lundi 20 juin 2011

Danielle POPELER: "Mélodie de haïkus - Spirales d'images"



Danielle POPELER: "Mélodie de haïkus - Spirales d'images": "Les 'Haïkus', vous connaissez ? Et les miens? Non, ce ne sont pas les cousins germains des sudokus que j'aime beaucoup d'ailleurs, mais dans..."



Je suis tombé par hasard sur le recueil de Danielle Popeler, à la librairie de la Reine, à Binche. Ouvrant le livre, j'ai vu mon nom dans son avant-propos. Je me suis souvenu que je l'avais rencontrée à la Bibliothèque de Binche lors d'une présentation de mon recueil de haïkus "La chambre noire du calligraphe". J'ai donc fait une émule et je ne le savais pas. Bien entendu, j'ai acheté son joli recueil dont je publie, ci-dessous, quelques haïkus que j'ai aimés.
Il échafaudait
Sur la comète des plans
A dormir debout
+
Taillant les branches
De ses vertes années
Il s'y accrochait
+
Ils se querellaient
Sur la plage de Cayeux
Un sac de galets
+
Sous une cloche
S'ennuient des fromages
Tous bleus de rage
+
Paupières closes
Dans la douceur de la nuit
Elle voyageait
+
Pieds- de- nez farceurs
De Violons d'Ingres et
De Symphonies
+
Sur la liane
De ses mensonges lointains
Il se balançait
+
A pas de géant
Accouraient des nuages
Grisés de larmes

samedi 18 juin 2011

La revue "Nos Lettres" de l'A.E.B. (80 années d'existence) fait peau neuve















Soirée des lettres du mercredi 20 avril 2011. Présentation de mon "Bréviaire d'un quotidien" par Danièl Berditchevsky. NOS LETTRES - 1 juin 2011.

Pour agrandir cliquer deux fois sur les images.

mercredi 15 juin 2011

Delire. Texte de Jean Botquin

Une nuit de l'été dernier, il s'était réveillé vers deux heures au milieu d'un essaim de poussières végétales, vrombissant à la manière d'abeilles autour d'une ruche. Elles formaient une espèce de nuage éclipsant la lampe de chevet qu'il s'était empressé d'allumer. Il n'osa l'éteindre car dans le sommeil à peine quitté, il s'était battu contre une colonie de reptiles aux vibrations lentes qui s'insinuaient dans son cerveau. Il craignait qu'à l'intérieur un nid de vipères noires ne s'installe et ne régente toutes ses émotions. Les vipères mangent-elles les fourmis sans faire de différence entre les rousses et les noires ? Pourquoi ne pas se laisser squatter pour en finir avec ces caravanes d'insectes laborieux ? Les fourmis transportent n'importe quoi. Certaines organisent des convois chargés d'un monde innommable de microbes à peine réveillés de leur léthargie hivernale. D'autres ne font qu'amener des morceaux d'épaves inutiles, d'autres des desquamations inqualifiables. D'autres, on se demande quoi car leur charge ne ressemble à rien de reconnaissable.
Il s'était promis de rêver de filles qui danseraient sous ses yeux, serrées dans des jeans qui donnent aux cuisses l'élancement du désir, rêver de filles au nombril profond, tel le calice de fleurs somptueuses, oui, c'était ce qu'il avait espéré. Rien de tout cela n'était arrivé. Il n'avait vu que des cloportes, des milliers sous toutes les pierres qu'il soulevait, patiemment, les unes après les autres, dans l'espoir de trouver une pierre qui n'en abriterait plus.
Plus tard, des troupeaux de moutons se sont mis à se presser sous la hargne des chiens qui leur mordillaient les nerfs. Il ne comprenait plus rien. Des deux mains, il souleva son coeur en dessous duquel, il ne trouva qu'un grouillement de vers coprophages. Puis ce fut la fin indescriptible ...

dimanche 12 juin 2011

Avec mon groupe de marcheurs, à la redécouverte d'Emile Verhaeren, à Roisin.

Je suis le fils de cette rage

tenace

Qui veut, après avoir voulu

Encore, et encore plus!


Pierre 21 du circuit






Dès le matin, par mes grand'routes coutumières
que traversent champs et vergers,
Je suis parti clair et léger
Le corps enveloppé de vent et de lumière
Les forces tumultueuses. E.V.




Je regarde rentrer chez moi tout l'horizon
A chaque heure du jour, en ouvrant ma fenêtre;
Et la lumière et l'ombre et le vent des saisons
Sont la joie et la force de l'élan de mon être.
Les Flammes hautes. E.V.















Ma maison semble un nid doucement convoité

Par tout ce qui remue et vit dans la lumière.
La multiple splendeur. E.V.



Elle est humble, ma porte,
Et pauvre, ma maison.
Mais ces choses n'importent
Les Flammes Hautes. E.V.














Il y a quelques mois, la Province du Hainaut réouvrait l'espace muséal Emile Verhaeren à Roisin. J' y ai entraîné mon groupe d'amis marcheurs. Après la visite du musée commentée par un guide de la province, Monsieur Legrand, nous avons suivi le circuit des pierres, à travers champs, bois, le long de la Honelle, et au pieds du fameux caillou-qui- bique. Une promenade très agréable d'un quatre km, jalonnée des pierres gravées de textes poétiques d'Emile Verhaeren. Ponctués d'arrêts pour écouter des poèmes, cette balade nous conduisit enfin vers une guinguette, tout juste à la frontière française.Emile Verhaeren séjourna de longs mois à Roisin durant une quinzaine d'années de sa vie. A cette époque, un train l'emmenait jusque dans un village voisin Angrau, encore desservi par les chemins de fer, supprimé depuis belle lurette. C'est le poéte Rodenbach qui lui fit connaître le village de Roisin dont il tomba amoureux. Tous les promeneurs qui découvrent le pays comprennent tout de suite pourquoi. Ce coin de wallonie est particulièrement attrayant, la douceur des paysages bucoliques enchante, le cours tumultueux de cette mystérieuse Honelle, traversée d'anciens gués de pierres, sous les dômes de verdures des sous-bois, a un air de torrent de montagne.

vendredi 10 juin 2011

"Formes" Poème de Jean Botquin, paru dans Elégie d'un kaléidoscope




Liane sombre tordue autour d'un rêve d'ombre
d'un rêve d'ambre de satin et de velours
déesse de soleil et de bronze
amphore des mers du sud
qu'un pêcheur de sa plongée remonte
avant l'aurore

Apparaît
le présage d'un visage
des temples triangulaires
dansant sur les paumes de Shiva
ou Vishnu
Ô
métisse d'Afrique ou d'Asie
dans l'amande
et
la transe
d'un regard

Ventre
voûte envoûtante
des portes secrètes
commissures et sourires
aux ocres d'airains
sinusoïde
perfide
de toutes vibrations
de
reptile

Plante
dont le partage
sodomise l'instant
des courbes
etdes parfums
âcre mélange de poivre
d'encens
et de santal féminin
au centre
des méridiens
des espaces

Nuque de gazelle noire
sur le rivage des îles
de corail
Ô
seins d'Amazone
couverts de poussière
d'eau
et de sable

Jean Botquin
"Formes"in Elégie pour un kaléidoscope

jeudi 9 juin 2011

Le Peignoir Rouge- Un inédit de Jean Botquin, paru également sur Facebook.

Tu dors

Sur ton visage se reflète

L'ombre d'un rêve sombre

Inaccessible

Tu n'es pas nue

Car le sommeil t'habille

D'un peignoir rouge qui te couvre

Et qui te fait plus longue

Plus fragile et plus tendre

Allongée comme la nuit

Qui te découvre

Tes cils reposent

Sur ton sommeil fermé

Pourquoi ton front est-il tendu

Autour de deux rides

Qui prolongent

Ton rêve où tu sombres

Inaccessible

La paleur de ton visage

Combat le repos

L'arc se brise par moitiés

Sur l'eau

Où surnagent la peur

Et la tendresse abusée



Jean Botquin

lundi 6 juin 2011

Mohamed El jerroudi et son recueil "Coeurs Absents" présentés à RABAT le 30 juin 2011




Recueil de Poésie - Mohamed El Jerroudi

« Écrire un poème/ c’est rendre les choses obscures /pour qu’elles donnent de la lumière ». Mohamed El Jerroudi ne pouvait mieux exprimer le mystère de la création poétique. Cette définition, il la doit sans doute aussi à sa passion pour la peinture, car ce poète marocain est également critique d'art. Son écriture ne fonctionne-t-elle pas comme des pinceaux brossant des surfaces de nuit avec une matière dense, composée de mots simples et lumineux qui sculptent le ciel et dévoilent les étoiles ?
L’encre de Mohamed El Jerroudi est brûlante, elle dessine les mots, fait danser l’âme, raconte comment « le temps nous dévore et nous déshabille devant la mort », mais aussi, avant l’inéluctable, célèbre la vie et la beauté.

Livre de silence et de recueillement « Cœurs Absents » évoque dans un langage fluide comme un sang vivant, une spiritualité berbère étrange, émouvante, proche de la terre et du ciel.

Jean Botquin


Date : Jeudi 30 juin 2011
Heure : 18h30
Lieu : Villa des Arts de Rabat

dimanche 5 juin 2011

Amis belges, ne vous quittez pas. Message de Sabine Aussenac dans Le Post, paru en juin 2010.

Amis belges, ne vous quittez pas...
13/06/2010

Le pays où l’on arrive toujours.

Dédié au Pasteur Paul Vandenbroeck.


J’ai deux amours : mon Toulouse et Bruxelles.


Longtemps, j’ai cru ne pas pouvoir survivre hors de ma ville rose. En exil auvergnat, je placardais mes murs de posters de la Basilique Saint Sernin ; à Bordeaux, je n’avais de cesse que de remonter Garonne.





Lors de ma première visite dans la capitale des Belges, je pleurais. De rage - car mon époux nous forçait à l’exil, à nouveau -, et de froid : je me revois, blottie dans une cabine téléphonique près de l’Atomium, ne comprenant même pas comment on pouvait être Persan, enfin, Belge.





Si l’on m’avait dit que quelques mois plus tard, je me sentirais plus royaliste que le roi, j’en aurais bien ri. Et pourtant, moi, la républicaine acharnée, la prof engagée dans le combat de la laïcité, la Tarnaise, fille de Jaurès, me retrouvai bien, par un bel après-midi d’automne, à applaudir au passage du carrosse-non, n’exagérons rien, les Belges, contrairement aux Anglais, ont le sens de la modernité !-de la voiture royale.





Pourtant, Dieu sait que je pestais, en regardant les cahiers de mes Princesses. Le cours d’histoire de ma cadette semblait directement sorti de quelque numéro de Point de vue - Images du Monde, la pauvrette devant s’apprendre les différents noms des monarques européens vivants… Quant à l’aînée, en sixième, on aurait pu la croire en hypokhâgne, avec ses six heures de latin, à ceci près qu’elle me semblait AUSSI commencer math sup’, au vu du nombre de ses heures de maths. Bref, cet enseignement me semblait plus proche de celui dispensé dans une école de Jésuites de l’ancien temps que de l’après soixante-huit.





Ne parlons même pas de l’enseignement des langues. Se réfugiant derrière leur sempiternel bilinguisme forcé, nos amis Belges faisaient passer toutes les autres langues à la trappe. De l’allemand, pour mes petites d’origine teutonne, il ne fut jamais question, la troisième langue n’étant commencée que bien plus tard, puisque tous les efforts portaient sur l’apprentissage du flamand, et, bien sûr, de l’anglais. Et pourtant, la langue de Goethe fait officiellement partie des « trois langues nationales », puisqu’elle est parlée, ou plutôt, délicieusement chantée, dans les cantons de l’Est, et que les annonces du métro, par exemple, sont faites aussi dans cette langue.





Mais le rapport des Belges à leurs langues est aussi joliment schizophrène que celui qu’ils ont à leur nation divisée. Au début, je trouvais cela si exotique, si international, ces traductions permanentes… Songez, mon avenue, celle de « L’Indépendance Belge », se nommait aussi « Belgische Onafhankelijkheits laan », à vos souhaits merci… C’est que le flamand, en fait, une sorte de dialecte outre-rhénan, je m’imaginais le comprendre aisément. Que nenni, je pense qu’un palais d’habitant du Sud-ouest, même doté de gènes germaniques, ne peut tout simplement s’adonner à la rudesse de ces consonnes qui fouettent comme le vent sur la jetée d’Ostende.





Il faut dire aussi que l’on sort très bien avec une seule langue. Soyons honnêtes, en ce jour d’élections, en ce jour où nos amis votent pour savoir si leur pays restera une nation, je voudrais leur redire que mon petit guide Assimil est vite revenu sur mon bureau. Car il faut rendre à César ce qui est à César, les Flamands, eux, naturellement doués en langues, qui biberonnent en anglais grâce à leurs innombrables chaînes de télévision diffusant tout en VO-oui, nos bébés aussi seraient meilleurs en langue, si Tchoupi et Doudou parlaient anglais…-parlent aussi un français remarquable.





Les Wallons, eux, aussi cossards que nos élèves parisiens, ânonnent péniblement quelques vocables en barbarisant à qui mieux mieux, avant de s’inscrire, dès la fin de leurs « Humanités », dans quelque école où ils apprendront enfin la langue des Polders… Bref, la balle est dans le camp wallon, c’est à eux, à mon sens, de faire un effort linguistique.


D’autant que Bruxelles, c’est Babel. Comme je les aimais, mes trajets en tram ou en métro, me sentant comme les anges des « Ailes du désir », lorsqu’ils écoutent les conversations intérieures des gens, la tête posée sur leur épaule… Tous ces jeunes cadres de le Communauté, chemise et dents blanches, conversant en mille langues, côtoyant les ménagères en djellaba qui venaient de faire le marché au « Midi », et les petites mamies flamandes, toujours si délicieusement maquillées… Nul besoin d’interprète, l’âme belge était là, se faufilant au gré des dialectes, des accents, et culminant dans cette pinte de Kriek que l’on partagerait, à l’heure où rosit la Grand-Place…





Car le melting pot existe bel et bien, et c’est justement au terreau de la diversité que s’épanouit la beauté de cette nation si colorée, si douce, aussi gouleyante que la bière d’abbaye, aussi raffinée que les dentelles de Bruges, aussi profonde qu’une forêt d’Ardennes. Mon métissage franco allemand me rendait sans doute perméable à l’incroyable richesse culturelle de ma nouvelle terre d’adoption. Mais il suffit d’emprunter le Thalys et d’arpenter quelques heures la capitale belge pour tomber amoureux des lumières ornant les façades art déco de l’Avenue Louise, et pour comprendre que la Belgique a su réunir en un seul creuset deux histoires, deux géographies que tout semblait opposer.


Et même si les enjeux économiques sont réels, même si les politiques des deux bords peuvent en ce jour s’enflammer pour les particularismes, je forme un seul vœu : que le « chagrin des Belges » n’éclate pas ce soir, que la césure n’ait pas lieu. Car moi, l’étrangère, l’apatride, j’ai ressenti en Belgique une chaleur humaine incroyablement dense, liée peut-être à ce climat rude et versatile, qui oblige les hommes à resserrer leurs liens.


Jamais je n’ai rencontré autant d’occasions de « faire la fête », de sortir, de m’intégrer dans des liesses diverses, populaires, bourgeoises, aristocratiques, sportives…Certes, mon Sud-ouest est riche en « Bandas », en festivals de toutes sortes ; mais en Belgique, pas un WE sans fête, sans marché spécifique, sans manifestation conviviale….Sans compter les Géants, et les étals de chez Léon, et les innombrables mises en bouche.


Certes, tout est organisé, régenté, oserais-je affirmer. Jusqu’aux parcs et forêts, soigneusement aménagés, sauf, peut-être, au cœur des roches ardennaises, lorsque la Meuse, femme libre encore, ose s’élancer à travers une nature sauvage et indomptée. Mais presque partout ailleurs, on observe la main de l’homme, dans les sentiers policés da la magnifique forêt de Soignes, poumon vert de la capitale, ou au travers des arpents du « Pays des Collines »-vous ne le saviez pas ? La Belgique possède bien des sommets !-


Et c’est là que bat le cœur de l’âme belge. Il bat au gré des pierres ancestrales des abbayes, il bat au détour du silence des Béguinages, et au sommet de ces beffrois ciselés de villes de Flandres. Il bat dans le cœur des anciennes cités minières, il bat le long des canaux, et le ciel belge, si changeant, si merveilleusement libre, doit garder cet arc-en-ciel des possibles, cette fraternité, cette diversité.





Je veux revenir en Belgique. Les aléas de la vie m’en ont arrachée, mais je veux à nouveau pouvoir flâner aux Marolles, marcher vers l’horizon à Ostende, rêver à mon Arthur en arpentant les bords de la Meuse ; je veux me souvenir de mes petites filles qui, au bout de quelques mois, ne disaient plus « il pleut » mais « il drache », qui avaient oublié « entre une et deux » pour « l’heure de table »…Je veux manger du pain Grimbergen, et du gouda aux orties, je veux aller au marché de Jette, et manger des boulettes dans les Friteries, et voir claquer un seul drapeau sur la Grand-Place. Le vôtre.






Je ne veux pas perdre ma Belgique. Celle du Grand Jacques et d’Arno, celle des toiles de Bruegel… Et puis mes Bleus de Delft, et mes chocolats Côte d’Or. Je sais ce que c’est, de perdre un pays. Ma mère est allemande, j’ai grandi avec ma richesse de petite fille à la double culture, partagée, certes, entre les lumières méditerranéennes et les sombres forêts germaniques, mais si heureuse d’avoir vécu l’Europe dès le berceau. Mais j’ai grandi aussi avec cette idée de l’Allemagne partagée, divisée, perdue.





Ne vous imposez pas cette souffrance. Elle serait intolérable.





Restez un peuple.





Ne vous quittez pas.





« On a vu souvent
Rejaillir le feu
De l'ancien volcan
Qu'on croyait trop vieux
Il est paraît-il
Des terres brûlées
Donnant plus de blé
Qu'un meilleur avril
Et quand vient le soir
Pour qu'un ciel flamboie
Le rouge et le noir
Ne s'épousent-ils pas
Ne vous quittez pas
Ne vous quittez pas… »





Sabine Aussenac.


www.sabineaussenac.com
L’auteur

jeudi 26 mai 2011

Les haïkus des oiseaux (Jean Botquin)





















































Moineaux de Minorque




Vous sautillez à pieds joints


Sous les dattes sucrées


+++


Dans la vallée verte


Les oiseaux mangeurs de regards


Conjuguent leurs trilles


+++


Depuis toujours ils


Pépient parmi les murets


Et les chênes verts


+++


Concert incessant




D'une grande volière forestière


Fenêtres ouvertes


+++


Buissons épineux


Pressant leurs barrières le long


D'un cours d'eau craintif


+++


Les étangs accueillent


Des peuples d'oiseaux fuyant


Les peurs ancestrales


+++


Jean Botquin

mercredi 25 mai 2011

Minorque et la mer. Photos et haïkus





























































































L'eau sous le voilier
Absorbe l'ombre des reflets bleus
Le soleil se noye
+++
Les pins au-dessus
De la mer ont l'air penché
De vieillards pensifs
+++
Sable immaculé
Quand la mer cristalline et
Vierge suspend ses flots
+++
Le goéland plongeant
Sur mon doigt s'en va penaud
Fâché sur la plage
+++
Passée elle devance
L'instant qu'elle épingle d'un doigt
Au coin d'un ciel bleu
+++
Elle dévisageait
La mer d'un dernier regard
Gorgé de brumes
+++
Le temps s'emmêlait
Les pinceaux en arrimant
Futur et présent
+++
Elle sort de l'eau claire
Les seins arrondis autour
De mes yeux surpris
+++
Elle fait l'amour seule
Avec le soleil qu'elle cache
Dans son ventre chaud
+++
Je l'extirpe avec
Les dents et me brûle les doigts
Jusqu'au crépuscule
+++
Des fleurs méconnues
Têtons ocre rouge décorant
Son corps dévêtu
+++
Le sable s'insinue
Partout dans les obscurités
Des cieux qui nous fuient
+++
Toujours le soleil
Par-delà têtes désertes
Et pieds abusés
+++
Les palmes dessinent
Des caresses sur leurs fronts
À l'encre sympathique
+++
Jean Botquin

vendredi 20 mai 2011

Le poids du soupçon, un nouveau roman de Willy Grimmonprez




Le poids du soupçon
de Willy Grimmonprez

John Bastin a fait un rêve, un très mauvais rêve, comme il n’en a jamais fait auparavant. Il a vu Amandine, sa femme, d’ordinaire un modèle de vertu peu porté sur le sexe, terrassée par un individu inconnu, prenant un plaisir immense à des jeux extrêmes que John n’aurait jamais osés avec elle. Véritable flagrant délit d’adultère avec un anonyme! Au réveil, il est complètement ébranlé, incapable de proférer le moindre mot, à côté de sa femme qui continue sa nuit comme une bienheureuse.
John, maçon devenu entrepreneur de travaux de construction, un homme de chantier, tout le contraire d’un intellectuel et d’un psychologue, ignorant des techniques d’analyse des rêves, voit dans son cauchemar une espèce de révélation. Tout devient clair. Les réticences de son épouse pour les jeux de l’amour s’expliquent par son infidélité.
Il faut savoir que nous initions tous nos propres rêves qui ne sont pas des messages de l’extérieur ni des annonciations de l’ange Gabriel. Le personnage inconnu forniquant avec sa femme n’est pas un étranger mais John Bastin lui-même qui s’interdit de se reconnaître dans la personne qui est en train de faire jouir sa partenaire. Il se fabrique donc un inconnu. Sans quoi, l’acteur masculin aurait pu prendre la forme d’un personnage connu, un voisin, un ami, reconnaissable immédiatement. Il est vraisemblable que ce rêve – salutaire – est la conséquence des frustrations sexuelles de John au sein d’un couple peu enclin à entreprendre un travail sur soi-même pour comprendre ce qui ne fonctionne pas. A priori, rien ne permet de croire que si Amandine n’est pas très active dans les jeux de l’amour, c’est nécessairement de sa faute. Mais, bien entendu, John Bastin en est convaincu. Donc, ce rêve auquel John n’a rien compris, déclenche une prise de conscience chez lui, mais dans le mauvais sens. Lui qui n’a jamais douté de sa femme commence a la soupçonner, prenant son rêve pour une réalité. Tout un chacun devient l’amant possible, à commencer par Mike, son adjoint, qui -fait suspect- vient de divorcer. Nous assistons alors à un retour dans le passé de John, sa famille, ses amis, un couple d’homosexuels inoffensifs, des personnages incapables de l’aider à sortir de son marasme grandissant. Il va jusqu’à se confier à des rencontres dans les cafés qui ne font que mettre de l’huile sur le feu de ses soupçons, au point que John se sent de moins en moins apte à travailler correctement. Il devient de plus en plus jaloux, mais de qui ? De l’image d’un partenaire potentiel, inconnu, à rechercher comme une aiguille dans une botte de foin. Car les indices éventuels sont minces; l’un ou l’autre dessous plus suggestif que ceux qu’elle porte habituellement. D’ailleurs pourquoi ne lui offrait-il pas de la lingerie légère lui-même pour la rendre plus aguichante à son propre usage ? Toutefois, on découvre que John n’attachait pas trop d’importance aux vêtements qu’elle portait. S’occupait-il suffisamment d’elle ? N’était-il pas d’abord préoccupé par son métier ? N’était-il pas un mari et un père absent ?
Perdant totalement le sens des réalités, il se décide à consulter un détective privé, un certain Kalandre qui lui promet des résultats rapides. Et nous voilà partis sur une filature dont nous ne saurons rien, car, deus ex machina, Kalandre disparaît dans la nature presqu’en même temps qu’Amandine qui disparaît à son tour sans laisser le moindre message ou mot d’excuse. Du coup, les soupçons se justifient et le véritable drame peut commencer ; avant cela ce n’était que roupie de sansonnet. La police s’en mêle et c’est le polar avec ses experts.
Je ne vous dévoilerai plus rien. Á vous de découvrir la vérité et la morale de cette histoire et de désigner les coupables. Á qui la faute ? Qui est la victime de qui ?
En quelque sorte, c’est un roman de la fatalité, comme une tragédie grecque ancienne et dans laquelle John Bastin restera impuissant, bien plus qu’un roman de la jalousie, ce sentiment supposant un objet déterminé et de préférence connu.




Jean Botquin




Présentation de ce roman à la bibliothèque de Morlanwelz, le 28 mai à 11 heures par Jean Botquin

samedi 7 mai 2011

Ainsi se termine La mer occitane, une longue lettre d'amour

Maintenant le dernier voyage a commencé
l'empreinte nouvelle dans l'empreinte ancienne
à travers la longue plage déserte de la côte occitane
immobile
entrée en cette vacuité de l'âme
d'où naît le renouvellement
et l'oubli du passé
et la marche du temps
et les instants d'éternité
le temps d'un reste de vie
dont chaque moment compte sur les vingt doigts
qui me restent
et dont je te serai redevable
comme de tout désormais

Maintenant j'écris nu
sur la plage dans la position de ceux qui adorent la vie et le soleil
j'écris sur le papier bleu
du ciel de tes yeux
la plus longue lettre d'amour
que j'ai jamais écrite

Nous nous sommes baignés
une dernière fois avant de partir
dans la liberté de n'être rien que nous-mêmes

la mer s'évapore de nous
comme d'une robe de pluie
comme d'une robe de lèvres
le soleil se fraye un chemin dans les creux
les plus intimes de l'écorce
de nos corps qui s'ouvrent sous la lumière

Et alors comme un sacre
comme on entre dans une église
ou une maison occitane réverbérée
par les mers qui les épousent toujours plus
qui s'épanouissent par les porches ou les
vestibules du silence et de la pureté de nos sens
anoblis par l'adoube de notre nudité et de
notre fragilité et de ta beauté par l'exubérance de
ton corps en mouvement marchant vers la
délivrance intérieure sur les sentiers de sable sur les
tapis de fleurs sur les pelouses ombragées des arbres
de vie s'élançant vers le ciel et qui nous recouvrent
de leurs bras de feuillage et de leur amour
intemporel

Et alors comme dans les noces les plus
longues de l'aube au seuil des matins solitaires nous
embrassâmes toutes les roses tremblantes de la nuit
occitane derrière les portes abandonnées derrière les
paravents
de fraîcheur où s'étaient réfugiés les oiseaux après
notre réveil et plus loin
encore derrière les haies des jardins où toutes les
saisons s'effeuillaient tels les astres amoureux à la pointe du jour
Et alors les greniers se remplirent
du vol des oiseaux que les lucarnes accueillaient à bras ouverts
et les coffres anciens soulevèrent à leur tour en grinçant leur couvercle
pour laisser s'échapper les crinolines impatientes les soies fébriles et les chevelures de vieilles poupées
assoupies dans l'oubli Et alors les jardiniers apparurent vêtus d'adolescence les statues
perdirent leur insolence les promeneurs se prirent par la taille tandis que les enfants poussaient leurs cerceaux
vers le fond des jardins.

Quelques exemplaires encore disponibles chez moi. Un très beau travail d'édition d'un texte que je porte sur mon coeur.

mercredi 4 mai 2011

Quelques extraits de "La mer Occitane" de Jean Botquin parus également sur Facebook.













Telle une éclaboussure
tel un éclatement de vague
dans la baie de mon regard
que ton corps éclairait de sa lumière

Enluminure sauvage
énervement de sable soulevé
par le vent qui te divise en parts de silence

Telle une folle abondance de sources
tel un renouvellement
des courbes d'un éther incarné
par ton double sourire
et ton seul visage

Alors que fendus tes reins implosent
sous le soleil de ta nudité
dans ma vision la plus profonde
de ta fragilité
tel un ventre
dont serait faite la mer occitane
débouchant dans les bouches
des eaux intérieures
tel un fruit mûri à l'ombre des cantiques
que professent les passions sublimes
des terres où naissent
les mots de l'exultation ultime
pareille à l'allégresse des anges

Je t'ai balbutié avant de te reconnaître
avec la maladresse des mots
qui cherchaient à renaître
vagissements de l'âme
entre les roseaux
des marais salants
efflorescences nouvelles
au levant des dunes occitanes
nappe phréatique
des printemps séculaires
dans laquelle ta bouche créa le puits
d'où jaillit le choix lumineux
de ton soleil plus que solaire

Orage maternel de la voie lactée
de ta chair inespérée et vivante
dans laquelle j'entrais à nouveau
avec toi comme nous entrions
par l'éloge étroit
d'une voûte romane

vers le chant d'un cloître
que notre regard ciselait
avec la brise d'or
d'un orfèvre

J'étais le visiteur
des neiges d'antan
quand le feu s'allume
sur le rivage
où meurt le plain-chant
du silence
au couchant
de la mer occitane

mardi 3 mai 2011

Nymphéa



Ton visage
pareil au nymphéa
repose
enchâssé dans l'eau calme
ma belle chinoise endormie
ma belle au teint fardé
de pâleur et d'ivoire
aux cheveux épars sur l'eau calme
ton visage
tel un nénuphar
repose

Ton image
rose blanche
repose
parfumant l'oreiller opalin
ma belle des neiges endormie
ma belle au velours de pêche blonde
que l'air d'un soupir avive
quand ta bouche formule un songe
ton visage
rose blanche
repose

Ton visage
orchidée rose
repose
dans la serre chaude du sommeil
ma belle catalane endormie
ma belle qui cache le soleil
derrière l'ambre des paupières
au milieu des rivières de rêves
ton visage
orchidée rose
repose

Ton visage
pareil au nymphéa
repose
dans le lit où tu te métamorphoses
ma belle égyptienne endormie
ma belle aux lèvres de rose
en toutes les fleurs du monde
en cette unique apothéose
de ton visage de nymphe endormie

Jean Botquin in "Elégie pour un Kaléidoscope"

lundi 2 mai 2011

Place Jemaa el-fna in"Triangles de la Nuit des temps"








La tour de la Koutoubia s'élève

Dans le soleil couchant

Ainsi qu'une fusée
S'arrache de sa rampe
Poussée par mille feux dantesques
Vers l'orbite d'Allah
La place Jemaa el-fna se prend de vertige
Comme chaque soir quand elle prépare
La folle foire de nuit
Cirque sans chapiteau
Stade aux gradins écrasés par la foule
Débordé par la houle
Déferlant des venelles de la Médina
Comme un estuaire s'emplit du flux
Des ruisseaux de la terre
Une à une les lampes s'allument
Aux échoppes et boutiques
Le monde afflue gravite
S'agglomère se perd
Pour quelle raison chaque soir
Sinon pour le retour au coeur de la ville
Tel le retour au coeur de soi
Pour la moisson qu'il faut engranger
Avant les détours du sommeil
Pour les peurs qu'on recueille
Dans les récits des conteurs berbères
Les passes silencieuses des sorciers du désert
L'effroi désiré quand les serpents se dressent
Sous la mélopée des charmeurs
Les invocations tristes des prières des aveugles
Assis pour mieux entendre
Le bruissement de la vie et les murmures de la mort
Tout un petit peuple s'affaire
Autour des acrobates
Montreurs de singes
Cracheurs de feu
Et plus loin les danseurs noirs
Les Gnaoua vêtus de blanc
Hiératiques seigneurs de la danse
Et la fête continue fantastique
Rebelle à toute forme de liturgie
Les échanges battent leur train
Près des étals aux fortes odeurs d'épices
Les visages sourient ou grimacent
Au-dessus des lithams brillent les yeux des femmes
De l'obscur éclat que leur donne la nuit
Les burnous se mélangent aux djellabas
Les accolades recouvrent les rires
Marrakech frémit de toutes ses fibres
Sur la place Jemaa el-fna
Où chaque soir la fête descend.



Jean Botquin