lundi 23 février 2009

Les écivains au Fest-Noz des 21 et 22 février à La Louvière

De la cornemuse et de la harpe celtiques.



José Le Moigne, poète, chanteur, guitariste, romancier, d'origine bretonne et martiniquaise.





Pendant les longues heures d'attente, il m'a écrit un poème, qu'il m'a gentillement dédicacé:





A la saison des embuscades


quand la roche s'effrite


sous la poussée des mots


il y a des solitudes


impossibles à bercer


sinon par le roulis


ou le charivari des algues.



Une attente propice pour moi aussi à la création de quelques nouveaux haïkus:





Les ombres montent
Les marches de l'émotion
En grand silence



Plages étroites
On ne s'y tient pas debout
Sans équilibre

La neige noircit
Les cimes de l'éternel
A la Chandeleur




Le soir se brise

Sous la caresse du vent

Que la mer défrise

Les hortensias blancs

Des jardins vêtiraient

L'ocre des nuages

Elle brodait le fil

D'or de la souvenance

Sur un coeur de soie

Il s'était posé

Entre deux battements

De paupières roses

Elle recousait

Toutes ses peaux de chagrin

Avec des cils noirs

Les roses du soir

S'empourprent en effeuillant

Les marguerites

Mon amie Malika Madi romancière.
Un extrait de "Poèmes du sel et de la terre" José Le Moigne -L'arbre à paroles.

De jour comme de nuit
ainsi des guerriers Massaïs
la sagaie à la main
l'alignement des peupliers

Avoir grandi
dans un moignon de ville
à quémander sous les persiennes
la suite de l'histoire





Ne pas déranger l'ombre
mais donner acte à la lumière
de ce bain qu'elle se donne
dans l'échancrure des manguiers


Superbe, n'est-il pas ?






J'écris des haïkus au milieu de mes bouquins.











Pour en savoir plus sur José Le Moigne cliquez sur un des deux liens


(dans la marge de gauche).








Toutes les Photos sont de Marianne.

vendredi 20 février 2009

Haïkus maritimes

Rades dansantes
Partances de port à port
Toujours plus lointains


Comme en bateau
Allégresse à bâbord
Ils voguent sur l'eau


Comme en bateau
Sabordée la tristesse
L'espoir à tribord


Voyage à deux
voix vers l'île sous le vent

Tanguant sur les flots


Ils voguent plus haut
Sous la lucarne du ciel
En plein vertige


Ni l'un ni l'autre
Ne voient la différence
Qui les éveillent


Partage d'âmes
Berceuses des Bermudes
Sous les nuages blancs


Quand deux passagers
Dérivent et divaguent
Rythmant les rêves


Ils respirent l'air
De pluie tintant sur le pont
Ouvert sur le ciel


Vent de clochettes
Du Tibet dans l'espace
Qui s'aventure


Prunelles griffez
Les caresses des chats gris
Comme des aimants


Regardez la mer
Et les plages où marcher
Sans toucher sable


Ils voguent cherchant
Le Saint Graal par les Indes
Ou le Japon


Quête affolée
Du plaisir de Byzance
Sur l'or des ailes


Face au grand vent
La proue coupe la vague
Des deux enfances


Tous deux se noient
Emportés par le ressac
Des brumes noires


S'ouvre le procès
Funéraire au-delà
De l'ignorance


Jean Botquin 20 février 2009

jeudi 19 février 2009

Agenda de dernière minute




Les 21 et 22 février le Pac Celtique de La Louvière organise son 8° Fest-Noz et son 2° Marché artisanal et des produits du terroir au Salon des Expositions rue du Hoquet n°7 7100 La Louvière.

Une dizaine d'écrivains et des éditeurs seront présents avec leurs livres durant tout le W.E. de 11 à 20 heures. Je participe à cette manifestation sympathique.

mercredi 18 février 2009

Haïkus du verger



















Tant de fenêtres
D'où s'éclipsent les oiseaux
Lui gonflant le coeur


Comme des éclairs
Dans les yeux sur le verger
D'un nouveau printemps

En robe noire
Elle poussait la porte
D'un regard prudent


Le jardin s'assied
À la table des iris
Sur le banc gris-vert


Une voix chantait
Le songe des mésanges
Dans les pommiers

Tandis que l'onde
Coulait sous le silence
Des mensonges bleus

Que deviendront les saisons
Si l'on supprime
Les haricots verts

Elle avançait vêtue
De son âme trop longue
Traînant sur ses pieds

Ses pensées vibrent
D'un essaim de gros bourdons
Qui volent en rond

Parfois l'orchestre
Joue sans respect des portées
Anachroniques

Les chats promènent
Leurs idées dans le verger
Sans la regarder

Ses lèvres rondes
Ont sucé les voyelles
Aux regards de miel

Mains en abandon
Désirez-vous la forme
De vos attentes ?

Les sentiers de l'amour
S'enfoncent sur les traces
Du valet de coeur



Photos Marianne et Haïkus Jean Botquin

mardi 17 février 2009

Les Haïkus des fruits d'or



Sur le plateau d'or
Pupilles et cerises
Se mêlent aux baies

Le soleil rougit
Parmi les oranges et
Les pêches blondes

Quand les cigales
Chantent, les écureuils font
Des sauts affolés

Car les doigts d'ailes
De l'alouette prennent
La fuite au ciel

Or, les mains sculptent
La vie et l'enracinent
Dans leurs rêves

Mains douloureuses
De douceur lointaine et
D'avenir perdu

Les yeux suspendent
Leurs regards aux réponses
Que l'on n'attend plus

Car la tristesse
Se mesure à l'aune
Du bonheur nouveau

La joie traverse
Le champ de la nostalgie
Sans autre repos

Partageons quelques
Etoiles, autant pour moi
Que pour toi seule

Comptez les heures,
Autant si pas plus pour lui
Que pour son plaisir

Sur les espaliers
De l'inspiration les sauts
S'expriment trop tôt
Musique sème
Tes points d'orgue et respirs
Après l'orage

Elle découvre
Les îles bleus, les soutes
Pleines de prières

Ils organisent
Leurs solitudes autour
De pôles d'amour


Pieds sur des phrases
De verre ils marchent niant
Leur fragilité

Elle dit l'émotion
Qui rapproche la tête
Du coeur sur la main

Nul ne jugera
La parole qui fête
Les larmes de joie


Paupières closes,
Elle l'empêcherait d'entrer
Dans ses prunelles


Il caresserait
Les pétales du plaisir
Au soleil couchant

L'hallucination
Ultime attendait le
Moment des douceurs

Alors il disait
La tendresse des jasmins
Au goût de poivre

Alors dans la nuit
Ils pressentaient ce que l'un
Ou l'autre tairait

Fallait-il cueillir
Les fruits d'or pour connaître
L'envol des jongleurs?


Photos de Marianne et haïkus de Jean Botquin







dimanche 15 février 2009

Agenda: La foire du Livre de Bruxelles- Du 5 au 9 mars 2009


Le Service du Livre Luxembourgeois me reçoit le jeudi 6 mars, en nocturne (de 20 à 22 heures), en son stand, n° 242. Je serai très heureux de vous y accueillir.
Si vous n'êtes pas libre à ce moment, passez un autre jour vous trouverez la plupart de mes livres au stand 242, même en mon absence.

samedi 14 février 2009

Les Haïkus de la Saint Valentin

Quittons le sommeil
Franchissons la frontière
Du jour délirant

Les yeux de jade
Effeuillent les visages
D'adolescence

A trompe regard
S'estompe l'amaryllis
De rouge parfum

Palpitez flammes
Simultanées du foyer
Qu'excite le vent

Les vents fragiles
Improvisent les rêves
Fuyants de l'aube

Son coeur émigre
Au centre des migraines
A fleur de cerveau

Noeud de l'absence
Que nouent les attentes
Au seuil des saisons

L'âme se gonfle
Du bonheur qui éclate
En mille lambeaux

Leurs lèvres cueillent
L'impatience des élans
Et l'or de leurs doigts

Leurs mains vibrantes
Articulent les douceurs
Où germe l'amour

Seins de nacre et
De corail aux aurores
Des pêchers en fleurs

Sa vie commence
Quand s'annonce la clarté
Dont brille son corps

La chrysalide
Ebauche l'oratorio
Des jeunes amours

Les femmes portent
Sur leur front haut l'étoile
Universelle

Elles envoûtent
Nos chants de leurs visages
Naissant des brumes

Elles nous marquent
Du sceau qui nous incarne
Dans l'espérance

Elles existent
Elles nous sauvent et nous
Condamnent à vie

Matins de nos nuits
Aurores boréales
Oasis du désert

Forêts de nos coeurs
Battant d'inextricables
Angoisses vertes

Leurs larmes coulent
Sur les feuillages comme
Les pluies d'orage

Elles annoncent
La moiteur du sable chaud
Où glissent nos pas

Elles sont les cris
Derniers de la glaciation
Du soleil de l'été

Nos impatiences
Convergent vers leurs retours
Aux fleurs du jardin.


Jean Botquin 14 février 2009. Photos prises par Marianne en Toscane et en Ombrie en septembre 2008.

vendredi 13 février 2009

Les Haïkus du vendredi 13.

Le temps mord l'espoir
De l' écriture au creux
Du vent de pierre


L'espoir ignore
L'esprit de la vérité
Des ombres noires


Par les dédales
Hésitent les langages
Des labyrinthes


Car les syllabes
Des silences se collent
A nos désinences


Verbes aphones
Conjuguez-vous la beauté
Du prunus rose


Mots d'ivoire sur
Les lèvres de la gaîté
Pourquoi tant de bruit?


Mépris interdit
Des subjonctifs imparfaits
Inconditionnels


Mots jetés sur toi
Tel un filet de pêcheur
Qui t'emprisonne


Présence prise
Dans les vocabulaires
Des insoumises


Nous t'illuminons,
Rose, de ciselures
Incandescentes


Etre transporté
Au-delà des paroles
Qui nous enflamment


L'imagination
Exerce sa puissance
Sur l'esprit des nuits


L'inexprimable
Traduit l'inespérance
Noyée de larmes


La calligraphie
Souligne les nervures
Vertes de l'âme


Gamme des désirs
Vibrant du chromatisme
Des pensées en fleurs


Quand alternent les
Dialogues qui s'opposent
L'inquiétude naît


Le monologue
Menace la quiétude
Au creux de l'espoir.


J.B. 13-2-2009

dimanche 8 février 2009

Mon père, cet inconnu. Jacques Goyens


Jacques et moi nous nous rencontrons de plus en plus régulièrement. Nous fréquentons les mêmes cercles ou salons littéraires; nous nous retrouvons à la même table, à l'occasion de déjeuners de nos associations. Il me semble que nous nous intéressons aux mêmes sujets d'écriture. En fait, nous sympathisons.
Pourtant, nos itinéraires sont assez différents. Si nous n'avions eu, l'un comme l'autre, cette passion des mots nous ne nous serions sans doute jamais rencontrés ni liés d'amitié. En effet, il sort du monde de l'enseignement et moi de celui des finances. C'est tout dire.
J'ai abordé avidement la lecture de son nouveau livre "Mon Père, cet inconnu". Sur le plan littéraire, le sujet me passionne. La figure de mon père est présente dans plusieurs de mes livres. Il ne m'était pas inconnu, bien au contraire, quoique je ne sois pas sûr de l'avoir bien saisi sous toutes ses facettes. Connaît-on vraiment bien les êtres qui nous sont proches?
Jacques n'a connu son papa que pendant une vingtaine d'années. Il vient seulement de le découvrir à travers une correspondance abondante ( un précieux trésor retrouvé dans sa cave). Moi, j'ai eu le double de son temps pour approfondir mes connaissances au sujet de mon père et le comprendre. J'ai vécu aussi des évènements très forts avec lui, évènements qui nous ont opposés et d'autres qui nous ont profondément unis.

Jacques n'a pas eu cette chance.

Le livre de Jacques est à la fois oeuvre d'historien, enquête à allure policière, petit Da Vinci Code familial, décodage de société. Il fait parler des phrases écrites il y a longtemps sur du papier jauni par le temps, et il les fait parler avec des accents de tendresse retenue qui bouleverse le lecteur à mains endroits. Jacques dit de son livre que c'est un " récit de vie", oui, si c'est un récit qui raconte la vie de quelqu'un , la vie de son père. Non, dans la mesure où son livre brosse une fresque familiale et sociale beaucoup plus large qui nous fait entrer dans la sphère d'un roman. En tout cas, peu importe la catégorie littéraire dont il relève, ce livre se lit d'une traite. et quand on arrive à la postface qui clôt le récit d'une façon particulièrement émouvante, l'envie vous prend de recommencer la lecture, séance tenante, pour tirer des racines familiales de Jacques la quintessence vitale dont notre mémoire continuera à se nourrir.

Mon ami Jacques, j'ai beaucoup aimé ton livre.

Pour en savoir plus sur Jacques Goyens tapez: www.infoline.be/jacques

Les commandes se font notamment par Email : jacques.goyens@infoline.be

L'ouvrage a été imprimé sur les presses de Memory Press à B 6970 Tenneville.

jeudi 5 février 2009

11 Haïkus pour gagner le temps perdu


Ces petits textes ont été écrits hier sur une table de brasserie bruxelloise, entre deux réunions. Il semblerait qu'ils pourraient ressembler à des haïkus. Peut-être. Il fait encore froid, trop froid pour moi en tout cas. J'attends le printemps. Vous aussi ? Mais le printemps, à mon âge, c'est un peu d'automne suranné...


Le soleil sombre
La prière monte au coeur
Du ciel mais en vain

Envol de l'aile
Sur la portée des songes
Où germe le grain


Le chemin oublie
Les pas de ceux dont les mots
Effacent la mémoire


L'ordre décompte
Les marches du désordre
Gravissant l'été


Pose les lèvres
Au milieu de la rose
En circonflexe


La vie se replie
En éventail derrière
Le souffle du temps


Même le poète
Ignore le rythme vert
Des fruits du printemps


Carguées les voiles
Menacent le vent de leur
Ignorance bleue


Que dire qui ne
Soit déjà dit du tréfonds
De ton regard blanc


Même le sucre
Dégoutte de sel marin
Sur l'espoir englué

La fin de la faim
Viendra quand il sera trop
Tard pour en parler

4 février 2009

jeudi 29 janvier 2009

Woman in art

Avant de lire "Le front haut", le poème qui a donné son titre à mon recueil de poésies en prose, ouvrez le lien:
www.wikio.fr/video/2035?start=15&count=15&sort=0
Mettez aussi le son de vos hauts-parleurs. Regardez et écoutez.
Puis lisez "Le front haut".


Elle est là devant lui, une nouvelle fois, le front haut, le regard mince comme un filet d'eau.
Il la regarde.
Elle n'est ni belle ni laide.
Il croit l'avoir reconnue entre toutes les femmes parce qu'elle sait dire les choses de l'intérieur et donne une âme à tout ce qu'elle habite.
Elle occupe l'espace du vide comme l'air, comme l'espérance du matin.
Elle est tellement présente que le coeur vous en bat plus vite et que l'on s'imagine l'aimer toujours plus alors qu'elle ne peut que refuser ce qu'on lui offre. Il y a un tel repos dans son visage au front haut, une telle absence de violence qu'on ne peut y croire.

Pourtant, étrange cime de profondeur que rien ne démentait, brisures anciennes, sourires que l'on voyait apparaître à la manière de nymphéas presqu'irréels disparaissant peu après comme les étoiles s'éteignent à l'aube.
Il était déconcerté, il ne pouvait se réfugier dans la neige fondante de ses yeux, se coucher avec elle dans le silence dont elle recouvrait la nudité de son front qu'elle avait haut, tellement haut comme un escarpement, comme une falaise de questions, comme une blanche défense.
Ce front parlait aussi de tristesse.
Il la disait avec la parcimonie de ses rides et la clarté de ses tempes.
Bien sûr, le rêve appareillait enfin sur la mer ensommeillée.
Mais elle le chassait toujours de justesse comme un mauvais présage.

Après cette lecture, refaites le lien pour regarder encore ces 90 visages de femme qui s'enchaînent et vous comprendrez que la femme est un être d'exception, mystérieux, auquel, nous les hommes, ne comprenons sans doute rien.

Ce montage vidéo est l'oeuvre d'un américain Philip Scott Johnson (l'énigmatique Eggman 913). La musique est celle de Yo-yo Ma jouant la Sarabande de la Suite pour violoncelle n°1 de Bach.

mardi 27 janvier 2009

Les petites dames à l'italienne


Une traduction musicale de Pietro D.Perrone


Ceci n'est pas une illustration du poème mais une fresque de la chapelle della Madonna de San Brizio du Duomo d'Orvieto en Ombrie (Italie).
Photo prise par Marianne en septembre 2008
Vecchie signore
Le vecchie signore di Pachecò
sedute fianco a fianco
sotto al porticato
sempliciotte
mezzo mummie mezze scheletri
battibeccavano
nelle loro poltrone di giunco
cocorite o pappagalli
ciarliere civettuole
a colpi di becco
a colpi di canna
a piccoli colpi di crudeltà
se per avventura si avventuravano
l'una dietro l'altra nel giardino
a piccoli passi malfermi
se per avventura si avventuravano
sotto il manto
di foglie verdi
per respirare
un'aria più salùbre
mezzo di fico mezzo d'uva
non è che una seccatura
sciolta sul guanciale della tristezza.
Un tout grand merci Pietro !



mercredi 21 janvier 2009

Les petites dames de Pacheco

Du côté paternel, mon frère, ma soeur et moi avons eu deux tantes. La tante Maria qui est morte pendant la guerre, en même temps que sa fille Henriette, toutes deux asphyxiées après une coupure de gaz de ville. La guerre, ce n'est pas celle de Gaza, ni celle de l'Irak ou de l'Afganistan, mais notre guerre, la grande, la mondiale, celle qu'on a juré de ne plus refaire. Jusqu'à présent on a tenu promesse. C'est bien. Et l'autre tante, Marguerite, la coiffeuse, que nous appelions "ma tante", comme si nous n'en avions qu'une. Après la mort de Maria, c'est vrai, elle était devenue "ma tante", la seule, aussi bien la tante de ma soeur que celle de mon frère, et même de mon père qui l'appelait "ma tante" alors que c'était sa soeur. Maman aussi disait "ma tante" en ajoutant Marguerite. Comme il n'y en avait plus qu'une, on ne pouvait pas se tromper. Ma tante avait, en dehors de son travail de coiffeuse, un coup de main magistral dans la préparation des frites qui baignaient dans l'huile frétillante en compagnie d'un ou deux oignons que nous nous disputions à la fin de la cuisson. Ma tante avait un mari que l'on avait baptisé "mon oncle". Mon oncle se nommait François. Il avait fait la guerre de 14-18 et était plein de décorations. Il avait perdu un doigt, non pas à la guerre, mais dans son jardin potager, à cause d'un clou rouillé. Cela ne l'empêchait pas de couper la viande qu'il connaissait bien car il avait été garçon boucher. Il connaissait très bien Bruxelles aussi comme Teddy, leur petit chien. Un jour, je suis descendu du tram 15 en oubliant Teddy. Je pleurais en marchant vers la maison de ma tante, à Saint Josse. Teddy m'attendait sur le pas de la porte. C'est comme ça, je n'invente rien.
Ma tante a commencé à vieillir après la mort de mon oncle. Elle a fermé son salon de coiffure. Elle a été installée dans un home à la rue des Alexiens, pas loin de la Fleur en Papier Doré. Elle a continué à faire des frites quand j'allais la voir. Puis un jour, j'ai appris qu'elle était à l'hospice de Pacheco, malade. Elle y avait été transportée d'urgence. C'est là que je l'ai revue au milieu de vieilles dames assises sous le préau. Heureusement, son passage à l'hospice ne fut qu'une fausse alerte.
Cela m'a inspiré le petit poème que voici:

Les vieilles dames
Les vielles dames de Pacheco
assises côte à côte
sous le préau
midinettes
mi-momies mi-squelettes
minaudent
dans leurs fauteuils d'osier
perruches ou perroquets
coquettes qui caquettent
à coups de bec
à coups de canne
à petits coups de cruauté
Si d'aventure elles s'aventurent
l'une derrière l'autre
dans le jardin
à petits pas détricotés
si d'aventure elles s'aventurent
sous le couvert
du feuillage vert
pour respirer
un air plus sain
mi-figue mi-raisin
ce n'est que tracassin
fondu sur l'oreiller de la tristesse
Poème extrait de Elégie pour un kaléidoscope.

samedi 17 janvier 2009

Message de Philippe Ducros, auteur, comédien et artiste canadien

Ce message m'a été transmis, il y a deux jours. Il est de la plume de Philippe Ducros qui a participé avec une trentaine d'auteurs à "Et le Monde regarde" Liban, été 2006. paru aux Editions du Cerisier, en 2007 (voir dans les anciens messages de mon blog). J'ai décidé de publier ce document tel quel et sans commentaires. Puisse-t-il être rapidement dépassé par l'actualité et par un cessé- le- feu même unilatéral de la part d'Israël dont on commence enfin à parler.

Trois heures plus tard: Israël décrète un cessé-le-feu, ses objectifs ayant été atteints.


Là où se cache le Hamas

Le secteur H-1 de Hébron

Je suis rentré mardi soir, d’un troisième voyage en Palestine occupée et en Israël. Je me suis trouvé près de Gaza, là où les journalistes regardent de loin vu l’interdiction d’accès à la Bande de Gaza par Israël. Outre le fait que de voir le constant pilonnage (parfois jusqu’à une explosion à chaque minute) donne une réalité troublante de l’ampleur de l’offensive, outre l’incroyable violence des impacts (où les débris montent à des hauteurs qui donnent aux édifices adjacents des allures de nains), il me semble crucial de rapporter ici certains constats qui me sont venus lors de ce séjour.

Sans aucun doute, Israël a le droit de se défendre, il a droit de revendiquer la sécurité de ses citoyens et de prendre les moyens nécessaires pour qu’aucun d’entre eux ne vive dans la terreur. On comprend le souhait d’éradiquer le Hamas, un organisme obscurantiste et dangereux. Oui, les qassams doivent arrêter, tout comme doit arrêter l’occupation. La paix et la justice doivent s’installer en cette plaie ouverte avant que la gangrène n’infecte le monde entier.

Mais l’anéantissement du Hamas est-il vraiment ce que cherche Israël ?

Les mouvements comme le Hamas, ou encore le Hezbollah au Liban présent au Parlement malgré le massacre de 2006, se nourrissent du ressentiment, de l’humiliation et la souffrance d’un peuple, de son besoin de résistance et du besoin d’un avenir actuellement inaccessible. Le Hamas fait partie de ces groupes qui ont leurs lieux forts dans la tête et le cœur des gens, dans leurs rancunes et leurs douleurs. Inutile de chercher à les déloger par les armes, ils se cacheront encore plus profondément dans les âmes. Ils trouveront toujours des chefs pour se relever après les assassinats, ils trouveront toujours des armes pour crier, des actes pour résister. On ne peut pas nier à un peuple le droit d’exister et s’attendre ensuite à ce qu’il ne résiste pas. Et c’est sur ce besoin vital que le Hamas puise sa force. Il utilise la peur, l’humiliation, le désespoir et le manque pour grossir, pour vivre. On peut détruire tous les qassams de ses militants, ils reviendront encore et toujours, quitte à le faire avec les armes des plus pauvres d’entre les pauvres, les missiles artisanaux, les autos piégées, et finalement, le retour des bombes humaines. Faute de lancer leurs roquettes artisanales, ils feront sauter leur rancune, leur douleur et leur peur dans les autobus qui mèneront de l’enfance à l’horreur. Le trajet est simple. L’autobus est plein. On peut croire à la destruction des tunnels où ils s’approvisionnent, le plus puissant d’entre eux se creusera encore plus loin au cœur du désespoir des civils, des familles en deuils, des fils de « martyrs ». Ce tunnel, beaucoup plus profond, ne se comblera jamais par une surenchère de violence. Partout où je suis allé en Cisjordanie, là où le Hamas n’avait plus d’assises réelles ni de crédibilité, il m’a fallu constater son renforcement, voire, sa résurrection. Il a aujourd’hui la cote dans les passions. Par cette offensive, Israël dope le Hamas aux stéroïdes.

Déjà, la situation était insupportable. Sans eau, sans électricité, sans horizon autre qu’un mur de ciment de 8 mètres de haut, sans avenir autre que les camps surpeuplés, les checkpoints omniprésents, l’humiliation des permis, l’aléatoire des incursions, des emprisonnements, des assassinats sélectifs, des maisons détruites par punitions collectives, des oliviers rasés, du racisme le plus abject et des sanctions les plus répressives, des couvre-feux et des barrages, sans les composantes même de la dignité, la vie n’est plus qu’une bulle dans le narguilé de Dieu. Ne reste que les mosquées où se rassembler. Et les barbus récoltent autant de disciples que de poils à leurs barbes.

Cette dernière offensive vient cimenter le désespoir. Ont déjà explosés : les stations de police, les ministères de l’intérieur, des affaires étrangères, des travaux publics, de la justice, de l’éducation, du travail et de la culture, le compound présidentiel, le Parlement, le bureau du Premier ministre. La population en conclut que ce n’est pas que le Hamas qui est visé mais la vie même de la bande de Gaza et de ses habitants. Trois écoles de l'ONU ont été bombardées dont une où plus de 40 personnes qui y avaient trouvé refuge, ont été tuées. Quand apparaît l’argument des boucliers humains, il est bon de savoir que la bande de Gaza est l’endroit où la densité de population est la plus élevée au monde. On trouve dans le camp de Jabalya, plus de 100 000 habitants sur un à deux kilomètre carré. Les humains qui servent supposément de boucliers n’ont nulle part où aller.

L’ONU crie au cessez-le-feu immédiat, la Croix-Rouge blâme Israël comme elle l’a fait auparavant avec aucun autre agresseur, et pourtant, personne ne bouge : aucune sanction économique, aucune pression comme celle sur Cuba, sur l’Irak, sur l’Afghanistan…

Ou sur l’Iran. Depuis le début de 2008, les rumeurs de frappes américaines sur l’Iran pour pulvériser ses installations nucléaires faisaient l’espoir de certaines classes israéliennes. Cependant peu à peu, un recul aux États-Unis face à cette stratégie s’est fait sentir. Et finalement, avec l’élection d’Obama, une vague d’ouverture est plausible envers Téhéran. Les frappes démesurées sur le Liban censées viser le Hezbollah et celles, encore plus horribles, sur Gaza, envers le Hamas, sont des gifles dangereuses à l’Iran qui ne peuvent que nourrir la tension entre ces pays. Ce sont de nouvelles marches dans l’escalade d’un conflit déjà international. Certains prétendent déjà que c’est l’objectif visé, afin d’ouvrir les hostilités envers l’Iran, seule menace réelle de la région. Je n’ose croire en ce scénario.

Quoi qu’il en soit, il faut remarquer qu’un Hamas fort permettra toujours aux Israéliens de repousser l’idée de deux États côte à côte, remettant à jamais la création de l’État de la Palestine. Ces agressions ne feront qu’enflammer la rage des groupes armés de Palestine, les poussant à l’action et permettant une fois encore à Israël de se défendre, et ainsi de ne pas respecter ce envers quoi il s’est engagé, soit : l’arrêt de la colonisation[1], la levée des sanctions et des sièges, et finalement l’arrêt de l’occupation et la création d’un État palestinien indépendant.

Ceci dit, ce qui est encore plus terrifiant, c’est que ce nouveau massacre à ajouter à la liste perpétuelle des insultes que vit depuis 60 ans le peuple Palestinien grossit également la haine et la rancune des autres musulmans à travers le monde. Partout, les musulmans se sentent humiliés. Ils s’identifient aux Palestiniens, ils savent que leur cause ne pèse que trop peu dans la balance de la realpolitik. Même si leurs gouvernements ne font rien. Il est évident que les barbus, que ce soient ceux du Liban ou de Palestine, ou encore plus inquiétant, ceux d’Iran, d’Afghanistan ou ceux d’Al-Qaïda, ou des autres copycats qui en découlent, eux, sauront capitaliser sur l’horreur de ce cette destruction massive. Plus la supposée riposte sera démesurée, plus seront alimenté la rancune et la haine. Et ce, face à Israël précisément, mais aussi face aux démocraties de l’occident en général qui en toute complicité, parfaitement conscients ce qui se passe, accélèrent leurs échanges commerciaux et diplomatiques en proclamant inlassablement l’impunité de l’État d’Israël.

Car qui peut encore prétendre croire à un ordre mondial basé sur la liberté et les droits individuels quand nos pays laissent des massacres d’une telle importance continuer sans rien dire, ni faire ? Qui peut encore prétendre croire à la justice, à la démocratie, à la bonne conscience de nos dirigeants quand on voit les droits fondamentaux des Palestiniens bafoués sans vergogne, et ce, depuis plus de 60 ans ? La Croix-Rouge tente déjà de poursuivre Israël devant les tribunaux pour crime de guerre. L’ONU passe une résolution de cessez-le-feu à 14 voix pour et une abstention et ce document ne reste qu’une lettre d’opinion de plus dans un journal banal… Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a adopté une autre résolution pour condamner « vigoureusement l'opération israélienne» et qui demande «l'arrêt immédiat» de l'offensive des forces armées israéliennes, en spécifiant qu’elle «s'est traduite par des violations massives des droits de l'homme et la destruction systématique des infrastructures» palestiniennes, exigeant également « qu'Israël cesse de prendre pour cible des civils ainsi que le personnel médical et les installations médicales… ». Cette résolution a été adoptée à 33 voix pour, 1 contre et 13 abstentions. La voix contre ? Le Canada. Notre gouvernement ! Le même gouvernement qui fut le premier à couper l’aide aux Palestiniens après l’élection du Hamas, avant même les Etats-Unis.

Nos gouvernements sont coupables d’une augmentation des tensions qui risquent fort d’être explosive. Nous devenons alors la vache à lait de cet ennemi invisible et omniprésent, en alimentant sa source de vie qui est cette rancune, ce désespoir. Nous devenons l’ennemi.

L’impunité complète face à ses actions qu’Israël possède dans le monde doit cesser. Et accuser tous ceux qui s’y opposent d’antisémitisme, censurer toute opposition, ne peut que mener à l’horreur. Quand un peuple ne peut plus faire son autocritique, quand il est sourd à toute critique extérieure, il marche alors inévitablement vers l’inacceptable. Le fait qu’Israël soit issu de l’oppression infâme des Juifs tout au long de l’histoire ne lui donne aucun droit à l’oppression, ni aucune circonstance atténuante.

Il y a moins d’une semaine, je marchais dans les rues désolées du secteur H-1 au centre ville d’Hébron, centre industriel du sud de la Cisjordanie. À Hébron, 400 colons y vivent protégés par 2000 soldats. Les chiffres varient d’après les sources, mais le rapport reste le même. Et lorsqu’on marche dans le secteur H-, contrôlé par les soldats Israéliens où les colons résident, il est facile de constater l’écart entre les soldats et les habitants. Les soldats sont partout. Certains sont en colère envers les colons qu’ils considèrent comme les plus radicaux de tous les radicaux. C’est à Hébron que Barush Goldstein colon radical a ouvert le feu en 1994 pendant la prière, dans la mosquée Ibrahimi, le caveau des Patriarches où repose Abraham. 29 morts sur le coup. C’était un fou, me direz-vous, un fanatique… Ce qui est encore plus inquiétant, c’est que dans East Har Hevron, la colonie qui borde le secteur H-1, une stèle a été érigée en son honneur au milieu d’un parc.

À la sortie du secteur H-1, j’ai croisé un Palestinien, commerçant dans une des deux boutiques encore ouvertes pour les touristes. Je lui ai demandé, comment va la vie ? Il m’a répondu : On ne peut pas demander à un homme sans emploi comment va le travail ou à un célibataire, comment vont ses amours… C’est pareil pour nous avec la vie.

Si vous voulez qu’ils arrêtent de tuer au nom de la vie, donnez leurs le sentiment d’en avoir une.





Philippe Ducros
Montréal
hotelmotel@lecabinet.com
[1] L’ONU (OCHA) indique qu'il y a environ 450000 colons qui vivent dans 149 colonies en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-est.

dimanche 11 janvier 2009

La guerre est absurde, quand donc la paix ?


La guerre de Piero





Tu dors enterré dans un champ de blé

ce n’est pas la rose, ce n’est pas la tulipe

qui te veillent à l’ombre des fossés

mais ce sont mille coquelicots rouges

le long des rives de mon torrent

je veux que descendent les brochets argentés

non plus les cadavres des soldats

portés par les bras du courant

ainsi disais-tu et c’était l’hiver

et comme les autres vers l’enfer

tu t’en vas triste comme on doit l’être

le vent te crache la neige au visage

arrête-toi Piero, arrête-toi maintenant

laisse le vent te passer un peu dessus

il t’apporte la voix des morts dans la bataille

qui demanda la vie eut une croix en échange

mais tu ne l’entendis pas et le temps passait

avec les saisons au rythme de la java

et tu parvins à franchir la frontière

par un beau jour de printemps

et tandis que tu marchais l’âme en berne

tu vis un homme au fond de la vallée

qui avait la même humeur que toi

mais l’uniforme d’une autre couleur

tire-lui dessus Piero, tire-lui dessus maintenant

et après un coup, tire-lui dessus encore

jusqu’à ce que tu le vois exsangue

tomber à terre et la couvrir de sang

et si je lui tire dans le front ou dans le coeur

il aura juste le temps de mourir

mais il me restera du temps pour voir

voir les yeux d’un homme qui meurt

et tandis que tu lui portes cette attention

il se retourne, il te voit et il a peur

et le fusil à l’épaule

il ne te rend pas la politesse

tu tombas à terre sans un cri

et tu t’aperçus en un seul instant

que le temps ne t’aurait pas suffi

pour demander pardon pour tous tes péchés

tu tombas à terre sans un cri

et tu t’aperçus en un seul instant

que ta vie se terminait ce jour-là

et qu’il n’y aurait pas de retour

ma Ninetta, crever en mai

il faut beaucoup trop de courage

ma belle Ninetta, droit en enfer

j’aurais préféré y aller en hiver

et tandis que le blé t’accueillait

dans les mains tu serrais un fusil

dans la bouche tu serrais des mots

trop gelés pour fondre au soleil

tu dors enterré dans un champ de blé

ce n’est pas la rose, ce n’est pas la tulipe

qui te veillent à l’ombre des fossés

mais ce sont mille coquelicots rouges.



Fabrizio De André



Texte original en italien:

http://www.italianissima.net/testi/laguepi.htm



Traduit de l'italien par Patricia Tutoy, le 3 août 2008.

http://ptutoy.over-blog.net/article-21715414.html

Ce très beau texte m'a été proposé par Pietro d. Perrone.
Merci Pietro.