mercredi 10 septembre 2008

Trois sculpteurs de grand talent





Mes coups de coeur à l'exposition qui se tient pour le moment et à partir du 17 septembre à l'espace Wallonie-Bruxelles rue du Marché aux Herbes, à Bruxelles. Agrandissez l'image en cliquant dessus pour lire le texte du catalogue en vente à l'exposition. Voir aussi mon message précédant. Allez y, vous ne le regretterez pas!

lundi 8 septembre 2008

Mots et images


Du 3 au 30 septembre, deux expositions organisées par l'Association Royale des écrivains Wallons (AREW) se tiendront à l'espace Wallonie-Bruxelles, 25-27 rue du Marché aux Herbes, 1000 Bruxelles. Un premier vernissage a eu lieu le samedi 5 à 16 heures pour les oeuvres de Guy Beyns, Marianne Saive, Henri Destrebecq, Raymond Drygalsky, Salvatore Gucciardo, Pol Magis , Rolande Quivron, Charles Theate. Un récital de poésie de membres de l'AREW sur le thème "Mots et Images" était assuré de manière fort heureuse par Alain Miniot et le Plaisir du texte. Le deuxième vernissage est fixé au 17 septembre. Cette fois se seront les oeuvres de Luce Daniels, Ariane François, Jean Willame, Michel Ciparisse, Nadine Fievet, Hélène Lambert, Marie Tournay qui seront à l'honneur. A cette occasion le plaisir du texte présentera un nouveau récital de poésie des membres de l'association.

jeudi 4 septembre 2008

Charte Mondiale des Artistes pour l'eau






Plus de 1,1 milliard de personnes n'ont pas accès à l'eau potable.




En l'absence du droit à l'eau inscrit dans la Charte des droits de l'homme ou dans la plupart des Constitutions des Etats démocratiques, des artistes et écrivains ont décidé de créer une Charte mondiale pour l'eau comme bien universel de l'humanité inaliénable et accessible à tous. Ils veulent que l'eau ne puisse devenir la propriété de certains et considéré comme un bien mercantile soumis aux lois du marché. En signant cette charte, les signataires s'engagent à défendre ce droit et à mener une action, à faire entendre leur voix auprès du public, à en faire une nouvelle source d'inspiration artistique.




Je dédicace mon texte sur l'eau extrait de " Le Front haut " à Riccardo Petrella et Pietro Pizutti, citoyens du monde "porteurs d'eau".Ce texte sera lu par Alain Miniot au récital de l'AREW du 5 septembre.

L’eau

Tu me demandes : « Raconte-moi l’eau ».
Alors, je cherche les mots qui subtilisent des voyelles à l’eau- e, a, u- des voyelles en cascade, en cataractes, en rapides, en torrents, des voyelles en ruisseaux, rivières, fleuves, mers, océans, pluies diluviennes, des voyelles de bruine, de givre et de neige.

Imagine la terre sans eau, le ciel sans eau. Mais non c’est impossible, elle est toujours là pour la soif, la fraîcheur, le bonheur de la voir couler entre les pierres, les herbes et les fleurs. Elle est là pour la force qu’elle a de lutter contre le désert et le soleil. L’inventeur de l’eau est un grand magicien. Si l’eau s’envasait pour toujours, trois voyelles mourraient. Le langage deviendrait aride, incompréhensible. Essaie de parler sans eau, la gorge sèche, la langue dure comme un galet. Autant être sourd-muet. Parole gestuelle qui parle de l’eau avec les doigts et les lèvres, avec l’haleine et le souffle torride des terres qui n’ont plus d’eau, presque plus de voyelles…
Ce texte vient également d'être publié dans le blog de la commune de Saint Hippolyte dans les Pyrénées Orientales, une région que je connais assez bien et qui souffre de façon chronique de sécheresse. Cliquez sur le lien"Le petit rapporteur.", cherchez l' article environnement, et vous le trouverez illustré de photos de cours d'eau de cette belle région qui s'étend au pied du mont Canigou.


mardi 2 septembre 2008

Le trombinoscope du NON-DIT


Le NON-DIT fête ses vingt ans en sortant un numéro spécial où 102 auteurs francophones belges ont écrit comment ils conçoivent l'emploi du temps ou mieux encore l'emploi de leur temps. Cela a-t-il un rapport avec le roman de Michel Butor paru en 1956 après Le passage de Milan et avant la Modification qui obtint le prix Renaudot ? Même titre mais cela s'arrête là. Cependant, cette initiative sympathique du NON-DIT à permis aux-dits auteurs d'entrer dans une espèce d'anthologie thématique susceptible d'aider à mieux les faire connaître aux yeux du public de la revue. Quant au thème, il a été traité très librement selon l'inspiration de chacun. J'ai participé à cet ouvrage collectif.

Les commandes de ce numéro spécial peuvent être adressées au NON-DIT asbl-avenue Emile Van Becelaere, 24 B/bte4- 1170 Bruxelles. Prix du numéro 10€ l'unité. Compte 067-2206325-87.

vendredi 29 août 2008

Vol de nuit






Cette lecture dans l'obscurité, devant un public de voyants et de non-voyants, ressemblait à un voyage dont j'aurais été le pilote, concentré sur mon tableau de bord, mon livre. J'étais dans mon cockpit, mes passagers écoutaient mon texte dans un silence profond. Je n'entendais que ma voix. Je lisais à haute voix dans le micro, ma voix me revenait du fond de la salle. J'avais choisi une nouvelle au récit accessible et susceptible d'intéresser tout le monde. Au cours de l'échange qui a suivi, toujours dans l'obscurité pour ne pas briser le charme et ne pas subir brutalement le choc de la lumière, je me suis rendu compte que j'avais eu raison pour mon choix. Mon public avait vécu mon histoire avec beaucoup d'intensité et semblait n'avoir rien perdu des péripéties que j'y avais racontées. J'avais mis dans ma voix beaucoup plus que je n'y mets quand je lis en pleine lumière. Pourtant, le texte était assez long et j'ai craint qu'il ne finirait par ennuyer, mais, non, personne n'avait vu le temps passer, personne, paraît-il, ne s'était endormi. D'ailleurs, personne ne pouvait le voir passer puisqu'il faisait noir, on ne pouvait que le sentir ou l'éprouver d'une autre manière.
Quelqu'un m'a dit que mon écriture abondait d'images comme si dans l'obscurité elles se dessinaient mieux encore. Alors, je me suis demandé comment les aveugles de naissance se représentaient et percevaient la réalité de leur environnement. Les personnes qui n'ont jamais vu la lumière et les couleurs du monde peuvent-ils les imaginer et comment ? Au toucher, le rouge est-il différent du vert ou du bleu ? Les couleurs ont elles des odeurs ou des goûts particuliers qui pourraient aider à les distinguer les unes des autres ? Les formes peuvent-elles suggérer des couleurs spécifiques ? Comment peut-on vivre sans la richesse des coloris ?
Ce vaste sujet n'a, bien entendu, pas vraiment été abordé
Les photos ci-dessus ont été prises par ma femme Marianne qui elle aussi a été emballée par l'expérience. Elle connaissait mon texte; elle l'a redécouvert autrement.
La très belle sculpture est de Delporte. Quel visage merveilleux !

mardi 26 août 2008

Apocalypse de Brugge (Bruges) en West-Vlaanderen (Flandre Occidentale)
















Sur l'autoroute déjà je m'étais posé des questions en regardant les panneaux de signalisation de l'agglomération bruxelloise. Je venais de Mons. Plus loin, on affichait que la ville d'où j'étais parti s'appelait aussi Bergen ou plutôt Mons -Bergen ou encore Bergen-Mons. A un certain moment, on ne parlait plus que de Bergen. Ma femme m'a fait remarquer que la même chose se passait avec Namur et Liège. Il y avait des indications Namur, Namen-Namur, Namur-Namen, et Namen tout court.





-Ce sont les caprices de B.H.V. dis-je à ma femme. Je me demande comment les touristes étrangers s'y retrouvent Par exemple: Chéri, tu crois que Luik c'est Liège ? Chéri, tu t'es trompé, on ne va pas à Parijs mais à Paris. Ne t'en fais pas, ça ira mieux plus loin quand on sera sorti du foutoir bruxellois Chaque commune a le droit d'avoir des indications dans sa langue, et dans les communes à facilités, on met les deux comme ça on est sûr de ne pas se tromper.


-Bientôt, tu liras Gand-Gent, puis Gent- Gand, enfin Gent...Ce n'est pas si difficile à comprendre. C'est une question d'équilibre linguistique. Quand j'étais à l'école, on me disait: "In Vlaanderen Vlaams". Je répondais: "Ja". Mon père- Dieu ait son âme- qui ne parlait que le dialecte d'Overleie (à côté du français ) ajoutait quelque chose de pas poli que je ne me permettrais pas de répéter ici, quand je l'entendais parler en français à sa femme qui était française et que je lui disais: " In Vlaanderen Vlaams". Maman n'a jamais parlé un traître mot du dialecte d'Overleie. C'était une immigrée indisciplinée.

L'autoroute de la mer possède six bandes de circulation. Les Flamands, les Bruxellois et les Wallons font de leur mieux pour rouler entre les camions qui vont à Zeebrugge (Zeebruges) et au port de Gent (Gand). Certains camions passent en dessous de l'Escaut (de Schelde) pour aller de l'autre côté en Hollande. Le mot Escaut n'est pas interdit car le fleuve prend sa source en France et passe en dessous du pont des trous à Tournai (Doornik ! Eh! oui). Tournai est une ville chti du Hainaut (Henegouwen) assez belle mais pas aussi belle que Brugge (Bruges). Nous roulons vers Brugge voir la tante (tante) de mes enfants qui s'est bien intégrée dans la plus belle ville du plat pays qui est le sien, et le mien aussi, n'en déplaise à Jacques Brel. Elle nous a invités pour voir ce qui va se passer à Brugge si les Flamands et les francophones continuent à se disputer. Le spectacle sera grandiose. C'est une avant première de la prochaine guerre belgicaine. Elle a dit:" Apocalyptique" mais comme elle a un cheveu sur la langue depuis qu'elle parle 80% Flamand, j'ai compris autre chose comme "apoplectique".

Brugge n'a pas changé. Qui a parlé de Bruges la morte ? On y parle toutes les langues comme sur la tour de Babel. On y danse le menuet comme à Versailles. Et sur les canaux on transporte du thé de Chine accompagné de musique chinoise. Au marché aux poissons les dentellières font de la dentelle. Les gens se marient en pleine nuit. Et sur un pont les gens dansent comme sur le pont d'Avignon, tout en racontant des histoires dans une langue qui fait rire tout le monde. Il paraît que c'est de l'Ostendais (Ostend's). Et pour la circonstance, ils se sont habillés très joliment, de toutes les couleurs. Plus loin, une belle dame a ouvert sa fenêtre pour faire entendre les sons de sa harpe. Un monsieur se met à chanter une chanson sous la fenêtre. La dame se lève pour lui jeter une rose qui tombe dans le bateau. Et elle ferme la fenêtre. Et elle va dormir. Mais non, elle recommence la petite scène. Le monsieur revient sur son bateau. Et ainsi de suite, pendant plusieurs heures. Ils doivent être bien fatigués. Les gens qui regardent aussi.


A Brugge, depuis quinze jours, les brugeois (bruggelingen) décapitent un malfrat du nom de Baekelandt et quelques autres bandits de grands chemin, dont même des femmes, avec une guillotine française. C'est paraît-il un apport important de la culture française datant de la révolution française. Le bourreau a fort à faire. Il porte une cagoule pour qu'on ne le reconnaisse pas pendant la journée. Tous les soirs, le couteau tombe avec fracas. Cela va tellement vite qu'il paraît que le supplicié ne souffre pas. Pourtant la peine de mort n'existe plus en Belgique depuis bien longtemps, sauf visiblement à Brugge.

Avant d'aller voir l'apocalypse, notre guide nous mène admirer les jeunes combattants dans le park (parc) qui dansent avec des drapeaux (vaandelzwaaien). La plupart sont issus d'une ethnie
arienne groupant de jeunes blonds et blondes aux galbes avantageux. C'est un spectacle refraîchissant non dénué d'interêt.

Nous n'avons rien compris au déroulement historique sur la façade du musée Gruuthuse. Les autres touristes non plus.

Par contre, le son et lumière de quand Bruges sera devenu Zeebruges sous les bombes francophones et que la mer aura monté derrière les dunes pour s'engouffrer dans les canaux de la Venise du Nord (het Venetie van het Noorden) à la suite du réchauffement climatique, nous a terrifiés, ma femme et moi-même, sans oublier la tante (tante) de mes enfants. C'était horrible et superbe à la fois. Je n'ai rien compris ? Ah! bon. Je devais être très fatigué. Pardonnez-moi!
Proprietaire des photos: Marianne. Texte de Jean Botquin.
Toute ressemblance avec la réalité est le fait du hasard.

jeudi 21 août 2008

Agenda: LE LIVRE DANS TOUS SES ETATS.

- L'ASBL "OEUVRE FEDERALE LES AMIS DES AVEUGLES" organise en la salle "Richard STIEVENART", 37-39, rue de la Barrière, 7011 - GLIN une séance de lectures que j'animerai, à partir de 15 heures, intitulée "Lire autrement...dans le noir". Date 28 août. Voyants et non-voyants sont cordialement invités. Cet atelier revêt également un caractère expérimental, la perception auditive d'un texte dans l'obscurité étant différente de celle d'en plein jour. Cet évènement a été annoncé et commenté dans "Le Soir" du 16 octobre 2007. J'ai choisi une lecture prise dans "La gondole de l'Orient Express" et la lecture de textes poétiques. L'entrée est gratuite et la prestation bénévole.



-Dimanche 31 août je serai au salon littéraire organisé par le Rotary de la ville de Soignies à l' Abbayé de Saint-Denis à Casteau. Avec mes livres, bien entendu.



-Le mercredi 1 octobre, à partir de 17 heures, présentation par Isabelle Fable de "La gondole de l'Orient Express" en la salle de l'espace Wallonie-Bruxelles, 25, rue Marché- aux- Herbes,1000 Bruxelles (AREW).



- La Foire du Livre de MUSSON dans les Ardennes est annoncée. Elle se tiendra du vendredi 3
au dimanche 5 octobre, au centre culturel et sportif de la commune, rue de France.

-Les 15 et 16 novembre 2008, les Amis de Tournai organisent la 14eme édition de leur Salon du Livre "Tournai La Page", de 10h à 19h, à la Halle aux Draps.


QU'ON SE LE DISE !

lundi 18 août 2008

Adieu Pascal
















Pascal a passé ses derniers jours dans un centre de soins intensifs installé dans une villa sur le bord d'un lac entouré de montagnes. Il avait à peine 20 ans.


Photos Marianne juin 2008






Une villa pleine de fleurs et de soleil. Des montagnes et le lac quand on regarde par les fenêtres, les arbres de fin de saison quand on se penche, encore des fleurs sur le quai des départs...Les yeux restent ouverts au-delà, on ne peut les fermer même si on a fort envie de le faire car il faut bien regarder quand on va d'une rive à l'autre, quand on fait ce dernier voyage qui s'accompagne de lumière, d'aube et d'une espérance qui vous coupe le souffle dans l'air vif des montagnes, une espérance qui forme un sillon infini derrière l'étrave du voilier qui t'emporte.



Pascal, ce voyage tu as décidé de le faire, depuis hier. Ils ont allumé des bougies autour de ton nom, les flammes dansent...c'est pour bientôt. Tu pars différent comme toujours, toujours différent devant l'indifférence du monde. Tu nous serres le coeur un peu plus que d'habitude avec ta joie et ton regard lumineux sur lequel tu as baissé tes paupières. Ne nous laisserais-tu que l'écorce, la pulpe, les feuilles arrachées à l'arbre de vie, comme cette chevelure sauvage qui nous plaisait tant, ne nous laisserais-tu que ta rigueur et tes convictions profondes, inébranlables, ne nous laisserais-tu que ton amour sans limites et ta tendresse adolescente, ne nous laisserais-tu que ton humour, nous serions tellement plus riches qu'avant.


Je t'ai connu trop peu, Pascal, trop tard aussi, alors que je croyais que c'était encore suffisamment tôt que pour pouvoir multiplier les retrouvailles. Mais voilà que que tu as quitté cette rive pour rejoindre la communauté des saints auxquels tu croyais tant. Ainsi, tu ne sera pas resté longtemps dans la solitude, tout juste le temps de la traversée. Un grand comité d'accueil t'attend, une grande et sainte joie autour de toi, pour le retour du fils, un peu l'enfant prodigue mais prodigue de sa générosité, de sa vitalité, de son amitié.


Adieu, Pascal.

Anniversaires

Photos prises par Marianne en juin
2008





































En juillet, j'ai eu 76 ans. J'ai atteint l'âge qu'avait mon père quand il nous a quitté. Je vis, je suis vivant. Encore vivant.
Je pense beaucoup à la mort, au passage. Après ? Je ne sais pas. On dit que la vie ne se termine jamais, qu'elle ne fait que changer de nature, qu'on est né pour l'éternité parce que le contraire serait absurde, incroyable, une très mauvaise farce du destin ou de la providence.

En attendant, je m'accroche à la vie, la seule de mes certitudes . Et je pense à tous ceux qui sont partis trop tôt: un de mes filleuls et sa femme, dans un accident de voiture, en laissant trois petits enfants derrière eux, Pascal dont j'ai parlé dans ce texte consacré à l'enterrement de son grand-père, une voisine italienne de 34 ans morte il y a quelques jours...
Le texte suivant a été écrit, il y a longtemps, pour mes deux neveux:
Sans le savoir
ils ont fait le pas de la fragilité
le pas de ceux qui ne pèsent pas
le pas de ceux qui ne sont plus
que sans poids dans la vie
Sans le savoir
ils ont fait le pas de l'immobilité
le pas de la longue déchirure
le pas de la souffrance des autres
Pourquoi ?
Dieu seul le sait
car nous
nous ne comprenons pas
parce qu'ils étaient
vivants
plus que jamais
pleins d'espoir et de force de vie
parce qu'ils étaient heureux
de vivre plus que jamais
parce qu'ils s'aimaient
plus que jamais ils ne pourront s'aimer
parce qu'ils aimaient
plus fort qu'ils ne pourraient jamais aimer
Ils sont morts dans la fragilité
ils sont morts dans le mouvement de l'immobilité
ils ont fait le pas de ceux qui ne pèsent plus
que le poids de la vie passée
que le poids de l'amour vécu
que le poids de l'amitié perdue



jeudi 14 août 2008

La jeune fille disparue


Photos Marianne mai 2007



C'était le jour de l'enterrement du père. L'église était pleine autour de sa dépouille. Dans la foule, les trois filles, très proches l'une de l'autre priaient ou semblaient prier: les deux vivantes et l'âme de la plus jeune, réfugiée dans les fleurs de la couronne mortuaire afin d'être plus près du père. Il y avait aussi le fils. Leurs enfants, Pascal. Leurs petits enfants, David, Jean-François et d'autres dont je ne savais plus le nom. Arrivé dernier dans cette famille, je me sentais parmi eux comme un parent, un mari et un frère.


La pluie avait cessé de tomber. Le ciel avait commencé de se lever. Les cimes se découvraient. Les vendangeurs travaillaient dans les collines. Le père n'avait pas attendu la fin des vendanges pour arrêter son chemin dans les vignobles où hier encore il se promenait.


La fille aînée pleurait qu'il en fut ainsi. La seconde ne pleurait pas mais souffrait à l'intérieur d'elle-même. Le musicien, après l'épître aux Corinthiens, avait tiré des accents élégiaques de son violoncelle. La foule était transportée de tristesse en entendant la musique. Dans l'église, il y avait aussi le père du musicien, un vieillard grand et noble, et la mère, petite, ronde et pleine de vie.


Le fils écoutait, le visage buriné, un peu ombrageux, l'allocution du prêtre qui parlait de son père comme s'il l'avait connu mieux que lui. L'image du défunt se construisait au fur et à mesure qu'il les décrivait, lui et sa famille. Car on ne peut décrire un homme sans évoquer la descendance qui porte sa marque. Peut-être était-ce l'image la plus juste que l'on n'ait jamais dessinée avec le crayon noir de l'amour ? En vérité, de l'intérieur de soi, il n'est pas sûr que l'on ait de quoi comprendre et mesurer tout ce que l'on vit.


Il est possible que l'âme de la fille disparue trop tôt pensait, en écoutant le prêtre, que la vie n'aurait pas été la même, ni pour le père ni pour la mère ni pour personne, si elle était restée là au lieu de quitter sa famille pour toujours. Peut-être aurait-on vu les trois filles se partager l'amour du père, la fille du milieu être plus douce et plus proche dans son éloignement, le fils seconder son père dans l'amour des quatre femmes et la mère vivre plus sereinement dans le calme du grand jardin dont les portes se seraient ouvertes sur les vignobles et la montagne.


Au milieu, certes, restait la grande maison, dont le jardin bordait le cimetière semblable à un tapis de fleurs émaillé de bois et de pierre, où toute la famille pourrait se rencontrer dans le souvenir des parents défunts.


Le père n'aurait pas loin à marcher pour rejoindre sa femme décédée avant lui. A peine cent mètres. Il passerait tout près de l'endroit même où le corps de sa fille disparue avait quitté la terre aujourd'hui recouverte de bégonias rouges sous les arbres qui jaunissaient dans le ciel enfin bleu.


Au loin, la chaîne de montagnes brillait intensément au-dessus des nuages. Le prêtre la regarda à la sortie du culte et dit:"Que Ta volonté soit faite."
J.B.

mercredi 13 août 2008

L'Eclipse


Photo Web d'Arthur Lee, provenant de space wealther.com, prise en Chine le 1 août 2008. Merci à l'auteur à qui je dédicace mon poème.

L'éclipse

Moi le Soleil

je me serais lustré

les cheveux

Tu m'approcherais

toi la Lune

qui bientôt m'étreindrait

d'un baiser noir

qui m'éteindrait

moi le Soleil

l'orbite pleine

d'un chant de lumière

l'oeil

exorbité sur ton passage

et notre rencontre inespérée

Voilà

l'éclipse ronde

de nos songes

protubérants

jeudi 7 août 2008

Itinéraire




Photos Marianne
2008 Chemin à la fois prêté et emprunté, chemin qui nous conduit vers une destination toujours inconnue. Itinéraire peut-être interdit. N'est-il pas sans arbre et sans ombre ? N'est-ce pas un chemin lunaire sur les toits de la ville ?

Nous ne voyons rien, même pas pointer le jour. Nous n'entendons rien, même en tendant l'oreille.

Défilent des hommes qui transportent des charges sans nom, très loin, et parfois à bout de bras, dans la position la plus douloureuse qu'il soit. Pareils à ceux qui, avant eux, sont passés sur le même chemin, avec des charges semblables qu'ils s'efforçaient de ne pas regarder pour ne pas leur donner de nom.

Jadis il traversait le jardin sans détours. C'était peut-être un chemin de soleil illuminé par le sourire des fleurs qui embaumaient nos gestes les plus tendres. Peut-être un chemin de neige où nos pas glissaient sans laisser d'empreintes. L'itinéraire semblait printanier même en hiver.. La nuit, il suffisait de lever la tête pour entrer dans les étoiles jusqu'à l'aube.

Texte extrait de " Le front haut". J.B.