mercredi 14 avril 2010

Les robes de l'été. Poème inédit.


Les désespoirs s'envolent
devant tes plus belles robes de l'été
coulant sur ton corps
Soies de ruisseaux qui s'élargissent
depuis ton cou et tes épaules
qui s'élargissent à l'infini
par le détour de tes jambes
par l'invention de tes bras
en croix sur les chemins de soleil
et par la surprise de ta taille
Blancheur rose sur les pelouses vertes
des paysages que tu m'offres dans la légèreté de ta nuit lunaire et ineffable
où apparaissent tes robes de l'été
J'épouse la folie glanant l'impossible
la passion desservie par la mémoire des pluies
le souvenir des vents inattendus
et des sanglots de neige dans le magnolia

jean botquin avril 2010

dimanche 11 avril 2010

Hommage à Laurence d'Arabie (6) Pot-pourri.


N'espérez pas vous
Débarrasser des livres
Ils vous poursuivent


L'avion porte loin
Et très haut dans le ciel bleu
Son lot de haïkus



Un moineau arabe
Dans un palmier israélien
Pépie quand il veut


L'éclat des jeux d'eau
Résonnera encore
Dans nos mémoires
+
+ +
Des pieds font signe
Au nageur ou serait-ce
Une nageuse



Pendant ce temps-là
Les légumes sont coupés
Par des artistes





Le rocher montre
Les lamelles stratifiées
De couleurs roses





jeudi 8 avril 2010

Hommage à Laurence d'Arabie(5) Jerash.

Au mont Nebo
Les touristent se figent
Quand Moïse se meurt
Les pierres parlent
Comme un incunable
Ouvert à tous vents

Les colonnes ne
Soutiennent que le ciel bleu
D'un geste pointé
L'odéon vide de
Toute prétention attend
Un oeil avisé
Et derrière plus
Haut, un temple disparu
Á découvrir, seul

Si la nature
Voulait s'en serait fini
De cette fierté

Sur le chapiteau
Une mésange hardie
Défie le passé

En hommage à Laurence d'Arabie(4) La mer morte.


Le vent vire d'est
En ouest au crépuscule
De la mer morte

Les statues de sel
Tournent leur visage blanc
Au soleil couchant


Lac bleu condamné
Aux thérapies minérales
Des déesses noires


Des bouchons flasques
Sur le dos dans une mer
Impénétrable





Palais des Mille
Et une Nuits de rêve
De stuc et carton pâte

mardi 6 avril 2010

En hommage à Laurence d'Arabie (3) Désert du Wadi-Rum.

Dessin de Benjamin
Monti (Galerie Nadja Vilenne - Foire d'Art
Contemporain. Art Brussels avril 2010)




Départ du retour
Aussi près que le lointain
Désert de Wadi-Rum


Que penser du rêve
Qui se déforme chaque
Jour par le voyage ?


Le monde rétrécit
A tout nouveau carrefour
Des découvertes






Ceci n'est pas faux
Ni vrai mais un beau décor
Pour touristes naïfs








Certes pas un TGV
Ce convoi de potasse
Le long du désert

Hommage à Laurence d'Arabie. (2) La mer rouge



La fleur déflore
Quelques pensées mauvaises
Dans l'uniflore


Que dire du ciel
Plombé sur les hibiscus
De papier chiffon?


Les palmiers prennent
Le vent de la mer rouge
Avec leurs paumes



La mer et l'ocre
De la rive du désert
Á perte de vue










Sur la mer d'argent
Deux bateaux gris se croisaient
Sans se connaître

lundi 5 avril 2010

En hommage à Laurence d'Arabie


Toute vie s'éteint
Alors que l'eau se mue en
Huile saumâtre

Une chamelle
Blatère dédaigneuse
Puis fait sa crotte














Le culte des morts
Pétrifie les façades
Rouges de Petra




Le disque descend
Et s'éclipse très à l'ouest
D'un petit clin d'oeil




dimanche 21 mars 2010

Les lettres ne battent plus des cils. Poème inédit.
















Les lettres ne battent plus des cils

Du haut des falaises
se précipitaient les derniers langages
dans le vide des questions
et leur évanescence

Les poètes portaient l’ombre
de leur couleur sur le visage
Les messages les éclaboussaient
d’écume
dont se déplumaient
les ailes d’anges

Ils tendaient des filets
au travers des vallées
afin de les piéger
comme des oisillons
tombant des nids inaccessibles
Ils ouvraient la bouche
et le creux des oreilles
abasourdies
pour leur sucer la moelle

Certains tentaient de boire
cette pluie étrangère
qui se mélangeait à leur salive
et formait une onde de paroles
incompréhensibles
Ils avaient perdu l’écoute des pétales
pétrifiés par la peur
Ils avaient désappris les moissons
Ils étaient muets dans la profondeur
où s’éteignent les signes de vie

Devant l’incertitude des vocabulaires
les astres avaient cessé de vibrer
Des lettres tourbillonnaient
telles des feuilles mortes
dans le vent
La scansion des mots
ne traduisait plus celle
des chants intérieurs
oubliés

Sur la terre de Babel
s’érigeaient des totems
aux allures de roses trémières monstrueuses
dont les bourgeons ne feraient
plus que se taire
Bientôt ils seraient remplacés
par des obélisques montrant du doigt
les hiéroglyphes imprononçables
sur lesquels leurs yeux aveugles
se décilleraient en vain

Devenues insensibles au toucher des langages
et au goût râpeux des syllabes
les papilles des poètes racleraient
l’ivoire des paroles jusqu’au sang
des gencives
Rien n’y faisait
Il était temps de se taire

Jadis la langue avait la saveur
du sexe de l’homme ou de la femme
Les mots étaient reconnaissables à leur odeur
Ils étaient fluides et denses
Leur peau s’imprégnait
dans les vibrations des cordes vocales
qui leur donnaient une sonorité
de guitare

Désormais les mots commenceraient à s’ignorer
Ils ne se regarderaient plus
Leurs yeux seraient exorbités
L’esprit convulsé devant la violence
des formes étrangères
alphabets cyrilliques
écritures coufiques
onomatopées syncopées
miaulements de cordes aux archets de papier


Dans leur nudité
les mots n’osaient plus se montrer
asexués dans leurs rêves
sans ivresse ni magie
déparfumés évaporés délétères
les mots dont les lettres ne battaient plus des cils

La chair de l’introït
au-dessous de la soie des apparences
ne dirait plus les pores des sensations antérieures
ni la simplicité des verbes
que dictaient les fossoyeurs d’orient
Tous les poètes s’étaient trompés de soleil
à l’ouest de leurs croyances
C’est ce que tous croyaient

L’absence de tous leurs sens surviendrait
Comme l’absinthe dans leurs veines
Les millénaires inutiles perdus dans le balbutiement
des langages apparaissaient comme des mystères
non élucidés
Ils avaient abouti
nulle part

Goutte à goutte les mots s’étaient perdus
sous les voûtes
à la quinconce des douves
ils se couvriraient de nénuphars géants
à l’orée des roseaux
les orchidées jaunes oublieraient leur nom
Les mots seraient comme pièces de monnaie
dans une urne qu’on ne viderait jamais
les mots se détruisaient d’eux-mêmes
volatiles insaisissables
dans des rayons de soleil
miroirs sans reflets
sourds devant la cécité des poètes

Avant
c’était il y a longtemps
de l’autre côté de la rive
avant de traverser le pont par lequel
ils osaient s’aventurer
loin
au-delà des mirages d’Afrique ou d’Asie
loin des frontières inviolables de l’Antarctique

Avant
c’était le temps où ils dansaient le soleil
derviches des étoiles tournant sur eux-mêmes
projetant la blancheur des mots
vers l’extérieur de toutes les mesures
mourant du néant
pères des équations impossibles
germinateurs du terreau des extrêmes
poussant les espoirs du dedans vers la lumière
sans craindre de l’obscurcir



Avant
Les poètes occultaient leur solitude
dans le ventre des femmes
telles des matrices soudaines où se réfugiait
les rires de l’angoisse
alors que leur sang se nourrissait de riz vert
comme des sorciers fusionnant les particules
de l’univers



Temps du désir
Aurore et crépuscule de dieux immortels
Aubes d’abstinence de la sagesse refoulée
par l’attente


Apprendre à se taire
Désapprendre les jambages de l’écriture
Fendre le regard
Briser l’écoute où palpite l’arrière goût
des gorgées trop pleines
Lécher la brillance dont l’odeur se répand
à l’intérieur du cœur
Toucher le fond du mystère avec des pinces de diamant

jean botquin

mardi 16 mars 2010

Les carnavals ne sont pas en crise.


Ce gille-là ne dansera pas l'année prochaine !
Ce n'est qu'un au revoir mes frères...










































Le cortège se dissout dans la nuit. Cependant les gilles de La Louvière - ici il s'agit des "Boute- en - train" - sont in-

fatigables. Au rythme des tambours et

des batteries qui fracassent les oreilles ils continueront à danser tant que la musique fera trembler l'air chargé des odeurs de la foire.
Le coin du "Drapeau blanc" a un petit parfum de Place Blanche. Pour nombre de Gilles, la nuit sera courte. Et demain, jusqu'au brûlage des bosses et les feux de Bengale, la transe ne fera qu'amplifier. Après, il faudra attendre l'an prochain...





Infatigables aussi , les souffleurs de cuivres et trompettes, sous le ciel louviérois.



Les tamboureurs en rang d'oignons ne cessent jamais leurs rythmes secs et les roulements nous font trépigner dans le jus d'oranges écrasées et la confiture de confettis.

Les chapeaux blancs ont l'air légers pour ceux qui ne les portent pas. Sous les bosses, les gilles cachent des dos qui se voûtent, au fur et à mesure que le temps passe.



Le rondeau s'est disloqué sur la place communale.


























L'oeil du photographe Guy de Viron, du haut de son ballon d'hélium, capte le rondeau tonitruant. Les photos viendront illustrer le "Laetare louviérois" à paraïtre d'ici la fin de l'année. Voir déjà le site internet http:www.vue aerienne.be.




















Qui a volé l'orange, l'orange du marchand ?