lundi 26 octobre 2009
Les haïkus de Saint-Cloud
mercredi 21 octobre 2009
A Robert et Jo, mes amis.

A partir d'aujourd'hui.
Aujourd'hui je t'inhume en moi
Pas dans la terre, pas dans cette caisse
Pas près de ces arbres dans la brume du matin,
Tu n'es pas là-bas, tu es en moi, dans mon refuge.
Aujourd'hui je t'inhume en moi
Pas près de cette pierre là dans cette longue rangée
Tous ces vieux noms , tu n'as rien à y faire
Aujourd'hui je t'inhume en moi.
Comme ça je peux te parler et te répondre
Comme ça tu continues à vivre dans ma vie
Oui, prends mes yeux et regarde avec moi
Prends mes pieds et cours avec moi
Maintenant nous allons à la maison, nous deux, ensemble
A partir d'aujourd'hui tu vies en moi.
Aujourd'hui je t'inhume en moi
Je ne te chercherai pas où tu n'es pas
Reste avec nous, ici, où tu connais tout le monde
Je garde ta place à notre table.
Nous allons rire et faire des projets
Je dormirai avec toi et te réveillerai
Viens, prends ma bouche et ris avec moi
Prends mes mains pour nous sentir
Ce que tu voulais encore faire
C'est moi qui le ferez
A partir d'aujourd'hui tu vis en moi.
Enlèves cette croix et toutes ces fleurs blanches
Déchire ce journal où on cite ton nom
Viens, prends mes yeux et regarde avec moi
Prends mon coeur et vis avec moi
Car ta mort maintenant est passée, depuis aujourd'hui tu vis en moi.
Je vivrai deux vies avec toi en moi.
Traduction de Jean Botquin.
mercredi 14 octobre 2009
Le NON-DIT parle de mes Haïkus sous la plume de Michel JOIRET. N°85 Octobre 2009. P.17
lundi 12 octobre 2009
Roisin-La rencontre des écrivains du Hainaut.
vendredi 2 octobre 2009
Agenda
-Le 15 octobre à 16 heures, dans le cadre de la Fureur de Lire, à la bibliothèque communale de Binche, présentation et lectures de La gondole de l'Orient Express (notamment).
Réservation souhaitée. Tel 064230601.
-Á la maison des Écrivains, 150 Chaussée de Wavre, le 21 octobre à 18 heures, Piet Lincken présente La chambre Noire du Calligraphe.
-Le 2 décembre, à 17 heures, entretien de Michel Decobu avec Jean Botquin, à propos de la Chambre Noire du Calligraphe. Espace Wallonie-Bruxelles.
-Le 5 décembre, à 16 heures nouvelle présentation de la Chambre noire du Calligraphe par Piet Lincken à la Fleur en papier doré, rue des Alexiens, Bruxelles.
mardi 29 septembre 2009
Un conte de Google Earth
Il était une fois. Il était: indicatif imparfait.
Tous les contes commencent comme ça, paraît-il.
À moins que le conte n’utilise, une fois n’est pas coutume, le futur antérieur, ce mode curieux qui appartient à la fois au passé et à l’avenir. Par exemple :
« Un jour ou l’autre, un château aura été édifié au sommet d’une montagne de glace qui surplombe la plaine où vivent, frileusement, l’ homme aux doigts d’or et ses héritiers aux doigts d’argent. »
Bon.
Allumons notre ordinateur.
Cliquons sur Google Earth .
La terre apparaît. Je l’agrandis, infiniment. Je tombe sur le château de la Belle au bois dormant. Il est complètement en ruines, seule la chambre d’apparat de la princesse a résisté aux méfaits de l’indicatif imparfait. Elle dort toujours d’un profond sommeil plusieurs fois centenaire, entourée de ses fées en pleine léthargie. Elle ne s’est pas réveillée, le Prince s’est trompé d’adresse.
Alors, allons dans l’Antarctique Sud, si vous le voulez bien, à la recherche de la montagne de glace et son château d’acier. J’adapte les angles d’approche du zoom sur l’immense étendue blanche qui remplit l’écran de mon ordinateur. Voilà que surgit la station antarctique belge Princesse Elisabeth , une vraie princesse, celle-là, pas une princesse de papier, de mots et de mensonges comme les princesses de Perrault.
Bien, mais ce n’est pas ce que je cherche.
Je continue ma prospection. Peine perdue, mon voyage d’internaute ne me fait plus rien découvrir d’autre qu’une plaine décevante sans château virtuel. Vous me direz que je m’y suis pris trop tôt. Soit, je le concède. Dans les contes au futur antérieur, il faut de la patience, il convient de laisser à la promesse le temps de se réaliser. Car, en effet, le futur antérieur ne peut mieux se comparer qu’à la promesse de quelque histoire qui n’existe pas encore et qu’il faut mériter en lui donnant le temps de naître. Donc, le château, si je ne l’ai pas encore trouvé sur Google Earth, c’est qu’il n’était pas encore édifié au moment où le satellite photographiait l’Antarctique Sud, bien qu’aujourd’hui il le soit peut-être, au milieu de la plaine éblouissante où vivent l’homme aux doigts d’or et ses héritiers aux doigts d’argent.
Je décide donc d’attendre, en toute confiance, les prochaines photos satellites de la prochaine mise à jour de Google Earth .
Combien de temps faudra-t-il patienter encore, me direz-vous, pour que s’édifie le palais d’acier transparent du futur agent 007, dix-septième du titre, surnommé James des glaces dormantes, parce que le sort l’aurait conduit, dès sa prime adolescence, à subir l’hibernation la plus longue de l’histoire de tous les agents secrets britanniques, avant l’accomplissement de l’ultime et unique mission antarctique contre son ennemi redoutable Goldfinger Treize ?
À mon tour de vous demander d’où vous tenez ces informations que, sauf erreur, je n’avais pas encore divulguées alors que je brûlais d’envie de le faire. Bien évidemment, le mode du futur antérieur présente un avantage certain par rapport à celui de l’indicatif imparfait. Le lecteur est donc partie prenante d’un conte en évolution et de promesses constamment renouvelées, alors qu’à l’imparfait plus rien ne bouge.
Tous les jours donc, je clique sur mon favori Google Earth et j’effectue le même voyage dans l’hémisphère Sud, au pôle du même nom, à l’affût de virtualités nouvelles, jusqu’à ce que, enfin, apparaisse le futur devenant présent.
Plus loin, beaucoup plus loin de la station belge Princesse Elisabeth, le blanc étincelant de la plaine est devenu gris. Une crête rocheuse crève la glace. Des fourmis en uniforme s’affairent, de manière impérieuse mais désordonnée, me semble-t-il. On construit quelque chose,sans doute le palais que j’attends et que vous attendez aussi. Le merveilleux s’est introduit dans Google Earth, l’improbable et l’impossible . Ce qui était stationnaire bouge. La photo s’est transformée en film-vidéo. Le satellite travaille en liaison directe et permanente avec mon favori. Extraordinaire, aurais-je dit, si je n’avais banni ce mot de mon vocabulaire, le jour où j’ai décidé de ne plus m’étonner de rien. Nous savons que depuis que l’homme a marché sur la lune, le conte a pris un mauvais coup dans la mâchoire. La fiction est plus réelle que la réalité, les challenges de la science sont dépassés les uns après les autres.
Maintenant, quand je zoome, je vois même à l’intérieur du conte qui s’écrit et les personnages se dessinent clairement sur mon écran. Voilà mes fées, celle de la K.G.B. avec ses fourrures qui la parent bien contre le froid ; celle de la C.I.A., complexée, genre experte Miami au large décolleté, glacée jusqu’à la moelle ; celle des services secrets français, hautaine, habillée comme la parisienne de Knossos ; l’anglaise à la peau blanche couverte de taches de rousseur et les seins retroussés ; une fée en burka, au regard ténébreux, au service des Ayatollah ; la fée des paradis fiscaux, ruisselante de perles fines ; et quelques amazones de moindre importance, pièces de rechange en cas de panne financière.
Laquelle d’entre elles aura provoqué l’entrée du dix-septième 007, à l’âge de quinze ans, dans le processus d’hibernation généralisée du palais d’acier congelé ? Difficile à dire car les fées du futur antérieur respectent rarement leurs allégeances naturelles et passent facilement d’un camp à l’autre selon l’inspiration du moment et leur besoin de séduction. Ne seraient-elles pas toutes, chacune à sa manière et selon les circonstances, à la solde de Goldfinger, grand responsable de la crise financière du désert antarctique ? On ne peut, à ce stade, demander à Google Earth d’aller plus loin dans l’investigation, par exemple des consciences et des motivations, du moins provisoirement. La question reste donc ouverte, l’absence de réponse pouvant, en l’occurrence, être négligée.
Entretemps, de jour en jour, d’heure en heure, le palais virtuel s’agrandit autour de la chambre de James aux glaces dormantes. Je perçois des signes de connivence quasi imperceptible de certaines fées. Il est vrai que mon œil s’est exercé depuis longtemps au décodage numérique des sentiments. Depuis hier, la fée iranienne a ouvert sa burka sur un visage sublime à la bouche pulpeuse, dont le baiser incisif, je le devine, rendra à James la chaleur excitante de sa virilité engourdie. Il pourra enfin partir à la recherche de Goldfinger treize réfugié au dernier étage de la Banque des prêts immobiliers, la B.P.I., derrière une porte blindée de glace inoxydable d’où il manipule les cours de bourse, à coups de pincettes d’opérations à découvert.
Quelques jours plus tard, j’assiste à un combat singulier entre James et Goldfinger. Ce dernier se défend âprement dans sa chambre forte. Sa porte s’est ouverte, malheureusement pour l’homme aux doigts d’or, par un jeu de rayons électroniques de la dernière mise à jour de Windows Vista, à huit heures trente, heure de Greenwich Antarctique Sud, parallèle zéro. Il s’en est suivi un corps à corps effrayant. James est doté de gadgets offensifs et défensifs d’une inventivité incroyablement britannique. Les fourmis militaires sont écrasées par milliers, au point de ne plus former qu’une seule matière gluante impropre à la consommation culinaire. Le sang gicle sur mes lunettes, les cours de bourse s’effondrent , en particulier ceux de l’action privilégiée de la B.P.I., la chaleur des rayons de la mort fait fondre une partie de la calotte glacière, créant une raison supplémentaire à Nicolas Hulot de se plaindre du réchauffement climatique, les résidents belges de la station antarctique plient bagage pour aller prendre le soleil à la plage, tandis que les phoques quittent les falaises pour rejoindre leurs cousins de la baie de Somme.
Quel spectacle extraordinaire aurais-je dit si je n’avais banni le qualificatif extraordinaire de mon vocabulaire.
Bien.
Je nettoie mes lunettes et l’écran plat de mon ordinateur qui dégouline de glace fondue et de sang visqueux afin de pouvoir visionner proprement le baiser langoureux de James 007 des glaces dormantes (qui ferait bien de changer de matricule et de nom) avec la fée de la K.G.B. qui a troqué ses fourrures pour une nuisette en pétrodollars transparents, échancrée profondément sur une poitrine de forme hallucinante.
Vraiment, Google Earth prend de plus en plus de libertés avec la vérité historique, grâce au futur antérieur.
James a pris quelques années de plus, sous l’effet conjugué des regards ensorcelants - haute résolution - des fées qui, depuis l’agonie désinvolte de Goldfinger sur mon écran, ont toutes opté pour le charme irrésistible de James 007, dix-septième du titre, et mouture nettement plus réussie que ses seize prédécesseurs. Par ailleurs, il est ainsi démontré qu’il faut toujours se méfier des personnages féminins dans les contes à dormir debout.
Ouvrant, une fois de plus, mon ordinateur sur le favori de mes favoris, je découvre la fin de ce conte, tiré par les cheveux. Tandis que ma webcam me renvoie une image indéchiffrable, composée de signes numériques de forme parodique.
Cette parodie de conte a été publiée, en tant qu'exemple sur le site www.leaweb.org du Concours international d'écriture pour adolescents. - Atelier de Lecture ASBL Montégnée. Belgique
jeudi 3 septembre 2009
Emile Kesteman Vice-Président de l'A.E.B. dans NOS LETTRES août-septembre sur La Chambre noire du calligraphe.
Les nuances sont subtiles entre ce qui est aphone et coloré. En tous ces textes, l'âme vibre imperceptiblement. Le mot est présenté dans son expressivité provisoire et découvre sa finalité dans sa propre floraison. Parfois le lecteur a l'impression que le désordre se décompose et mène à l'ordre. Cet ordre est plus souvent nouvelle harmonie Et parfois on pressent l'esprit des haïkus de la seconde partie quand la vie cherche la trace de la mort. Il y a dans cette seconde partie plus d'âpreté. Mais Jean Botquin ne quitte jamais ce monde de coquillages et de leurs contournures orientales!"
mardi 1 septembre 2009
Art et Saveur à Saint-Denis en Broqueroie les 29 et 30 août 2009
lundi 24 août 2009
Mystère de papier de Peter Gentenaar
dimanche 23 août 2009
Inédit 234 parle de "La chambre noire du calligraphe"
Être transporté
Au-delà des paroles
Qui nous enflamment
L'imagination
Exerce sa puissance
Sur l'esprit des nuits
ou, moins sérieux:
Pose les lèvres
Au milieu de la rose
En circonflexe
Le préfacier Piet Lincken ne s'y est pas trompé en s'amusant à rappeler l'histoire japonaise de ce genre de poèmes. Il peut suffire de peu de mots pour atteindre la poésie et Shiki n'a pas imité Buson!
Ed. du Cygne, 4 rue Vulpian, F75013 Paris) "
Paul Van Melle, L'inédit Nouveau.
lundi 17 août 2009
Mon Amour (Lettre sans destinataire)
Sous les branches de mon cèdre, je vous écris. Le vent est tombé, la chaleur me fait penser à vous qui savez m’en entourer. L’ombre du cèdre que j’ai choisie pour vous écrire cette lettre est celle dans laquelle nous avons eu notre dernier échange avant que vous ne partiez. La même douceur, la même lumière. Vous vous souvenez ? Il faisait un temps magnifique. Les collines, au loin, fuyaient, de courbe en courbe. On voyait les brumes monter des vallées. Bientôt elles s’étendraient en couches irrégulières teintées de safran et de pourpre sous les derniers rayons de soleil.
Toute la journée nous avions tu notre tristesse, nous donnant le change afin de ne pas ternir les instants précieux que nous avions la chance de vivre encore. Nous nous étions levés tôt, écourtant nos moments de tendresse passionnée du lever du jour. Vos regards embués m’avaient prévenu des heures fragiles qui risquaient d’abîmer nos prochains souvenirs. Nous avons choisi la sagesse de ne pas verser dans le mélodrame.
Vous avez arboré cette robe blanche bordée de dentelles que j’ai si souvent pris plaisir à faire glisser à vos pieds mais que je ne vous ôterais pas à nouveau, gardant en mémoire votre apparition nacrée que tant de fois j’avais baignée dans mon désir amoureux.
Refuser de vous toucher, inventer des caresses dans la subtilité de nos pensées, nous promener par les allées flanquées de cyprès disciplinés comme en Toscane, en nous donnant la main à la manière de ces gens en vacances, boire un verre de vino nobile rafraîchi à la terrasse d’un hôtel qui nous avait accueilli en des moments de passion urgente et me contenter de la douceur de vos sourires émerveillés.
Avons nous réussi à tenir notre pari silencieux, à respecter notre souffrance en la remplaçant par cette sérénité nouvelle que nous devrons apprendre à vivre et que nous adoptions déjà en ces quelques heures précédant votre départ ? Je le pense.
N’attendez pas trop longtemps avant de m’écrire. J’ai hâte à redécouvrir votre écriture serrée aux jambages minuscules, aux lettres qui s’épousent dans une sorte d’impudeur pour former des mots dont la beauté me bouleverse.
En attendant de vous revoir, j’irai retrouver notre cèdre, souvent. Je n’irai pas graver nos initiales ni clouer votre cœur dans son écorce. Je lui parlerai comme je vous écris.
Et il me répondra.
Je vous aime.
Agenda août-octobre 2009
Les 29 et 30 août de 10 h. à 18.30 présentation de mes livres au salon d'exposition littéraire du marché du terroir et dédicaces, notamment "La chambre noire du calligraphe" paru en juin 2009.
Fureur de Lire- Bibliothèque de Binche:
Le 15 octobre à 16 heures rencontre avec Martine Paternotte et Jean Botquin et lectures de textes de"Le destin des Mesville" (M.P.) et "La gondole de l'orient Express" (J.B.)
Soirée des lettres A.E.B. Maison des Écrivains 150 chaussée de Wavre Bruxelles:
Le 21 octobre à 18 heures, présentation par Piet Lincken et Jean Botquin de"La chambre noire du calligraphe".
lundi 10 août 2009
KIKI 3
mardi 4 août 2009
KIKI 2
Nous n'avions pas de sympathie pour Tigresse sur qui planait un doute dans l'affaire de l'assassinat du lapin. De plus, elle était autoritaire et n'était
Je suppose que les trois chatons se sont fait adopter dans d'autres familles du quartier.
Ils revenaient jouer de temps en temps dans le saule ou le pommier. On les voyait traverser les rues adjacentes, parfois au péril de leur vie.
Il me semble que Kiki était bien plus attachée à nous et à la maison que sa mère. Elle pouvait nous observer à travers la porte vitrée ou la fenêtre de la cuisine pendant de longs moments. Elle n'exigeait rien sans espérer toujours. Même quand la porte était ouverte, elle n'entrait pas. Son regard humide implorait notre amitié qu'elle ne pouvait reconnaître que dans le geste de la nourrir, parcimonieusement. Nous avions choisi de ne pas lui enlever sa liberté, de lui laisser le choix d'aller et venir, de garder son statut de chatte sauvage qui n'appartenait qu'à elle-même. Malgré cela, elle nous restait fidèle. Il suffisait de l'appeler pour qu'elle apparaisse, comme par miracle, sur le toit de la serre qu'elle dévalait à toute vitesse.
Tigresse s'est fait écraser au carrefour, près de chez nous, la veille d'un W.E. où nous avions invité nos enfants et petits enfants. Nous nous sommes empressés d'enlever sa dépouille couverte de sang, pour éviter que les autos ne continuent leur horrible travail. Beaucoup de chats sauvages finissent comme ça dans nos villes surpeuplées d'animaux. Peu de temps après sa fin tragique, quelqu'un est venu sonner à notre porte.
-C'est à vous , ce chat ? Il était sur les marches, il veut entrer chez vous.
-Non, mais je le connais.
Effectivement, je l'avais reconnue. La grand-mère, la maman de Tigresse. Fidèle à mon attitude je ne lui ai pas permis d'entrer dans le couloir mais lui ai ouvert la porte du jardin. Elle me donnait l'air de vouloir quelque chose. Revenait-elle sur les lieux du crime ou cherchait-elle sa fille disparue ? Pourquoi n'avait-elle pas emprunté le chemin que tous les chats du quartier connaissent par coeur ? Elle est partie dans les taillis et je ne l'ai plus revue. Á ma connaissance elle n'es plus jamais revenue. Ma femme, à la suite de ce qu'elle appela une intrusion, opta définitivement pour l'hypothèse du meurtre du lapin par l'ancêtre de Kiki. En tous cas, je ne crois plus que les liens de famille, chez les chats, disparaissent dès qu'il sont adultes. De plus les animaux sont dotés d'intelligence. J'ajouterai que s'ils n'ont pas d'âme, les humains n'en ont pas non plus.
(A suivre)
dimanche 2 août 2009
KIKI

Il était une fois un grand jardin visité par tous les chats du quartier. Une espèce de parc public pour chats sauvages ou abandonnés, des chats sans colliers. On les baptisait: anthracite, un petit noir naturellement, roussillon, un rouquin taché de blanc, blanche neige, une chatte immaculée avec des airs de reine, le boiteux, un gris bleu avec une patte raccourcie, le cousin, un tigré à la grosse tête de matou, un couple qu'on appelait les grands parents, vous découvrirez bientôt pourquoi. Tous ces chats apparaissaient et disparaissaient à tour de rôle, selon les jours ou les heures de la journée. Il y en avait du matin, de l'après-midi, du soir et de la nuit. Nous ne faisions rien pour les attirer. Aucune clôture n'est infranchissable pour un chat.
Nombre d'entre eux venaient de jardins voisins, en passant sur le toit courbé de notre vieille serre. Rien de plus facile.
Un matin, entrant dans la cuisine, nous vîmes un couple de chats plus âgés, installés sur le paillasson, derrière la porte vitrée. Ils regardaient à l'intérieur avec une curiosité manifeste. Quelle impertinence ! Ils ne sont partis que lorsque ma femme ouvrit la porte pour se rendre dans le jardin. Ils avaient l'air satisfaits, comme des chats qui ont découvert ce qu'ils voulaient. Quelques jours plus tard, ils sont revenus accompagnés d'une chatte au ventre tout rond que nous n'avions jamais vue et qui ressemblait à s'y méprendre à la femelle du couple.
"On dirait qu'ils veulent nous faire adopter leur fille qui attend des petits, avait dit ma femme." Je pense qu'elle avait vu juste. Elle connaît bien la gent féline. "Pas question, ai-je répondu."
Dans la suite, la petite maman chatte est revenue régulièrement seule, la panse de plus en plus grosse. Jusqu'au jour où son ventre reprit, pfuit, son volume d'avant et son élégance.
De temps en temps, nous lui donnions des restes de viande qu'elle s'empressait d'emmener dans sa gueule. Elle courrait sur le toit de la serre vers celui d'une masure dans lequel elle disparaissaît illico presto. "Elle apporte à manger à ses petits, affirmait ma femme." Ce petit jeu continua un certain temps.
C"était une jolie chatte tigrée, avec des pattes et une bavette blanche. On ne lui a pas donné de nom. C'était pourtant contraire à nos habitudes. Quasi tous les chats qui franchissaient l'enceinte du jardin recevaient un nom en guise de carte d'identité. Pourquoi ne pas l'avoir nommée tigresse, par exemple ?
Un jour d'automne, le jardinier qui vient élaguer les arbres chaque année frappa à la porte de la cuisine:
- Monsieur, c'est normal qu'il y ait un lapin dans les taillis ?
- Un lapin ? Non, nous n'avons pas de lapin. Vous êtes sûr ?
- Mais, oui, venez voir.
Effectivement, il y avait un joli lapin roux aux yeux bruns et oreilles blanches qui se cachait sous un rhododendron. Que faisait-il là ? Nous ne mîmes pas longtemps à comprendre. C'était la fête dans le quartier, à la foire du parc de la commune, le public pouvait gagner des petits lapins vivants plutôt que des lapins en peluche. Que fait-on avec un lapin qu'on ne peut ou ne veut garder ? On s'en débarrasse dans un grand jardin. Et voilà la solution du mystère.
Pauvre petit lapin, il n'a pas vécu longtemps. Nous l'avons retrouvé le lendemain matin, égorgé comme un vulgaire moineau. Assurément, c'était l'oeuvre d'un chat. Lequel ? Seule celle qu'on aurait pu nommer tigresse avait un mobile. Défendre la place future de ses enfants dans le jardin. "Mais non, disait ma femme, ce sont les parents qui ont commis cet acte, la petite mère est incapable de perpétrer un meurtre pareil."- " Crois-tu ? ai-je répondu. Où est-elle cette marmaille qu'on ne veut mettre en concurrence avec un lapin?"
La marmaille ne se fit plus attendre. Tigresse, appelons la comme ça définitivement, alla chercher ses quatre marmots, un par un, dans le toit de la masure et les déposa sur le paillasson face à la porte de la cuisine. Deux petits blancs avec des taches grises, un chaton tigré des pieds à la tête, et une mignonne petite chatte tigrée à pattes blanches et bavette de la même couleur, le portrait tout craché de sa mère et de sa grand mère, une minette qu'on désignerait sous le nom de Kiki plus tard.
(à suivre).
