derniers temps en Belgique. Peut-on vraiment tout se
permettre sous prétexte du droit absolu à l’information ? Je ne le crois
pas. Il y a des limites à ne pas franchir et des règles de critique historique
à respecter. Trop de journaux sont remplis de ragots imbuvables, de
soi-disantes vérités non vérifiées. Il en est de même pour certains livres.
Quand l’auteur
dans ses écrits n’engage que lui-même sans s’attaquer à des personnes déterminées,
il fait ce qu’il veut, au risque de se
faire éventuellement du tort, c’est son affaire. Il n’y a pas de sujets tabous
à condition de ne pas porter atteinte à l’expression artistique et à l’élégance
du style. D’ailleurs ce qui est indécent pour moi ne l’est pas nécessairement
pour vous et inversement. Je me suis interrogé à ce sujet en examinant
l’opportunité de la publication de quelques nouvelles un peu hard dans mon
recueil « La Gondole de l’orient
express » ; Honni soit qui
mal y pense, je les ai publiées.
7/Où peut-on trouver tes livres ?
Où les acheter en Belgique, en France, et à l’étranger ?
Mes trois
dernières publications peuvent être commandées en ligne aux Éditions du Cygne,
Paris.
Il est plus
facile, pour les autres, de s’adresser à moi directement qui pratique de bonnes
réductions de prix couvrant largement les frais de port.
8/ Peux tu nous donner l’adresse
de ton blog (et tout lien) pour que l’on fasse plus ample connaissance avec ton
travail, et ton art ?
Adresse de mon blog
littéraire: http://jeanbotquin.blogspot.com
En mon nom ainsi que celui des
lecteurs, je te remercie beaucoup d’avoir accepté de participer à cette
interview.
Libellés :
Au fil des jours,
Ils l'ont dit,
Inédits et autres édités
mardi 16 octobre 2012
Article paru dans la revue des anciens de mon collège.
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Le bonheur de vivre
Jean Botquin (prom. 1951) heeft de kaap van 80 gerond en blijft in goede schrijversdoen. Wat was er beter gepast om dat te vieren dan een bloemlezing die de verscheidenheid van en de evolutie in zijn oeuvre duidelijk in het licht stelt. Teksten met een poëtisch gehalte die gaan over reizen in de tijd en reizen naar verre landen. Jeugdherinneringen komen aan bod maar evenzeer en met sterke diepgang thema's als Iiefde, dood en schoonheid.
Vandaar de indeling: Le bonheur de vivre, Poèmes du grenier, Maghreb, Poèmes
Minoens, Les jardins et les saisons, Bestiaire pour adultes qui n'ont pas grandi.
Minoens, Les jardins et les saisons, Bestiaire pour adultes qui n'ont pas grandi.
Le bonheur de vivre
is een inleidende tekst van zes pagina's die de titel alle eer aan doet. De auteur beschrijft hoe hij op 65-jarige leeftijd na een loopbaan in de vrij zakelijke bankwereld, de puur materiële wereld verlaat en tot een ware metamorfose komt die hijzelf door alle droefheid heen, vreugdevol een miraculeuze renaissance noemt. En in die vreugde mogen wij ais lezer in de daarop volgende teksten delen. Teksten waarin het woord zijn magische kracht terugvindt en die klanken laten zingen zoals in
Toute la tristesse du monde m'inonde
en ce largo d'un autre temps
Les violons pleurent
Saules tremblant sous le vent
et secouant la pluie d'orage
(eerste strofe van ll est temps d'oublier , p. 26)
Het zijn alle, teksten die de tijd overstijgen en je meenemen naar een wondere wereld zonder een vlucht uit de realiteit te zijn.
Strates du souvenir is de vijftiende publicatie van Jean Botquin in zestien jaar en zijn tiende poëziebundel.
Strates du souvenir
65 ans de poésie
104 pagina's
Éditions du Cygne, Paris, 2012 ISBN 978-2-84924-275-9
.
vendredi 24 août 2012
J'ai lu dans Inédit nouveau
quand on se souvient de soi! ( Paul Van Melle)
Il ne faut
pas être vieux pour se souvenir de ce que l'on a fait au cours de sa
vie passée, mais il importe de prendre ces souvenirs cum grano salis. Ce que
fait très bien Roland Nadans, qui publie pour la deuxième fois une
anthologie d'une part (sinon il faudrait au moins dix
gros volumes) de ses oeuvres, surtout poétiques ou d'humour
léger, laissant à un avenir les autres. Il a gardé le même dire et a simplement
revu et augmenté le contenu de ce trop bref Vivre quand
même parce que c'est comme ça. Après
"Le Dé bleu", il a confié cela à "Gros Textes",
parfaitement adapté à ce type d'ouvrages toujours un peu hors-norme. J'avoue
que, n'ayant pas connu la pemière édition, j'ai pris tout mon
plaisir à cette deuxième, conscient que jamais cet auteur n'écrira
ni ne publiera comme tout le monde. Je parlais d'humour léger.
C'est que sans jamais être lourd, Nadaus n'épargne rien ni
personne. Ce qui m'enchante car ceux qui se cachent derrière la
langue ou la vraie vie ne me correspondent pas. (Gros Textes, cave de
Fontfourane, F 05380 Châteauroux-les-Alpes)
N.B. Quelques imprécisions sympathiques n'abîment pas les réflexions de Paul Van Melle à mon sujet...par exemple, je n'habite pas l'Ardenne mais une région qui elle aussi à son charme. Et le bonheur de Vivre a été écrit il y a deux ans seulement.
lundi 30 juillet 2012
Un commentaire sympathique de Josep Bodson sur "Strates du Souvenir"
Strates du Souvenir de Jean Botquin
Un livre très émouvant d'un auteur doué d'un talent certain.
Désir de l'aventure, du voyage, et fascination de la beauté.
Contraste entre le désir d'aventure, d'absolu, et le poids de la matière qui
nous oppresse. La peur, parfois, même dans ce très beau texte où la femme aimée
évoque un tableau de Matisse. Mais, ce qui constitue le centre irradiant du
recueil, comme une rose éclairant une cathédrale, de très beaux chants d'amour,
qui ont su puiser leur magie dans les soirs et les matins de claire lumière de
l’Orient, « les élixirs de Nabeul ou de Marrakech », en des rythmes parfois qui
imitent la danse du derviche tourneur, pour un tourbillon de tendresse.
Il y a là, parfois, par ce goût du rêve et de l'Orient,
comme un écho de Gérard de Nerval :
Vous étiez la femme
rencontrée partout
Dans l'anonymat des
foules
Sortant du ventre des
villes
Pareille aux
mirifiques promesses
De celles qu'on attend
malgré leur présence
Comme si vous montiez
toujours dans le wagon
Du train où je n'étais
pas
Je vous voyais là où
vous n'étiez
Mirage que je formais
derrière mes paupières
Qu’il suffisait de
fermer pour que vous
Apparaissiez
Et quand j'ouvrais les
yeux
Vous partiez en fuite
Comme si vous vouliez
cesser d'exister (pp.49-50)
Des personnages devenus très subjectifs, dans lesquels la
psychologie du personnage qui regarde se
reflète et se mêle, étant elle-même sous l'influence de sa vision. Il en émane une sorte de brume, de
vague dans lequel tout se noie. C'est
conçu avec beaucoup d'art.
Ainsi p.60 :
Est-ce le sommeil ou
la mort
l'amour enfoui à jamais
jusqu'au réveil
inespéré
Joseph Bodson
mercredi 18 avril 2012
Une exposition de Joëlle Delhovren.
Je ne crois pas que ce tableau de Joëlle Delhovren, exposé à
la galerie Pierre Hallet, rue Ernest Allard 33, à Bruxelles du 18 avril au 20
mai 2012, porte un titre. Je l'appellerais " Les enfants de la
Pentecôte" si j'avais la liberté de lui en donner un. La tête tournée vers
le ciel, dans un mouvement d'espérance et d'attente, ces enfants expriment un
message et un questionnement. Les visages traduisent paix en extase. D'autres
tableaux reproduisant d'autres personnes, plus agées, aux visages également orientés
vers le ciel, étendent le sentiment qu'il se passe (s'est passé) quelque chose
dans l'univers de l'artiste. Comme si le soleil réapparaissait après une
éclipse qui avait plongé le monde dans l'obscurité et la peur, comme si
l'attente et la résolution d'un mystère prenait fin dans la lumière d'un autre
monde ? Chez les adultes représentés dans les toiles, le regard dirigé vers un
firmament invisible n'est pas sans être chargé d'une certaine angoisse ou d'une
peur d'être aveuglé par la lumière au point que certains se protègent avec des
lunettes de soleil tandis que d'autres se cachent les yeux de leurs mains.
J'ai quitté cette exposition, la tête bourrée de questions contrastées.
Peinture métaphysique ? Allez voir et laissez vous aller...
J'ai quitté cette exposition, la tête bourrée de questions contrastées.
Peinture métaphysique ? Allez voir et laissez vous aller...
mercredi 4 avril 2012
Strates du souvenir, le recueil de mes quatre-vingt ans
Parution dans le courant du mois d'avril de mon dixième recueil de poésie "Strates du souvenir" aux Editions du CYGNE à Paris ( 106 pages - 12 € )
Voici le texte de la quatrième de couverture:
Voici le texte de la quatrième de couverture:
Pour ses 80 ans, l’auteur a réuni des
poèmes et des textes d’origine et d’âge
divers pour les unir dans une espèce de quête à rebours: archéologie de la
mémoire à travers les strates superposées du souvenir. Poèmes de jeunesse mais
aussi de maturité, ils ne sont pas datés. À la lecture ils se révèlent
étrangement intemporels comme s’ils venaient tous d’être écrits. D’inspiration
diverse ils forment cependant une œuvre homogène autour des thèmes de la
création, de l’amour, de la mort et de la beauté.
Poésie sensuelle, elle est aussi un véritable
hymne à la vie.
vendredi 28 octobre 2011
A propos du recueil de haïkus d'Isabelle Fable."Sur les ailes des lucioles" Editions du Cygne, Paris
Ce recueil vient de paraître. J'ai lu les haîkus d'Isabelle, je les ai aimés. J'avais envie de vous les faire connaître, lecteurs qui aimez les haïkus comme je les aime. La préface de Michel Decobu vous y invite d'une très belle façon. Je me permets de la reproduire ici, in extenso:
AVANT L’ EVEIL DES
LUCIOLES…
Juste quelques
mots avant l’éveil des vers luisants…
Ces réflexions d’abord de Philippe Sollers, qui en connaît un bout sur
la brièveté puisqu’il a si bien commenté les aphorismes de Nietzsche : A l’époque où nous vivons, celle de l’interconnexion universelle, du Net, des tweets, des SMS, nous assistons à une
généralisation des phrases utilitaires, des textes courts, des expressions tronquées, bref, à un véritable appauvrissement du langage dans la communication instantanée.
Par bonheur et pour notre plaisir, le recueil d’Isabelle Fable
(aurait-elle pu s’appeler autrement, notre belle fablière ?) vient à point
pour nuancer le propos caustique et désabusé de l’essayiste ? On peut
écrire court et vif et en souplesse sans être pour autant creux ou farci de
lieux communs. La preuve par trois, trois petits vers luisants coupés aux
ciseaux légers et qui laissent sur la page de délicates traces de plénitude. Et
ce n’est point facile, croyez-moi, d’être à l’unisson du haïku quand il caresse
par surprise votre fenêtre. Le tout est d’être entièrement attentif, afin de
capter le mieux possible la richesse d’un instant. Ouvert, sans réserves, à
l’univers qui se donne sur un doigt de fleur ou sur une aile de luciole. Et puis…et
puis… l’écrire, ce fragile instantané, cet éclair de bien-être, si l’on ose
dire, qui vient vous allumer la tête. En suivant la tradition des maîtres du
genre ? Simplement, naïvement, avec un brin d’herbe d’humour ou sans
craindre le prosaïsme rugueux des jours et des gestes ? Non, Isabelle
n’est pas pèlerine aux pieds nus, le bâton suant à la main, et la puce à
l’oreille (une vraie puce qui sautillerait dans son chapeau de paille…). Nous
la connaissons subtile, raffinée, exigeante et particulièrement soucieuse de
beau langage, d’écriture ciselée et sertie de trouvailles. Incompatible avec le
sobre poème de route et de poussière ? La poésie ne connaît pas de
limites ; des règles oui, qu’il est si gai d’enfreindre. Alors, voilà, le
libre sortilège s’est produit : la fée des métaphores, la sourcière des
allitérations a parfaitement joué de sa plume magique. Ecoutez-la composer et
vous offrir des haïkus de femme lettrée et qui sait si bien néanmoins mettre
son talent au service des merveilles élémentaires qui nous entourent :
Somnolence bleue
sombre et claire lune ailée
descendant le fleuve
L’effraie roule au loin
dans l’effluve bleu des brumes
et son cri se perd
La femme orchidée
délicat éden parfum
effleure alun bleu
Et ainsi s’éveillent les lucioles sur les feuilles d’accueil…
AVANT L’ EVEIL DES
LUCIOLES…
Juste quelques
mots avant l’éveil des vers luisants…
Ces réflexions d’abord de Philippe Sollers, qui en connaît un bout sur
la brièveté puisqu’il a si bien commenté les aphorismes de Nietzsche : A l’époque où nous vivons, celle de l’interconnexion universelle, du Net, des tweets, des SMS, nous assistons à une
généralisation des phrases utilitaires, des textes courts, des expressions tronquées, bref, à un véritable appauvrissement du langage dans la communication instantanée.
Par bonheur et pour notre plaisir, le recueil d’Isabelle Fable
(aurait-elle pu s’appeler autrement, notre belle fablière ?) vient à point
pour nuancer le propos caustique et désabusé de l’essayiste ? On peut
écrire court et vif et en souplesse sans être pour autant creux ou farci de
lieux communs. La preuve par trois, trois petits vers luisants coupés aux
ciseaux légers et qui laissent sur la page de délicates traces de plénitude. Et
ce n’est point facile, croyez-moi, d’être à l’unisson du haïku quand il caresse
par surprise votre fenêtre. Le tout est d’être entièrement attentif, afin de
capter le mieux possible la richesse d’un instant. Ouvert, sans réserves, à
l’univers qui se donne sur un doigt de fleur ou sur une aile de luciole. Et puis…et
puis… l’écrire, ce fragile instantané, cet éclair de bien-être, si l’on ose
dire, qui vient vous allumer la tête. En suivant la tradition des maîtres du
genre ? Simplement, naïvement, avec un brin d’herbe d’humour ou sans
craindre le prosaïsme rugueux des jours et des gestes ? Non, Isabelle
n’est pas pèlerine aux pieds nus, le bâton suant à la main, et la puce à
l’oreille (une vraie puce qui sautillerait dans son chapeau de paille…). Nous
la connaissons subtile, raffinée, exigeante et particulièrement soucieuse de
beau langage, d’écriture ciselée et sertie de trouvailles. Incompatible avec le
sobre poème de route et de poussière ? La poésie ne connaît pas de
limites ; des règles oui, qu’il est si gai d’enfreindre. Alors, voilà, le
libre sortilège s’est produit : la fée des métaphores, la sourcière des
allitérations a parfaitement joué de sa plume magique. Ecoutez-la composer et
vous offrir des haïkus de femme lettrée et qui sait si bien néanmoins mettre
son talent au service des merveilles élémentaires qui nous entourent :
Somnolence bleue
sombre et claire lune ailée
descendant le fleuve
L’effraie roule au loin
dans l’effluve bleu des brumes
et son cri se perd
La femme orchidée
délicat éden parfum
effleure alun bleu
Et ainsi s’éveillent les lucioles sur les feuilles d’accueil…
Michel Ducobu
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