mardi 17 juin 2008

Des nouvelles de mon recueil de nouvelles "La gondole de l'Orient Express"


Photo à l'origine de la nouvelle, prise par Marianne, en février 2002.
Dans les pages culture du mensuel des oeuvres sociales de la SNCB Holding (Juin 2008) LE RAIL:



Je cite quelques passages...sans trop de fausse modestie.

-Ecrire des nouvelles est peut-être l'exercice le plus difficile qui soit dans l'art littéraire. Pour captiver le lecteur en peu de pages, il faut un récit enlevé et sobre de détails, un style qui stimule l'intérêt au lieu de l'assoupir et un fil d'intrigue très solide pour mener à une conclusion qui frappe l'esprit. Eh bien, voici une réussite du genre dans ce volume...

-On reconnaît ici le maître à sa capacité de moduler son style en fonction d'un changement d'atmosphère. S'il fallait identifier un facteur dominant à presque toutes ses ingénieuses équations, nous désignerions la fatalité. ...Ses personnages voient s'accomplir leur destin sous l'empire de quelque chose qui opère peut-être à l'insu de leur conscience.

-L'auteur excelle à décrire aussi bien la discrète mélancolie que la satisfaction dilatée par l'accomplissement...

Que mon livre ait plu à un homme cultivé de la SNCB n'étonnera personne. Sur les 19 nouvelles
trois se passent au moins partiellement dans un train. Le train, le lieu de tous mes rêves d'enfant...

Dans "Le Carnet et les instants" de la Direction Générale de la Culture de la Communauté Française de Belgique, p. 97 et 98, sous le titre de "L'imagination vagabonde" de Francine Ghysen.

Merci à vous, Francine Ghysen, d'avoir perdu votre chemin dans le vagabondage de mon imagination et de l'avoir retrouvé sous tant de couleurs dont vous avez assorti les nouvelles sur lesquelles vous vous êtes arrêtée. Le noir, le blanc, le rouge et la couleur du feu. Merci d'avoir ressenti le frémissement des lettres d'Anaïs et de Noël dans un Amour délocalisé, le caractère obsessionnel d'une situation freudienne dans la Mezzanine, l'angoisse de la ressemblance étouffante dans le parfum redoutable de la ressemblance, l'émotion d'un amour filial dans les Virgiles, et cette histoire d'amitié entre un touriste belge et ce vieux gondolier dans La Gondole de l'Orient Express que vous avez qualifiée de nouvelle la plus belle de mon recueil.

Et tant pis pour vous et aussi pour moi, si vous avez prononcé le mot d'élucubration, sans doute à propos de certaines de mes nouvelles où l'imagination devient fantastique et dont vous n'avez pas parlé et que d'autres ont aimé. On ne peut pas plaire à tout le monde. Mais à part mes coquilles qu'un éditeur devrait toujours éliminer -quand il les voit- je vous défie de me prouver que parfois mon écriture est hâtive ou approximative aussi hâtive et approximative que peut l'être la lecture des critiques littéraires. Heureusement que certaines nouvelles touchent et retiennent, comme vous avez dit, cela répare.

Dans Reflets Wallonie-Bruxelles, numéro 15, une recension fort agréable de Isabelle Fable.

Que des gentillesses de ta part, Isabelle! Est-ce que je les mérite ?
Un titre attirant, des textes qui se goûtent individuellement. Ils se répondent et se heurtent, dis-tu , comme des balles de ping-pong que se lance l'auteur. Tu y trouves deux veines, celle de l'esprit et celle du corps. Deux voies, le quotidien le plus banal et la fantamasgorie la plus débridée.
Et puis aussi: une richesse intellectuelle, ensoleillée par un grand amour de la vie et du beau, beaucoup de sensualité, beaucoup d'émotion, de sensibilité, une fraîcheur d'âme qui n'hésite pas à se baigner dans le sexe, peut-être une envie de provoquer....
Tu dis encore que dans mes nouvelles l'histoire, la géographie et la mythologie auréolent le quotidien le plus insignifiant et le magnifient.
Et comme si ce n'était pas encore assez, tu ajoutes que je fais prendre conscience des choses, aller même au-delà de la conscience dans les champs inconnus de la Connaissance et de l'Inconnaissable.
Enfin tu parles du rêve dans lequel je fais plonger mes lecteurs. Mais oui, le rêve est un peu mon univers et sans doute le pays de mes faiblesses.
Merci Isabelle.

jeudi 29 mai 2008

La maladie. Extrait du Front haut (il y a 9 ans)

Les femmes ferment les tentures car la nuit tombe comme tombent les paupières sur nos yeux fatigués.

Je voulais savoir jusqu'où t'avait menée cette folie qui ne correspondait plus à la mienne.

Alors, je suis allé découvrir ce que je n'ignorais plus.

J'y allais en sachant que j'entrerais dans la nuit peut-être définitive.

Les nébuleuses s'étaient écartées de moi, j'étais marqué du sceau d'une maladie étrange.

J'avais dans mon crâne des larmes d'acier.

J'avais dans mon coeur un sentiment de chair inépuisable.


Jusqu'où peut-on aller sur le chemin de la désillusion, dans le besoin de savoir par où la mort de la passion survient.


Mon âme était comme un lit où l'on surprend le mensonge.

J'étais une chambre sans fenêtre où les songes éteints se buttent contre les murs à la recherche d'une liberté illusoire.

mercredi 28 mai 2008

Livres collectifs auxquels j'ai participé avec des textes en prose, nouvelles ou morceaux divers











Cinq livres ont paru:

-Résonances, chez Luce Wilquin, en octobre 2004, avec ma nouvelle La Mémoire de l'Insoumise


-Cercles, chez Quadrature, en février 2005, avec ma nouvelle La Dame aux Nymphéas


-Etranger, j'écris ton nom, chez Couleur Livre, en février 2007, avec ma nouvelle Un amour délocalisé


-Et le Monde Regarde, chez Editions du Cerisier, en 2007, avec mon texte La croisade de Stéphane de Cloyes


-Droits de l'homme, j'écris vos noms, chez Couleur Livre, en mai 2008,avec mon texte sur l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme.


Mes participations dans des ouvrages de poésie collectifs



























En vrac, quelques ouvrages où l'on peut lire certains textes poétiques ou poèmes (libres) de mon cru:
-Dissidences an 2000 Collection l'Aéropage Dijon France
-Soif de mots (Tome 13) Editions du Brontosaure 2002 Les Granges-le-Roi France
-Dissidences an 2004 Collection l'Aéropage Dijon France
-Les Jardins de Liège Editions Vincent Botta 2005
-Revue du Grenier Jane Tony Anthologie 2007
-Le Non-Dit Bruxelles 2007 Maisons et maisons intérieures

mardi 27 mai 2008

L'affaire M/ Banque X

Le livre de Hervé Broquet, "Droits de l'homme, j'écris vos noms", est sur ma table de travail. Je l'ai reçu par la poste avec le texte que je lui destinais et que j'avais eu du mal à écrire. Je l'ai relu, une nouvelle fois comme si je le découvrais seulement maintenant. Un texte publié ne fait pas le même effet que le manuscrit, l'émotion est toujours plus grande. Pourtant, je n'ai pas tout dit, j'ai à peine entrouvert une porte, en l'écrivant je me suis retenu, pudiquement. J' ai passé sous silence que, mon père et moi, nous nous sommes beaucoup opposés, que souvent nous ne nous sommes pas compris, que nous avons longtemps vécu en désaccord, lui, l'homme des chiffres et, moi, l'homme des lettres, le jeune homme qui se pensait homme de lettres. Comme beaucoup d'autodidactes, il vivait dans l'intolérance des autoritaires, il voulait imposer ses idées. Il disait:" Je ne sais pas si vous êtes d'accord, mais c'est comme ça". C'était sa formule. Alors, il me voussoyait. Je pensais qu'un père devait tutoyer ses enfants. S'il me disait vous, c'est que j'avais mérité une punition, que je n'avais pas observé la règle, que j'étais coupable de quelque chose, et j'ignorais pourquoi. Sans le dire ouvertement, j'ai beaucoup parlé de lui dans mes livres, à travers mes personnages, dans tous mes romans. Il m'a fort marqué, je lui en ai beaucoup voulu mais il a suffit qu'il meure pour que je ne lui en veuille plus, et même que je lui donne raison.

J'ai retrouvé un poème inédit daté du 17 février 1972. Le voilà.

Au-delà du dernier souffle qu'emporte la mort
Père, dis-moi, si tu existes encore
Car la vie s'est retirée de toi
Ecorce fragile que nous avons portée en terre

Les mailles se sont défaites
Les images se décousent autour d'un lit d'apparat
Tel celui d'un gisant antique
Au milieu des fleurs et des gestes
Qui tentent de retenir le temps d'ici-bas

Au terme de la vie, Père, existes-tu ?
Le présent prolonge ton passé
Dans d'innombrables racines
Quel avenir accueillira ton éternel aujourd'hui ?
Notre espérance est traversée d'angoisse
Nous pleurons ton départ
Il ne reste que l'amour
Dans lequel tu survis.

dimanche 18 mai 2008

Le printemps des jardins

Pour en savoir plus sur ce beau livre de photographies de jardins de la région de Liège, édité par Vincent Botta, surfez sur http://www.jardinsenpaysdeliege.be/. J'ai eu le plaisir et l'honneur d'y publier quelques textes, avec d'autres auteurs: Godelieve Rulmont-Ugueux et François-Xavier Nève. Voici l'un de mes textes, précédé d'une photo prise par Marianne.

LES JARDINS
Dieu n'a pas pensé qu'il fallait les sauver du Déluge, les jardins, ils se débrouilleraient bien sans Lui, sans l'Arche de Noé, pleine à craquer même de reptiles. Quarante jours et quarante nuits qu'il a plu sur la terre. Puis l'eau s'est évaporée pendant cent cinquante jours. La colombe de Noé est partie à tire-d'aile. Elle est revenue, une feuille fraîche d'olivier au bec. Pendant que Noé et sa famille se doraient au soleil, la terre a continué de sécher. Les semences noyées ont germé. Les pentes du mont Ararat ont verdi, mieux qu'avant, plus luxuriantes, avec des fleurs partout autour. Les pelouses sont revenues, le long des chemins tirés au cordeau. Des parterres se sont formés, bien rangés, bien ordonnés. Alors, les enfants de Noé ont dévalé les pentes pour s'égailler dans tous les sens et jouer sur la terre qui ressemblait à un grand paradis terrestre.
On ne la jamais oublié, le paradis terrestre. Jamais. On cherche à le reproduire, en petit comme un jardin secret ou en plus grand dans le désir de croître. On garnit un balcon parisien d'herbes de Provence et de lavande. On installe des terrasses suspendues comme à Babylone. On cache son jardin entre quatre murs pour ne pas le montrer au voisin. Certains ont le chic de mettre une oasis entre deux usines. On crée des barrières de cyprès pour lutter contre l'obsession des villes. Tout est fait pour rappeler l'inoubliable paradis perdu...
Chaque carré de jardin est comme un défi, une conjuration de l'intérieur contre la menace de l'extérieur et parfois de nous-mêmes. Alors le jardin se crée à notre mesure, Généralife du pauvre ou du nanti, jardin andalou, anglais, japonais, à la française, patio marocain au sein d'un Riad qui s'offre le luxe de l'ombre, des parfums et de la méditation.
Tous ont une âme, car les jardins sans âme, on le savait, n'ont pas de maître.
J.B.

samedi 17 mai 2008

La mer du Nord


Deux jours à la mer du Nord nous ont permis, ma femme et moi, de nous souvenir de la mer de notre enfance, celle du Nord comme je l'ai décrite dans un texte du Front Haut.
°
° °
Voilà l'hiver - ou presque - et la mer, la vraie, celle du Nord. Sur la plage infinie, des mouettes, des goélands, entre la rangée de dunes et la vague qui se meurt, le sable mouillé, les coquillages écrasés brillant sous l'eau que la marée aspire. Seuls, elle et lui marchant pieds nus le long de la mer, elle une jupe de vent, un chapeau d'embruns, les yeux pleins de larmes et de froid, le nez humide, lui, avec un air de marin, la retenant par la main afin qu'elle ne s'échappe pas, afin qu'il puisse la garder, la regarder, alors qu'elle n'est pas à lui, qu'elle est toujours ailleurs, dont l'âme vole comme un goéland qui reprend le ciel au-dessus de la mer, comme un voilier qui quitte l'estacade, toujours en partance, affolée par l'espace et par le vide, vivant portes et fenêtres grandes ouvertes sur la mer, fermées sur l'intérieur d'elle-même, afin que personne n'y entre, personne, même pas lui, enfin peut-être un peu de lui, très peu de lui. Plus tard, on aurait pu croire que c'était la nuit tellement le ciel était plein de pluie. La jupe lui collait aux cuisses. Ses souliers glissaient sur la digue.. Ils se tenaient aux balustrades comme si la mer allait les emporter. Plus tard encore, on les vit enlacés. Ils se tenaient l'un à l'autre comme s'ils avaient peur de se séparer. En tous cas, c'était l'impression qu'ils laissaient derrière eux qui avançaient toujours plus loin le long de la mer, la vraie, celle du Nord.


mardi 13 mai 2008

Un rendez-vous à l'Abbaye de Saint-Denis en Bloqueroie, les 30 et 31 août 2008

Pour illustrer cet évènement auquel je compte participer, afin de rencontrer mes amis lecteurs qui songeraient à se balader dans cette jolie région située près du village de Casteau, je reproduis ci-après un texte que j'ai écris l'an dernier, installé derrière mes livres, en attendant les visiteurs.

Trou d'air

Nul n'ignore que la poésie donne des ailes. Toutefois, qu'elle puisse transformer ma vieille Fiat Bravo en hélicoptère, voire en F16 collé aux sinuosités de la route et des chemins creux de Gottignies, relève du surnaturel ou du paranormal.
C'est, cependant, ce que j'ai vécu ce matin. Je vous le jure. Mon véhicule surfait entre le Roeulx et l'Abbaye de Saint-Denis de Broqueroie. Il glissait sur les longues phrases de mes pensées. Tout cela à la fin d'un été maussade que personne n'avait choisi. Ces phrases, je les inventais, de borne en borne, dans la bruine d'un matin qu'on m'avait pourtant promis ensoleillé.
On m'avait prévenu sur l'état des routes. Elles sont mauvaises, pleines d'ornières et de surprises désagréables. "Pour bien faire, il faudrait rouler à quelques centimètres au-dessus du sol." C'est ce que ma bonne vieille voiture faisait, comme par miracle.
Vous pouvez emprunter n'importe quel chemin, il vous mènera à la vallée de l'Obrecheuil et ses étangs entourés de bois. Quelqu'un m'avait dit aussi: "Ces routes sont comme des cordons ombilicaux convergeant tous vers le coeur de l'enchantement."
Autour de moi, il devait y avoir quantité de gnomes et de sorcières, cachés dans la bruine. J'ai cru les voir vraiment quand un hurluberlu qui me suivait me fit des appels de phares. On n'est jamais tranquille. Il me sollicitait comme si j'étais une jolie fille, moi ce chauffeur échevelé et barbu...Que Saint Denis ait pitié de sa bêtise.
Après Thieusies, mon dragueur m'abandonna et je poursuivi mon vol plané. J'avais ouvert les ailes de mon rêve. Mon âme cherchait à s'échapper, emportée par le pouvoir des mots dont ma voiture était remplie. Mes livres sur ma banquette arrière étaient heureux; ils étaient en vacances. Ils allaient rencontrer des lecteurs, et, sinon, prendraient l'air comme vous et moi, à la fin d'un été. Je suis arrivé à bon port, face au portail de l'Abbaye.

C'est alors qu'un homme m'apostropha:
-Vous roulez comme ça ?
-Comment comme ça ?
-Votre pneu arrière droit, vous l'avez vu ?
-Comment voulez-vous que je le vois. Je n'ai pas des yeux en rétroviseur. Eh! quoi, il ne vous plaît pas ?
-Votre pneu arrière droit est complètement déchiré!

Je vous promets que cette année-ci je vérifierai mes pneus avant de partir.

mardi 6 mai 2008

Les oiseaux du couchant

Etait-il si vieux, la tête trop pleine de brumes ?

On lui répétait que les oiseaux s'étaient enfuis et que l'amour se mourait quelque part à la fin d'un été. Pourtant, les oiseaux étaient là, petits astres dansant dans la fièvre d'automne.

Il était comme un galet lisse et patiné par le ruisseau dont la voie continuait à se tracer dans les méandres de la vie.

Il était comme ce pain de froment qu'elle aimait manger, cuit sur la cendre et sur la pierre et qui sentait le sous-bois.

Il avait le coeur dilaté par sa tendresse en jachère et les ailes émoussées des oiseaux au bout de leur migration.

Elle avait le goût de la voie lactée sur ses lèvres tandis que le couchant lui dorait le front.

Elle lui donnait ses mains pour y cacher ses rides et son besoin de croire que l'amour n'a pas de fin.

Elle lui montrait les oiseaux qui s'envolaient à tire d'ailes vers d'autres cieux.

Lui disait toujours: je prononcerai ton nom jusqu'à ce que mon souffle expire.


Extrait du" Front Haut" de Jean Botquin.

vendredi 2 mai 2008

Ainsi commence l'Elégie.

Mes Venises à vau-l'eau
s'en sont allées

Les enfants ont baissé la tête
sur leurs dentelles blondes
les enfants aux têtes vertes
regardant leurs mains ne jouant plus
pantins désarticulés jouets brisés

Mes Venises à vau-l'eau
s'en sont allées

Trop de pelouses dans leur regard
tristement se souviennent
des douces barcarolles et des berceuses
chantées le soir si tristement
chanson du soir tombant dans l'oeil
tout grand ouvert
des anges bleus sans ailes d'or
des processions qui par l'enfance passent

Mes Venises à vau-l'eau
s'en sont allées

Ô barque amère des enfants crucifiés
en croix sur leurs rêves en délire
cachant les sanguines des mains et des pieds
avec de grands clous ronds enfoncés dans les
songes
et les bras des innocents jonchent la nuit
courbée sur Golgotha et sur le monde

Mes Venises à vau-l'eau
s'en sont allées

Enfants de sommeil enfants des rondes tristes
qui vont qui viennent et qui s'arrêtent
vêtus de sourires vétustes et vagues
et qui s'asseyent pour attendre
que la pluie cesse que la pluie recommence
pour attendre on ne sait quoi

Mes Venises à vau-l'eau
s'en sont allées

jeudi 1 mai 2008

Le muguet de Clio

Ce muguet-là n'est pas comme les autres. C'est Clio qui me l'a envoyé sur les ondes. Les clochettes embaument l'écran de mon ordinateur qui le premier mai chômait. Comme dehors il pleuvait, j'ai fermé la fenêtre. Le parfum s'est répandu dans mon bureau. Par mes narines les clochettes sont entrées dans mon coeur où elles se sont mises à tinter comme si Pâques était encore là. Et elles n'en finissaient pas de faire la fête du bonheur. Merci Clio.

lundi 28 avril 2008

En navigation avec Jacques Rogissart sur la Gondole - Article à paraître.

Jean Botquin : « La Gondole de l’Orient Express » (Memory Press, 2008)

Les lecteurs de « La Revue Générale » ont déjà eu l’occasion de butiner dans l’œuvre de Jean Botquin. Ils auront pu prendre la mesure de son talent dans le difficile exercice d’écriture que l’art de la nouvelle impose à ses auteurs. C’est qu’il s’agit là d’unir la compression d’un récit, avec ce que celui-ci doit être porteur d’appâts pour le lecteur, à la parure d’une œuvre littéraire. Eh bien, nous ne prenons aucun risque en conseillant aux amateurs du genre la lecture de ce recueil, dont le titre est celui d’un de ses ouvrages.
Botquin s’entend à changer de manière et s’il est facile de résumer ses textes que sa plume grave d’un trait sûr dans la mémoire, il l’est beaucoup moins de capter l’essence de son style. Tantôt il dissèque les psychologies avec l’impassibilité d’un entomologiste qui me fait personnellement penser à Paul Bourget ( qu’il me pardonne mon indifférence pour les modes actuelles de la république des lettres !), tantôt il entre à petits pas dans le fantastique, avec plus de sobriété que Jean Ray, mais avec la même ingéniosité dans le choix des subterfuges qui endorment la raison. De sa palette descriptive jaillissent aussi bien les paysages de soleil d’Italie, d’Anatolie ou d’Afrique du Nord que les intérieurs minables d’individus à la dérive sous nos humides et frais climats. Mais à chaque instant de la lecture, il faut se rendre à sa force narrative: on ne quitte point sans obligation pressante la nouvelle que l’on a commencé à lire.
Il y a beaucoup de mélancolie dans ce recueil où il nous donne rarement à capter l’éclat solaire du bonheur de l’accomplissement réussi (comme dans « La Gondole », précisément) ou de la bonne surprise (« Le cri du Cœur »). Voici dans ses pages des êtres se côtoyant sans s’accorder (« La mezzanine », par exemple) ou mystérieusemennt rongés par un charme funeste de leur logis (« L’eau Noire »). Comme c’est simple, dira-t-on ? Eh non ! La maîtrise de l’auteur est de nous faire palper l’insuffisance de la volonté face à l’agencement des facteurs délétères qui assaillent les personnages. Mais elle est aussi dans une certaine façon de nous rappeler que nous sommes tous guettés, peut-être à notre insu, par des périls soudains de la vie quotidienne. La grande histoire, celle qui broie les joies innocentes(« Le Tambour d’Or ») ou les fiertés orgueilleuses (« La Mémoire de l’Insoumise »), se faufile parfois dans le tableau d’ensemble. Elle n’apparaît pas ici dans des victoires radieuses, ni dans des scènes terribles où chevauchent les cavaliers de l’Apocalypse. Elle a, elle aussi, ses demi-teintes et Botquin les saisit à merveille pour garder l’unité de sa composition.
Au fond, s’il y avait un message dans ce livre (mais y en a-t-il jamais un en littérature et notre auteur, pétri de haute civilisation, n’a rien d’un rabat-joie), ce serait que le bonheur est fugace et intersticiel. Il faudrait être attentif à l’épier - après tout, il n’est jamais très loin de qui sait borner ses désirs comme le couple d’amants d’un « Amour délocalisé » ou choisir des objectifs à sa mesure comme le héros des « Virgiles » - sans trop compter sur ses cadeaux inopinés comme l’archéologue de « La Cravate de Sennedjem ». Et quand il nous dispense sa faveur, il faut en déguster la sève jusqu’à la dernière goutte en sachant qu’il ne s’attardera pas.

Que l’on ne cherche pas dans cette œuvre une leçon pesamment philosophique sur le pessimisme et la sagesse intérieure. Elle nous parle, au fond, des choses de la vie jusqu’au-delà des portes qu’elle ouvre, çà et là, sur l’insolite et le mystère. Elle le fait sans pathos, ni pesanteur. Sa rigueur technique, si nous pouvons hasarder cet adjectif à son propos, pourrait bien s’appeler le secret du grand art.

Jacques Rogissart


Militant progressiste wallon, ancien chargé des affaires internationales de la S.N.C.B., Jacques Rogissart est chroniqueur, notamment de géopolitique, mais aussi, on le voit, d'oeuvres littéraires, à la Revue Générale.

dimanche 20 avril 2008

Flashback sur " La blessure de l'Obsidienne"



Mon deuxième roman paru en 2000.



Quatrième de couverture: Marcel-André Adamek.


En couverture, photo de Jeannine Dutrieux, représentant une tête colossale du site funéraire de Nemrut Dagi, en Turquie de l'Est, à plus de 2000 mètres d'altitude. Un site fabuleux !





Les deux personnages centraux, Yvette et Jacques, sont un couple qui se défait. Yvette espère que ce voyage conduira à la renaissance de leur ancien amour. Jacques, au contraire, cherche le courage pour lui annoncer la rupture. L'argument est simple, quotidien. Autour du couple, on retrouve toute la faune habituelle des voyages organisés: des couples hétéros, homosexuels, des célibataires à l'affût d'une rencontre, le guide Ibrahim qui fait son métier comme il peut, quelques personnages haut en couleur et d'autres qui ne sont là que pour tuer l'ennui.

Deux autres personnages se détachent : le secrétaire de la ville de Nantes et Tania-Maïté, qui exerceront une grande influence sur Jacques.
Le premier est un solitaire, érudit, pédant qui prend de plus en plus de place dans le groupe de touristes. Agaçant au début, il révèle assez rapidement une nature de sage et de philosophe. Jacques, en l'écoutant redécouvre son père.
Quant à Tania-Maïté, la passagère d'Izmir, elle apparaît comme une prêtresse initiatrice, mystérieuse, qui fera prendre conscience à Jacques combien son couple n'existe plus.

Puis, il y a Rilke, un des plus grands poètes du 20ième siècle.
Jacques a emporté les "Lettres à un jeune Poète" avec lui. Il les lit et les relit, tout le temps, comme un bréviaire de curé. Il se sent comme Franz Kappus, à qui Rilke écrivait. Je pense qu'à travers mon roman Rilke apparaît comme un médiateur, un guide tangible, une référence. En tous cas, nombre de mes lecteurs sont allés acheter les" lettres" après avoir lu mon livre ou les ont resorties du fond de leur bibliothèque.

On a dit:
- Beau roman qui aurait pu être une nouvelle...Pourquoi ? Tant mieux si la nouvelle prend le pas sur le roman;
-Un film de Sautet avec la voix off d'un narrateur... Tant mieux, j'aime bien les films de Sautet.
-J'ai fait un beau voyage, grâce à vous, en compagnie des personnages bien campés, attachants et irritants parfois, mais toujours décrits avec beaucoup de psychologie...Une lectrice...
-J'ai trouvé ce deuxième roman très supérieur au premier, qu'il s'agisse de la psychologie des personnages ou de l'élégance de l'écriture ...Un lecteur...
-J'ai été captivée par "La blessure de l'Obsidienne" qui est fort bien écrit et plein de sensibilité. Il m'a fait éprouver un grand sentiment de détresse. Mais il y a de l'humour et cela sauve ! Ariane François-Demeester...
-Botquin croque ce petit monde d'un coup de crayon sûr sans omettre de nous montrer des Belges qui transportent leurs différences intestines sous le ciel de feu d'un Turquie de carte postale. Jacques Rogissart dans "Le rail".
-Les lecteurs qui ont vu la Turquie retrouveront ici bien de leurs impressions. Ils s'aventureront en outre dans les arcanes des coeurs et des corps humains. Roger Foulon dans "Nos Lettres".

Pour conclure:

Puis, le secrétaire de la ville de Nantes poursuivit:
- La passion, c'est la meilleure et la pire des choses, comme la langue d'Esope. Par essence, elle ne peut durer. Toujours elle se consume. Elle ne peut survivre que si elle n'atteint pas son objectif. Elle est synonyme de souffrance et d'absence.. Elle se nourrit d'un désir inaccompli. Et pourtant qui n'a pas connu la passion n'a pas vécu.


jeudi 17 avril 2008

Extraits de Ténéré


Naître à l'insu de soi à l'issue d'un passé de pierre l'âme déserte au coeur
Cela m'est arrivé plusieurs fois
Sans doute
Mais comment le savoir vraiment ?
J'ai désappris les certitudes
des pélerins du bonheur

Un jour très éloigné très lointain se mettre à marcher indéfiniment


Comme si je pouvais marcher au dedans de moi


par toutes les portes de mon vide
au travers des couloirs interminables
du dessèchement
Comme s'il était possible
de grandir à l'envers

Il me semble que le sel brûle
la vision des mirages
Le désert s'apparente aux plages
parcourues de part en part entre les dunes et la mer
par des adultes infantiles
épris de l'angoisse d'être seuls


J'ai pensé que les grains de sable
étaient innombrables
comme l'infinitude des grains d'amour
Ils chantent sous nos pieds
Ils enchantent l'enfant en nous
l'espace d'un non-temps


La tour de Pise de l'espoir
reste penchée sur ce qu'on appelle
le destin ou la prédestination
L'improbable m'est compté
par le boulier des astres
glissant sur leurs orbites
de lumière

Je ne sais si l'on peut marcher pieds nus
tant le sable est brûlant
dès le lever du soleil
et les pierres tranchantes comme des couteaux
affutés
Mes pas courent sur le fil à découdre
le moindre de mes efforts


Ces quelques phrases vous donneront peut-être l'envie de lire "Ténéré", 60 pages. J'en ai parlé dans mes messages du 3.05.07 et du 29.05.07. Il est toujours disponible. Commander le moi par mail. Pour 5€+port (au lieu de 12 €). A bientôt.

mercredi 16 avril 2008

Aiguille du Nil pour Coumarine


De fil en aiguille
de Nil en Nil
d'île en île
au fil de l'eau
je suis en retard sur le fleuve
je n'arriverai jamais au bout de sa source
qui se dérobe entre les rives
et s'éloigne quand je dérive

De nuit en nuit
le soleil vogue sur les sommets de sable
sur les ruines de nos pierres
sur les images décousues de nos pauvres rêves
et les faims qui n'en finissent plus

Accepter qu'après
il n'y aura plus rien
même pas le chas d'une aiguille
pour enfiler l'espérance



Le Nil transformé en lac Nasser
Janvier 2004