Le livre
Le livre se fermait, page après page. Il le tenait entre les doigts, essayait encore de l'ouvrir pour retrouver la page, la seule où il lui avait semblé qu'à chaque mot, l'oiseau chantait. Était-ce l'oiseau qui faisait s'envoler les mots à tire d'ailes ?
D'autres mots s'étaient envolés de la même manière, d'autres mots s'étaient perdus, irrémédiablement, en dehors de l'univers du livre qui se fermait. D'une main, il ne pouvait empêcher que les mots ne s'enfuient, ne s'envolent toujours plus loin. D'une main, il lui était impossible de les rattraper, de les ramener dans le texte qu'il ne comprenait plus.
S'il l'ouvrait à une autre page, c'était la même chose, les mots se bousculaient vers l'ouverture pour s'échapper comme s'ils en avaient assez d'être rangés dans l'ordre des phrases ou le désordre du cerveau fatigué.
Le livre se fermait et peut-être fermait-il le livre comme on le ferme après lecture, dans l'espoir ou le désespoir qu'un autre l'ouvre afin de pouvoir découvrir le secret caché même pour qui croit avoir tout découvert, sachant bien que, fermé, le livre ne peut plus que mourir.
Itinéraire
Chemin à la fois prêté et emprunté, chemin qui nous conduit vers une destination toujours inconnue. Itinéraire peut-être interdit. N'est-il pas sans arbre et sans ombre ? N'est-ce pas un chemin lunaire sur les toits de la ville ?
Nous ne voyons rien, même pas pointer le jour. Nous n'entendons rien, même en tendant l'oreille.
Défilent des hommes qui transportent des charges sans nom, très loin, et parfois à bout de bras, dans la position la plus douloureuse qui soit.
Pareils à ceux qui, avant eux, sont passés sur le même chemin, avec des charges semblables qu'ils s'efforçaient de ne pas regarder pour ne pas leur donner de nom.
Jadis il traversait le jardin, sans détours. C'était peut-être un chemin de soleil illuminé par le sourire des fleurs qui embaumaient nos gestes les plus tendres. Peut-être un chemin de neige où nos pas glissaient sans laisser d'empreintes. L'itinéraire semblait printanier même en hiver. La nuit, il suffisait de lever la tête pour entrer dans les étoiles jusqu'à l'aube.
jeudi 28 avril 2011
mercredi 27 avril 2011
Et si on continuait la lecture de "Le front Haut"
Le carrousel
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Sur le cheval, le blanc aux yeux d'ivoire, la licorne aux ailes d'ange, tu montes et tu descends, en tournant, tournant toujours d'un tour à l'autre. Et tu tournes dans les miroirs où je te vois autant de fois, mille fois, je crois, dans ma mémoire. Tu apparais puis disparais, mes yeux te suivent, te poursuivent. Jusqu'où pourront-ils te voir à chaque tour et te revoir ? Seule sur le carrousel, tu montes et tu descends. Ton rire éclate, tu tournes dans ma tête aux sons des orgues foraines, tes cheveux dansent, tes reins se cabrent. Chaque fois tu pars et tu reviens, tu entres, tu sors de la lumière, tu viens du rêve, la nuit te va, ton sommeil traîne dans ma mémoire. Où suis-je donc ? Où es-tu donc dans cette ronde qui n'en finit pas. Ton sourire passe. Tu passes, tu tournes, tu te détournes, tu fuis, tu t'échappes rivée à ce cheval ailé qui ne peut s'envoler puisqu'il est de bois.
L'empreinte
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Le jour s'est levé à travers la persienne restée ouverte à mi-chemin.
Dehors, une volée d'oiseaux et l'herbe humide de rosée. Dedans, moncorps endolori de nuit, de valses, de tourbillons, d'étreintes, d'ombres.
Mon corps comme une épave. Mon corps comme un creux, mon coeur comme rien, mon espace vide.
Qui suis-je avec ces espèces de genoux détachés, ces doigts envolés, ces reins éreintés par la marée, échoué, nulle part ?
Reste sur les murs, l'empreinte de nos ombres, celle que nous avions essayé d'effacer très vite pour ne pas tacher la surface des murs.
Le rosier
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Elle aime les roses et a les pouces verts. Au début, le rosier ne donnaitqu'une rose à la fois. Elle l'a taillé, comme il faut, aux bons endroits.
Depuis, elles prolifèrent toujours plus nombreuses. C'est un rosier ardent que l'on voit de partout. Il suffit d'ouvrir une fenêtre sur le jardin pour qu'il entre dans la maison. Un jour, il s'est retrouvé au milieu de la table ronde. Il y avait cinquante-cinq roses, toutes plus belles les unes que les autres. Elle leur parlait, elle les appelait par leur nom. "Mes petites passions feutrées", disait-elle, "mes porteuses de vent", "mes regards illuminés", "mes langues de miel". Elle seule pouvait respirer leur odeur sans défaillir. Des pétales fanés, elles distillait l'essence pour en faire un parfum dont elle s'embaumait. Imprègne-toi de l'odeur de mon corps, lui disait-elle, quand il la retrouvait le soir. Je suis le rosier de ton désir.
Mon corps est couvert de pétales, mes lèvres sont humectées de rosée. Je suis la première rose des mille et une nuits. Et il recueillait sur ses lèvres la passion du rosier.
Jean Botquin
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Sur le cheval, le blanc aux yeux d'ivoire, la licorne aux ailes d'ange, tu montes et tu descends, en tournant, tournant toujours d'un tour à l'autre. Et tu tournes dans les miroirs où je te vois autant de fois, mille fois, je crois, dans ma mémoire. Tu apparais puis disparais, mes yeux te suivent, te poursuivent. Jusqu'où pourront-ils te voir à chaque tour et te revoir ? Seule sur le carrousel, tu montes et tu descends. Ton rire éclate, tu tournes dans ma tête aux sons des orgues foraines, tes cheveux dansent, tes reins se cabrent. Chaque fois tu pars et tu reviens, tu entres, tu sors de la lumière, tu viens du rêve, la nuit te va, ton sommeil traîne dans ma mémoire. Où suis-je donc ? Où es-tu donc dans cette ronde qui n'en finit pas. Ton sourire passe. Tu passes, tu tournes, tu te détournes, tu fuis, tu t'échappes rivée à ce cheval ailé qui ne peut s'envoler puisqu'il est de bois.
L'empreinte
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Le jour s'est levé à travers la persienne restée ouverte à mi-chemin.
Dehors, une volée d'oiseaux et l'herbe humide de rosée. Dedans, moncorps endolori de nuit, de valses, de tourbillons, d'étreintes, d'ombres.
Mon corps comme une épave. Mon corps comme un creux, mon coeur comme rien, mon espace vide.
Qui suis-je avec ces espèces de genoux détachés, ces doigts envolés, ces reins éreintés par la marée, échoué, nulle part ?
Reste sur les murs, l'empreinte de nos ombres, celle que nous avions essayé d'effacer très vite pour ne pas tacher la surface des murs.
Le rosier
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Elle aime les roses et a les pouces verts. Au début, le rosier ne donnaitqu'une rose à la fois. Elle l'a taillé, comme il faut, aux bons endroits.
Depuis, elles prolifèrent toujours plus nombreuses. C'est un rosier ardent que l'on voit de partout. Il suffit d'ouvrir une fenêtre sur le jardin pour qu'il entre dans la maison. Un jour, il s'est retrouvé au milieu de la table ronde. Il y avait cinquante-cinq roses, toutes plus belles les unes que les autres. Elle leur parlait, elle les appelait par leur nom. "Mes petites passions feutrées", disait-elle, "mes porteuses de vent", "mes regards illuminés", "mes langues de miel". Elle seule pouvait respirer leur odeur sans défaillir. Des pétales fanés, elles distillait l'essence pour en faire un parfum dont elle s'embaumait. Imprègne-toi de l'odeur de mon corps, lui disait-elle, quand il la retrouvait le soir. Je suis le rosier de ton désir.
Mon corps est couvert de pétales, mes lèvres sont humectées de rosée. Je suis la première rose des mille et une nuits. Et il recueillait sur ses lèvres la passion du rosier.
Jean Botquin
jeudi 21 avril 2011
Le Cierge Extrait de "Le Front haut" de J.B.
Longtemps, il regarda le cierge brûler. Les larmes de cire coulaient. Il pensait à la mèche qui, lentement, se consumait en fumée. Si j'étais à l'intérieur de moi-même, se disait-il, mes pensées monteraient vers le ciel comme cette flamme, mon âme transpirerait comme cette cire qui s'amollit. Je serais une moelle incandescente. Les paroles emprunteraient le chemin du silence.
Il examinait ses mains à la lueur de la flamme de ses pensées. Il les tournait, les retournait. Elles étaient sans surprises, étroites et longues, silencieuses.
Ces mains se souvenaient d'une femme qu'elles avaient longtemps caressée, pendant de longues heures, sans jamais atteindre l'intérieur de sa tendresse endormie.
Elles étaient là, abandonnées à ce souvenir tandis que la flamme formait des paroles qu'il ne pouvait plus prononcer.
Il examinait ses mains à la lueur de la flamme de ses pensées. Il les tournait, les retournait. Elles étaient sans surprises, étroites et longues, silencieuses.
Ces mains se souvenaient d'une femme qu'elles avaient longtemps caressée, pendant de longues heures, sans jamais atteindre l'intérieur de sa tendresse endormie.
Elles étaient là, abandonnées à ce souvenir tandis que la flamme formait des paroles qu'il ne pouvait plus prononcer.
L'éveil. Extrait de "Le front Haut" de J.B.
Ils s'étaient réveillés l'un à côté de l'autre. Ils ne savaient pas qui des deux s'était réveillé le premier. Mais, éveillée, elle lui paraissait plus morte qu'endormie, comme si le sommeil lui avait ôté la vie. Elle lui faisait signe de son regard gelé, de son regard qui bougeait à peine ou qui cesserait bientôt de bouger.
Il ne savait pas s'il était de ce côté ou de l'autre. Lui disait-elle des choses qu'il ne comprenait plus, parce qu'il en aurait oublié l'existence depuis trop longtemps ? Ou, au contraire, ne disait-elle rien alors qu'il pensait avoir entendu qu'elle parlait ? Peut-être était-ce lui qui chantait d'une voix intérieure cherchant à étouffer sa propre voix - qu'il n'aurait pas reconnue - dans l'oreiller.
Quand ses mains se mirent à chanter telles des ailes blanches, on aurait pu espérer qu'il comprendrait ce qu'elle disait enfin. Cependant, il était dans son dernier rêve, celui qui précède chaque fois l'éveil, et dans lequel elle lui était apparue presqu'aussi froide qu'elle n'était au moment de s'éveiller.
On peut se demander s'il avait vraiment dormi, même s'il n'avait pas veillé toute la nuit à côté d'elle qui aurait fait semblant de dormir ou qui aurait choisi de mourir. Comment savoir s'il ne l'avait pas tuée en ne l'écoutant plus chanter de ses ailes blanches et en ne comprenant plus pourquoi ses yeux se taisaient.
lundi 18 avril 2011
A travers le Hainaut. CHEMINS DE DECOUVERTES
Sous le dôme des arbres
Quand renaissent les jacinthes
Le regard est bleu
2
Depuis ce matin
A tire d'ailes les hirondelles
Traversent le jardin
3
La Haine comme un songe
Sans ennui dans la campagne
Paisible du Hainaut
4
4
Cascade de la Haine
Pareille au torrent rapide
Parmi les rochers
5Loin après la hâte
D'arriver à la lisière
Lenteur du chemin
6
Un toit de hêtres
Rouges s'appuyant deux par deux
Boiteux séculaires
Haïkus de J.B.
Cherchez la photo qui convient.
mardi 12 avril 2011
Les sarmants. In "Le front haut" de J.B.
A maman, à qui je pense tous les jours.
Les sarmants
Déjà, elle avait tiré son âme sur les yeux, comme on se couvre pour dormir. Ses mains ressemblaient de plus en plus à des sarments desséchés qui auraient épuisé la terre. Maintenant, les mains demandaient sans parler, parfois suppliaient : « Vois-tu, nous sommes sorties de l’œuvre et la vie se rétrécit à l’intérieur de nos doigts. Notre maison, c’est le fauteuil ou nous égrenons le chapelet du temps ». C’est ce qu’elles pensaient, sans trahir leur silence. Régulièrement, elles interrogeaient une horloge qu’elles tenaient sur les genoux. L’horloge prononçait d’une voix métallique : « Il est treize heures quarante-cinq minutes ». Autrement dit, il y avait plus d’une heure que le repas était terminé. Et il faudrait encore attendre près de trois heures avant de manger la tartine du soir. L’horloge ne disait pas : « C’est l’après-midi. Il est une heure quarante-cinq minutes ». Non, cette boîte préférait compter jusqu’à vingt-quatre. Le langage véritable des heures et des saisons lui était inconnu. Ainsi le temps ne passait plus guère. Il y avait peu de différence entre la lumière du matin, du soir et de la nuit. Les saisons et les jours n’étaient plus qu’un seul hiver sans fin où le regard ne fleurissait plus.
In « Le front haut » de J.B.
mardi 5 avril 2011
Piqués des vers - 300 coups de coeur poétiques. Espace Nord
Une anthologie où se cotoyent 300 poètes belges, nés entre 1855 et 1983, classés par date de naissance, sans indication de leur décès (éventuel ...mais inéluctable). Les poètes ne sont ils pas éternels ?
J'y suis aussi. Merci Colette. Merci Christian. Je passerai donc dans l'histoire de la littérature belge, à tout le moins, vue à travers votre regard.
Vous êtes allés chercher un extrait de poème paru dans "Elégie pour un Caléidoscope".
Le voilà:
Nos bouches boivent
la chair à la chair
nos bras carguent des ombres
indociles
nos mains s'attardent
sur nos têtes
terreuses
De son long glaive
un dernier rayon
éventre la neige
et nous givre d'aube
Quel âge avais-je quand j'ai écrit cela ?
C'était il y a longtemps !
jeudi 31 mars 2011
OASIS extrait de "Triangles de la nuit des temps"
À Mohamed El Jerroudi et mes amis du Magreb, OASIS, extrait de « Triangles de la nuit des temps »
Je me brûle les pieds jusqu’à tes parois de sable
Je marche vers toi avec ma soif d’aimer
les lèvres desséchées par la poussière de la haine
Je me brûle les mains
dans mes tâtonnements d’aveugle
que le soleil harcèle
Je me brûle la peau
pour atteindre ta fraîcheur
différence arrachée au souffle torride du chergui
chargé des brûlures du grand Erg éternel
Césure profonde de ton corps de femme
balancement de palmes et verdeur inespérée
bouche béante comme une source
jaillissant du cœur de la terre
Concert inattendu dans le désert de silence
et dans la nuit aux myriades d’étoiles
qui me recouvre de sa djellaba noire
au capuchon argenté par la lune
les pieds raffraîchis par le sable tiède des ruelles du ksar
où traînent des moutons bêlants et des chiens au teint de chacal
tandis qu’Allah se plie aux caprices
du Muezzin qui répète combien Il est grand
Oasis, ton visage apparaît dans le mirage de chaleur
vibrant au creux de ma mémoire dont tu t’évades
vallée de palmiers-dattiers dont j’imagine les fruits
de soleil de sucre et de miel
fouillis inextricable de lauriers roses
cultures prises au filet des canaux qui les irriguent
eaux sourdant de partout comme des vérités éphémères
pour abreuver les racines et mourir dans les sables
dont tu surnages, oasis, comme par miracle
Oasis, avec tes champs de maïs aux épis dorés
Oasis, comme un dernier refuge avant l’enfer
où je me brûle la plante des pieds et les mains
qui t’abandonnent
femme étendue qu’un jour ou l’autre il faut quitter
À cause du nectar dont est remplie la source de tes yeux
à cause de tes formes qui épousent les failles de la terre
que tu caches sous l’opulence
momentanée peut-être provisoire
de ton paradis terrestre menacé de toutes parts
Femme, comme une île qui accueille les naufragés
ceux qui soudainement se brûlent la peau à ta sensibilité
à tes frémissements
à tes murmures sous les palmes
de tes sources bleues aux poissons sacrés
ceux qui se brûlent à ta fraîcheur
parce que tu es l’exception à laquelle personne n’est préparé
parce que tu es la plaie verte de la solitude
où croisent les caravanes
celles qui ressemblent à ces vaisseaux fantômes
sur la mer
dont notre sensibilité à tout jamais porte la marque
caravanes de souvenirs dont tu brises la marche
Oasis, comme un arrêt dans la fatigue
des grandes étendues
Foum
ouverture sur la plaine
sur la chaleur des pierres
où je me brûle les pieds jusqu’à tes parois de sable
avec ma soif d’aimer
les lèvres desséchées par la poussière de la haine
où je me brûle les doigts à vouloir t’arracher, femme, de mon cerveau
où je t’avais plantée comme une oasis
dans le désert des terres hostiles.
Jean Botquin 1986
texte également publié sur mon site de Facebook.
mercredi 30 mars 2011
Ceci n'est pas un galop. Extrait de "Le front haut" sous le titre "le galop" de Jean Botquin.
Ils galopaient à vive allure, tour à tour, la jument à la fine encolure serrée entre les cuisses de son cavalier qui lui battaient les flancs comme un dieu épris des vents, comme un fou montant à l’assaut de la démence, et l’étalon qui l’entraînait au rythme de la fougue de sa cavalière courbée sur le dos de sa monture, l’étreignant par la crinière, dansant sur ses reins et sa croupe à chaque rebond de la route. Ils galopaient, l’un et l’autre, tour à tour, sans que l’on puisse les distinguer, sans que l’on puisse seulement deviner laquelle des deux montures montait l’autre à folle allure sous la forêt des branches trop basses qui les griffaient au passage. À travers le gué des rivières, plus loin toujours sur les plages et la mer et les vagues qui déferlaient jusque sous leur ventre où elles éclataient contre leurs jambes en gerbes d’écume. Et leurs naseaux fumaient et l’amour les faisait se dresser dans le soleil où leurs robes écumaient de lumière. Et c’était un galop effréné dont on pouvait dire qu’il ne finirait jamais en entendant le bruit des sabots pinçant le sol avec une violence inouïe et toujours renouvelée. La folie de leurs corps écartelés par la transe et par leur course, leur ventres renversés et unis comme si l’étalon avait épousé la jument ouverte par violence, écrasée par la danse. La folie de leurs jambes ancrées, toujours plus vite, toujours plus fortement afin qu’elles ne cessent d’exaspérer la folie de leurs dos renversés. Ainsi passaient-ils depuis longtemps sans que l’on puisse les distinguer ni même deviner lequel des deux montait l’autre. On voyait les chevelures et les crinières enmêlées, les croupes écartées par l’effort superbe des montures. On croyait même qu’elles renâclaient tellement leurs fougues étaient confuses et contradictoires, tellement les hennissements de joie faisaient penser à la haine et au désir puissant de maîtriser l’autre et de le posséder. On ne pouvait pas les empêcher de galoper ainsi toujours plus loin, la jument ou l’étalon monté d’un cavalier ou d’une cavalière, pour échapper à l’angoisse qui les poursuivait dans les sous-bois, les prairies, les vallées, les plages…on ne pouvait pas.
mardi 29 mars 2011
Les peaux de chagrins. Extrait de"Le Passeur d'un fleuve trop court" de Jean Botquin.
Maintenant, oui, je sais tout de l’ignorance, comme dans les rêves qui me hantent. Je suis entré en ta douce folie d’oiseaux inconnus. J’ai compris combien nos âmes sont abandonnées, dépouillées de leurs frémissements. Car les roses ne s’empourprent que le soir, les regards s’effeuillent, les montagnes noircissent leurs cimes, la neige fait nauvrage, l’éternel n’éternise plus les champs de fleurs. Les plages sont étroites, on s’y tient à peine debout, la mer caresse la mer et la brise du soir brise le soir. J’ai un goût de sel à la bouche, je suis nu et crispé sur de vains souvenirs. Je me prends à la gorge comme si je voulais mourir, il n’y a plus d’adieux, je dérive droit devant le couchant de l’illusion qui m’attache mais te fait mentir et vomir les chaloupes de nos cœurs évanescents silencieux et endoloris. Doigts crispés sur de vains souvenirs, car c’est la dérive conjuguée à nos vertiges. Et puis tu es là toujours comme si tu n’étais pas disparue, avec ton cri d’oiseau, avec ton cri de peur et ton désespoir inutile. Toi tu es d’Amérique et moi d’Asie, à deux encablures à peine l’un de l’autre. Je te cherche encore à travers l’histoire qui s’écoule, je te sculpte avec mes mots sur un médaillon ou un bas-relief de vocabulaire qui s’affuble de masques et de rêves. Il y en a dont la quête ne porte que sur des restes d’amour évaporé le long de volcans endormis. Je m’étais posé entre deux battements de ton cœur, la tête balançant d’une oreillette vers l’autre. Je pensais que les baies s’ouvriraient pour laisser entrer les hortensias des jardins dont tu vêtirais les nuages. Je tissais le fil d’or de la souvenance, en m’éblouissant du présent. Longtemps je suis resté, tant de jours plus tard, en vigie devant le soleil qui s’engloutissait dans la mer, à compter les espaces séparant les gestes qui suspendent les lustres de Byzance. Et sans doute n’ai-je cousu que des peaux de chagrin avec le fil de ma mémoire. Jean Botquin 1998
dimanche 27 mars 2011
Nous sommes (Extrait de"Le front haut")
Nous sommes, comme une pierre roulant de la montagne et rejetée par ton pas sur le chemin, comme une sculpture dont la taille régresse dans l’absence de tes mains, comme le silence dont s’entoure l’écriture avant qu’elle ne commence, comme le regard qui se pose sur la peur de l’ennui et la mort dont le sommeil s’inspire, comme l’indifférence des gestes et l’incohérence des mots, comme le voyage qui ne débute pas, comme la tentative de l’impossible amour, comme tout ce qui génère l’angoisse de la folie, comme tout ce qui m’éloigne de l’image de ton corps et de l’opacité de tes rêves, comme le printemps aussi, comme le sourire qui t’anime et te rend infidèle, comme ton visage endormi auprès du mien solitaire… Nous sommes , toi et moi, ces barques en dérive de nous-mêmes.
samedi 26 mars 2011
Les paupières des Fenêtres ( Extrait de "Le front haut")
Les paupières lourdes des fenêtres altèrent l’or de la lumière. La maison a les yeux clos et paraît s’endormir dans la chaleur de midi. À l’intérieur de l’heure creuse, d’une pièce à l’autre, tu vas. Puis, tu ouvres la fenêtre du jardin où mon ombre t’attend. Ton visage s’illumine à la manière de la fleur d’un magnolia au soleil. Me vois-tu, moi, qui ne suis peut-être que le sésame d’un temps ? Et tu es là, l’espace d’un instant, le temps de refermer les paupières de la fenêtre sur ton visage et ta forme qui m’interrogent sans cesse, l’espace d’un moment d’éternité. Te voilà disparue. Mon ombre parmi les roses, hélas, ne fera plus qu’un temps. Serais-tu morose derrière les fenêtres closes à m’attendre éternellement.
Haïku : Paupières des fenêtres/ Endormies dans le soleil/ À l’ombre de nos yeux
jeudi 24 mars 2011
La mariée du printemps; Extrait du " front haut" de Jean Botquin
Elle est vêtue de printemps, de pommier rose, de gerbes de cerisier pareilles à des doigts de fée, de dentelles en pétales de neige de poirier, d’une traîne de vent et d’un décolleté de prunier japonais. Elle est vêtue d’une robe tellement précaire. Elle n’est vêtue que de printemps comme si déjà elle était nue car le regard ne souhaite que ce moment-là, le moment où dévêtue revêtue elle s’offrira à un inconnu qui l’installera dans son rêve, sans savoir combien elle désespère d’être reconnue. Iront-ils, eux aussi, vers l’indifférence dont s’habillera bientôt l’innocence promise ? Ou, au contraire, saurons-ils arrondir les gestes de leur alliance ? C’est bien ainsi que je l’avais vue, que je l’avais inventée, imaginée à la fois dans sa robe de fête et de deuil printanier en sachant bien que je la perdais déjà avant de l’avoir rencontrée.
jeudi 17 mars 2011
Haïkus des clous de Jean Botquin.
L'ironie pointue
Du clou stigmatise le trou
Bâillant aux corneilles
+
Le clou en dérive
Rive sa lime dans un autre trou
Sacré malotru
+
Le clou bouche le trou
Coup sur coup avec sa pointe
Sans arrière-pensée
+
Jouant à trou percé
Le clou berne le trou qui s'ouvre
Contraint et forcé
+
Clou sans trou ne rime
A rien disait le trou cloué
Sous la grimace
+
Le trou la bouche pleine
Se mettait martel en tête
A chaque cri du clou
+
Clou de la soirée
Quand le clou perce la chaise pour
Faire la fête au trou
+
Belle trouvaille dit-il
Un clou chasse l'autre sans remord
Au trou qui déraille
+
Un troubadour chante
L'aubade du dernier trou blanc
De ma pauvre mémoire
+
Jean Botquin
Du clou stigmatise le trou
Bâillant aux corneilles
+
Le clou en dérive
Rive sa lime dans un autre trou
Sacré malotru
+
Le clou bouche le trou
Coup sur coup avec sa pointe
Sans arrière-pensée
+
Jouant à trou percé
Le clou berne le trou qui s'ouvre
Contraint et forcé
+
Clou sans trou ne rime
A rien disait le trou cloué
Sous la grimace
+
Le trou la bouche pleine
Se mettait martel en tête
A chaque cri du clou
+
Clou de la soirée
Quand le clou perce la chaise pour
Faire la fête au trou
+
Belle trouvaille dit-il
Un clou chasse l'autre sans remord
Au trou qui déraille
+
Un troubadour chante
L'aubade du dernier trou blanc
De ma pauvre mémoire
+
Jean Botquin
jeudi 10 mars 2011
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