Les vents.
Il était une fois un vieux magicien qui faisait commerce des vents. On disait que son souffle était si fort qu'il courbait l'échine des arbres. Les vents, il les vendait pour deux fois rien. Aussi, toutes les petites filles du pays que les vents empêchaient de dormir, avaient vidé leurs tirelires pour en acheter. De toutes les sortes, les vents froids du Nord et de l'Est, les vents chauds ou tièdes de l'Ouest ou du Sud.
Les vents ne prennent pas de place, avait dit le magicien. Ils sont vides. On ne les voit pas. Avec un peu de doigté, on pourrait les comprimer dans un dé à coudre. Aussi dit, aussitôt fait. Le ciel se vida de tous les vents et les tirelires de tous les sous. Même l'alizé, dont la course est rapide, disparut dans un dé à coudre.
Silence ! Quel silence ! Plus de ululement des âmes dans les arbres. Les mamans se piquaient les doigts avec leurs aiguilles et le blizard ne couvrait plus de givre les barbes des papas. Les voiles des bateaux pleuraient aux matures tandis que les planches à voiles ne sortaient plus des remises.
La mer était plate et ne se lamentait plus.
Mais, quelques jours plus tard, voilà que les nuages se remirent à se bousculer dans le ciel, au-dessus des campagnes, pressés par un vent inconnu. Non, ce n'était pas le noroît ni le mistral, ni le tramontane ni le marin. C'était le sirocco qui soufflait depuis le désert dans le ciel déserté par tous les autres vents. Et le sirocco furieux poursuivait le vieux magicien qui courait, courait en soufflant toujours plus fort et en criant "pitié, pitié".
"Meurs, meurs marchant d'illusions. Qui sème le vent, récolte la tempête" disait le sirocco.
Depuis lors on raconte - mais peut-on le croire - que les nuits de grands vents, on entend le magicien voleur de l'argent des petites filles gémir depuis les nuages en mélangeant ses larmes de repentir à la pluie du ciel.
Jean Botquin.
samedi 21 novembre 2009
lundi 16 novembre 2009
Un article de Michel Decobu sur les haïkus de la Chambre noire du calligraphe dans Reflets Wallonie Bruxelles La Pensée Wallonne n° 21
L’art du haïku traditionnel suit, en principe, un processus de sublimation (au sens chimique du terme), de réduction à la quintessence, à la nudité absolue du dire. Mise à nu de l’essentiel, pour reprendre les termes de Henri Brunel, spécialiste en la matière. Dans « l’Empire des Signes », Barthes avait déjà mis l’accent avec justesse sur sa légèreté, sa vacuité, son incomparable gratuité : le sillage du signe qui semble avoir été tracé s’efface : rien n’a été acquis, la pierre du mot a été jetée pour rien : ni vagues ni coulée de sens.
Depuis les grands maîtres du passé, le haïku a, bien sûr, évolué. Si la simplicité extrême reste de mise, le contenu s’est fait peu à peu plus intellectuel, plus philosophique. Il n’en demeure pas moins la forme poétique la plus dépouillée qui soit, la plus proche de l’esprit zen : être là, sans plus, sans chercher à développer un point de vue. Voir est suffisant. Voir clair et juste.
Jean Botquin a choisi la forme du haïku comme pari d’écriture et pratique d’ascèse verbale qui force à l’essentiel et la suggestion, ainsi qu’il le confie dans son avant-propos. Le résultat est surprenant : ses tercets sont subtils, mystérieux, parfois énigmatiques. Si quelques-uns s’alignent sur la tradition,
Alors il disait
La tendresse des jasmins
Au goût de poivre.
la plupart sont le résultat d’une réflexion profonde, d’une interrogation inquiète ou d’une observation ironique :
Elle répétait
Son nom avec le sourire
Cruel du matin.
Les amours souvent
Se consument sur les flancs
De volcans éteints.
Serrez vos poings
Sur une graine qui ne
Pourra plus germer.
Maximes fleuries dont les pétales s’étalent sur trois tiges fragiles…On aura compris que le poète a choisi le genre du haïku pour sa grâce familière et son immédiate séduction et qu’il use avec habileté de ses vers rapides et effilés pour créer un effet poétique autour de vérités parfois cruelles ou amères :
Tombent les mots crus
Tels des gouttes d’acide
Sur le temps perdu.
Une barque bercée
Sur l’eau finit par couler
Au fond du ruisseau.
Vaines attentes
Quand les étoiles tombent
Du ciel sur la terre.
Le lecteur fidèle à l’esprit de Bashô sera certes désorienté par la couleur sombre et la complexité de certains vers. Mais à chacun son parcours, son compagnon de route et sa chambre de méditation et de calligraphie !...
Michel Ducobu
Depuis les grands maîtres du passé, le haïku a, bien sûr, évolué. Si la simplicité extrême reste de mise, le contenu s’est fait peu à peu plus intellectuel, plus philosophique. Il n’en demeure pas moins la forme poétique la plus dépouillée qui soit, la plus proche de l’esprit zen : être là, sans plus, sans chercher à développer un point de vue. Voir est suffisant. Voir clair et juste.
Jean Botquin a choisi la forme du haïku comme pari d’écriture et pratique d’ascèse verbale qui force à l’essentiel et la suggestion, ainsi qu’il le confie dans son avant-propos. Le résultat est surprenant : ses tercets sont subtils, mystérieux, parfois énigmatiques. Si quelques-uns s’alignent sur la tradition,
Alors il disait
La tendresse des jasmins
Au goût de poivre.
la plupart sont le résultat d’une réflexion profonde, d’une interrogation inquiète ou d’une observation ironique :
Elle répétait
Son nom avec le sourire
Cruel du matin.
Les amours souvent
Se consument sur les flancs
De volcans éteints.
Serrez vos poings
Sur une graine qui ne
Pourra plus germer.
Maximes fleuries dont les pétales s’étalent sur trois tiges fragiles…On aura compris que le poète a choisi le genre du haïku pour sa grâce familière et son immédiate séduction et qu’il use avec habileté de ses vers rapides et effilés pour créer un effet poétique autour de vérités parfois cruelles ou amères :
Tombent les mots crus
Tels des gouttes d’acide
Sur le temps perdu.
Une barque bercée
Sur l’eau finit par couler
Au fond du ruisseau.
Vaines attentes
Quand les étoiles tombent
Du ciel sur la terre.
Le lecteur fidèle à l’esprit de Bashô sera certes désorienté par la couleur sombre et la complexité de certains vers. Mais à chacun son parcours, son compagnon de route et sa chambre de méditation et de calligraphie !...
Michel Ducobu
jeudi 12 novembre 2009
Quelques haïkus de saison.
Arrière-saison
Quelques ailes humides
sur l'herbe en pleurs
sur l'herbe en pleurs
---------------------
Le soleil rabat
Sa course sur le noyer
Les noix s'écalent
---------------------
La nuit s'engourdit
Les paniers regorgent de fruits
L'âtre crépite
--------------------
Lourde campagne
Sous les mottes de terre
Les nuages courent
---------------------
Les coteaux pâles
Sèment des brumes froides
Aux pieds des vallons
---------------------
Un bruit d'horloge
Réchauffe le temps qui fuit
D'un pas régulier
---------------------
Poème décédé
Au goût de vent cru comme
Une poire verte
---------------------
Un clou chasse
L'autre dans un trou percé
Par un jeu de mots
---------------------
L'écho du poème
Transporte le cri
D'un amour nouveau
Jean Botquin 11 novembre 2009
Libellés :
Au fil des jours,
Inédits et autres édités
mardi 10 novembre 2009
Agenda.
Salon du livre de "Tournai la Page", les 14 et 15 novembre, j'y serai, chaque fois de 15 à 19 heures.
Adresse: Halle aux draps.
Stand ET06, à l'étage, dans la Galerie.
Je dédicacerai "La Chambre Noire du Calligraphe". A cette occasion, je solderai certains de mes livres plus anciens. Profitez en.
Adresse: Halle aux draps.
Stand ET06, à l'étage, dans la Galerie.
Je dédicacerai "La Chambre Noire du Calligraphe". A cette occasion, je solderai certains de mes livres plus anciens. Profitez en.
Quand les feuilles tombent. Douze haïkus de Jean Botquin.
Soir et matin se
Confondent en ballades
D'incertitudes
Quand meurt l'automne
L'hiver accourt sur un lit
De feuilles rousses
La robe rouge
S'accorde au voile blanc
Qui se dénude
Elle ne sent pas
Le givre des caresses
Aux doigts cupides
Rouge aux lèvres
Fondu sur des mamelons
Désir d'un rêve
Léchée par le feu
Priant d'une voix rauque
Le ventre ouvert
Dors sur l'oreiller
Et le tapis de feuilles
Le visage offert
Cheveux dénouées elle
Pousse la langue entre
Ses dents brillantes
Sa chair fragile
Se réveille par quelque
Frisson de la peau
Elle danse en rond
Entre les arbres qui perdent
Leurs feuilles jaunes
Déshabillée elle
Porte un doigt lumineux
Au bout du sein droit
Cueille la perle
Dans l'huître entrouverte
Avec les lèvres
Jean Botquin 10 novembre 2009
Libellés :
Au fil des jours,
Inédits et autres édités
dimanche 8 novembre 2009
Rengaine dégaine. Inédit. Jean Botquin.
Henri et Marien
Henri pauvre Henri
Ta maîtresse est partie
Plus de fil à la patte
Ta bourse
Elle est plate
La bourse
Tu sais bien
Qui ne sert plus à rien
Vidée peu à peu
De tout son gratin
Sucée jusqu'à la moelle
Par la mante carnivore
Mais oui qu'elle disait
Je t'adore je te dévore
Henri pauvre Henri
Ta maîtresse est partie
Elle s'appelait Louise
Lou-Lou mon p'tit loup
D'abord pour Henri
Puis tous les amis
Aujourd'hui partis
Eux aussi
Louise est partie
Retrouver Marien son mari
Requinquée part tes soins
Cajolé par ta bouche
Chatouillée par tes mains
Marien beau Marien
C'est ta Lou-Lou qui revient
Regarde je suis belle
Chaude comme un jour d'été
Fraîche comme un lys
Mince comme un fouet
Juteuse comme une pêche
Vicieuse comme une catin
Marien mon Marien
J'ai joui pour rien
Tous les soirs et matins
Maintenant c'est fini
Henri ne me dit plus rien
Jean Botquin
vendredi 6 novembre 2009
Géométrie du point mort. Inédit. Jean Botquin.
Il l'assoit
En équilibre
Au centre du cercle d'ombre
Dans le périmètre de l'incertain
Il la place
Statue de cire
Aux hémisphères glacés
Aux hémisphères glacés
A l'intersection des méridiens
De leurs pensées
Son rire éclate
En billes d'acier
Et étincelles minérales
Son rire explose
En cascades
Du fond de son gosier
Ricoche sur l'émail
Et le transperce
De ses couteaux
Il la dépose
Robot géométrique
Entre les parallèles
De sa désincarnation
Son rire remplace
Les béances de son regard
Son squelette danse
Sur les charnières
De l'inconscient
Il l'assoit et la place
La déplace et la repose
D'une case à l'autre
Sur l'échiquier
De son rire
Où elle s'expose.
Jean Botquin
mercredi 4 novembre 2009
Les quatre bigotes.. Ritournelle inédite d'un jour très lointain.
Dans un salon de thé
Celui qu'on sirote
Á petites lampées
Papotent quatre bigotes
Au collet monté
Madame Claire de l'Incompétence
La femme de l'huissier
Chante de sa voix aiguë
De l'intelligence la vertu
Entonnant de tout coeur
L'hymne à la joie sereine
D'un Beethoven claironnant
Ses kermesses foraines
Ses yeux volent au secours
De Madame Chaste de la Pudibonderie
Qui écrase sous ses dessous
Entre ses fesses rondes
La moiteur de sa honte
Faisant semblant d'ignorer
Ce qu'il faut cacher
Á la face du monde
Quant à Colombe du Saint Esprit
Cette dame blonde au petit esprit
Elle inspire cela va de soi
Grâce à l'excellence de son quant à soi
La piété revêche des grenouilles
De bénitier du dernier évêché
Tombé en quenouille
Au sein d'une Église du siècle passé
Et parmi ce quatuor
Trône enfin la ténor
Madame Particule de l'Avarice
Qui dispense sans artifices
Quelques conseils et radotages
Datant tous d'un autre âge
Enrobés de salive
Sur la glisse de ses vocalises.
Jean Botquin
Bien entendu toute ressemblance avec des personnes connues est le fruit du hasard et d'une malveillance de mauvais goût de ceux qui l'auraient imaginée.
Celui qu'on sirote
Á petites lampées
Papotent quatre bigotes
Au collet monté
Madame Claire de l'Incompétence
La femme de l'huissier
Chante de sa voix aiguë
De l'intelligence la vertu
Entonnant de tout coeur
L'hymne à la joie sereine
D'un Beethoven claironnant
Ses kermesses foraines
Ses yeux volent au secours
De Madame Chaste de la Pudibonderie
Qui écrase sous ses dessous
Entre ses fesses rondes
La moiteur de sa honte
Faisant semblant d'ignorer
Ce qu'il faut cacher
Á la face du monde
Quant à Colombe du Saint Esprit
Cette dame blonde au petit esprit
Elle inspire cela va de soi
Grâce à l'excellence de son quant à soi
La piété revêche des grenouilles
De bénitier du dernier évêché
Tombé en quenouille
Au sein d'une Église du siècle passé
Et parmi ce quatuor
Trône enfin la ténor
Madame Particule de l'Avarice
Qui dispense sans artifices
Quelques conseils et radotages
Datant tous d'un autre âge
Enrobés de salive
Sur la glisse de ses vocalises.
Jean Botquin
Bien entendu toute ressemblance avec des personnes connues est le fruit du hasard et d'une malveillance de mauvais goût de ceux qui l'auraient imaginée.
lundi 26 octobre 2009
Les haïkus de Saint-Cloud
Les deux abeilles
Ouvrent leur ruche tapie
De paroles d'or
Deux personnes sur
Un banc regardent la rue
Aux yeux fatigués
L'auto vert pomme
Oublie le landeau replié
Sur un long trottoir
Les gens vont vite
Sans se soucier des heures
Qui m'interrogent
Bras nus la mariée
Pont Neuf sous la pluie fine
D'un rire frileux
La manif monte
Callicots verts en tête
Les gens déchantent
Dieu soulage moi
De la surface noire
De la lumière
Le ciel d'automne
Prend quelques couleurs pastels
Du haut des arbres
Le canard jette
Un regard dans la chambre
Où ils s'éveillent
Le héron lève
Son bec pointu au-dessous
De gros nuages blancs
Un autre héron
Tourne son dos d'airain
Aux draps de lin clair
Jean Botquin 26 octobre 2009
Libellés :
Au fil des jours,
Inédits et autres édités
mercredi 21 octobre 2009
A Robert et Jo, mes amis.

Je dédie cette traduction d'un texte émouvant "Vanaf Vandaag" de Rob De Nijs, à toi, Jo, qui a perdu Robert le 29 septembre 2009. Mais non, tu ne l'as pas perdu...comme tu le liras.
A partir d'aujourd'hui.
Aujourd'hui je t'inhume en moi
Pas dans la terre, pas dans cette caisse
Pas près de ces arbres dans la brume du matin,
Tu n'es pas là-bas, tu es en moi, dans mon refuge.
Aujourd'hui je t'inhume en moi
Pas près de cette pierre là dans cette longue rangée
Tous ces vieux noms , tu n'as rien à y faire
Aujourd'hui je t'inhume en moi.
Comme ça je peux te parler et te répondre
Comme ça tu continues à vivre dans ma vie
Oui, prends mes yeux et regarde avec moi
Prends mes pieds et cours avec moi
Maintenant nous allons à la maison, nous deux, ensemble
A partir d'aujourd'hui tu vies en moi.
Aujourd'hui je t'inhume en moi
Je ne te chercherai pas où tu n'es pas
Reste avec nous, ici, où tu connais tout le monde
Je garde ta place à notre table.
Nous allons rire et faire des projets
Je dormirai avec toi et te réveillerai
Viens, prends ma bouche et ris avec moi
Prends mes mains pour nous sentir
Ce que tu voulais encore faire
C'est moi qui le ferez
A partir d'aujourd'hui tu vis en moi.
Enlèves cette croix et toutes ces fleurs blanches
Déchire ce journal où on cite ton nom
Viens, prends mes yeux et regarde avec moi
Prends mon coeur et vis avec moi
Car ta mort maintenant est passée, depuis aujourd'hui tu vis en moi.
Je vivrai deux vies avec toi en moi.
Traduction de Jean Botquin.
A partir d'aujourd'hui.
Aujourd'hui je t'inhume en moi
Pas dans la terre, pas dans cette caisse
Pas près de ces arbres dans la brume du matin,
Tu n'es pas là-bas, tu es en moi, dans mon refuge.
Aujourd'hui je t'inhume en moi
Pas près de cette pierre là dans cette longue rangée
Tous ces vieux noms , tu n'as rien à y faire
Aujourd'hui je t'inhume en moi.
Comme ça je peux te parler et te répondre
Comme ça tu continues à vivre dans ma vie
Oui, prends mes yeux et regarde avec moi
Prends mes pieds et cours avec moi
Maintenant nous allons à la maison, nous deux, ensemble
A partir d'aujourd'hui tu vies en moi.
Aujourd'hui je t'inhume en moi
Je ne te chercherai pas où tu n'es pas
Reste avec nous, ici, où tu connais tout le monde
Je garde ta place à notre table.
Nous allons rire et faire des projets
Je dormirai avec toi et te réveillerai
Viens, prends ma bouche et ris avec moi
Prends mes mains pour nous sentir
Ce que tu voulais encore faire
C'est moi qui le ferez
A partir d'aujourd'hui tu vis en moi.
Enlèves cette croix et toutes ces fleurs blanches
Déchire ce journal où on cite ton nom
Viens, prends mes yeux et regarde avec moi
Prends mon coeur et vis avec moi
Car ta mort maintenant est passée, depuis aujourd'hui tu vis en moi.
Je vivrai deux vies avec toi en moi.
Traduction de Jean Botquin.
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mercredi 14 octobre 2009
Le NON-DIT parle de mes Haïkus sous la plume de Michel JOIRET. N°85 Octobre 2009. P.17
L'esprit clair et informé de Piet Lincken "ramasse" avec une rare intelligence, les cailloux blancs jetés par Jean Botquin sur le chemin des mots. En évoquant l'immobilité silencieuse du haïku, il identifie le genre et met en lumière l'extraordinaire "liberté d'approche" du créateur. Dans la chambre noire du calligraphe, Jean botquin développe des images transversales qui illustrent les déplacements secrets de la pensée, qui paraphent un moment d'existence et qui déterminent le rapport mystérieux entre le créateur et son expressivité. Le haïku n'est pas à la portée d'un seul styliste. Il se met "hors jeu" de lui-même et dénonce outrageusement celui qui le profane distraitement. Reconnaissons à Jean Botquin le bien-fondé d'une posture créatrice dont il maîtrise les exigences implicites. Le poète s'inscrit dans un glissement sémantique permanent:
"Elle dit l'émotion
Qui rapproche la tête
Du coeur sur la main";
"Silence du corps
Inhumé dans l'absence
Orbites creuses",
jouant avec les mots, les affichant parfois pour l'énonciation d'un mystère qui le dépasse:
"Son nom est pareil
Á la datte sucrée de
Leur espérance";
"Pieds sur des phrases
De verre ils marchent niant
Leur fragilité".
Maître d'une métaphore dont l'un des termes développe la suggestion plutôt que l'équilibre formel, Botquin cultive aussi le non-sens et le paradoxe:
"Il sautait raide
Á la corde des pendus
Encore vivants."
Ici, tout est invention, tout est réel, tout est mobile. Le jeu porte autant sur les capteurs que sur l'information sensorielle. En privilégiant "le peu", le poète trouve, presque naturellement, les pièces d'une attitude philosophique cohérente. Jamais anecdotique et cependant légère, l'écriture glisse le long des points topiques de la pensée et retombe pour amorcer une nouvelle séquence. C'est ainsi que se compose une toile dont la pièce manquante ne se pose jamais. Mais en est-il autrement dans l'amorce d'un art de vie ?
Les sculptures de sable ne sont-elles pas avant tout un emprunt à la durée ? De fait, la réalité du haïku convenait parfaitement à l'oeil kaléidoscopique de Jean Botquin. C'est en passant l'habit que le moine est véritablement habité...Le jeu de rôle prend, à cet égard, la pleine mesure du calligraphe qui cogne inlassablement à la vitre de l'instant.
michel joiret
La Chambre Noire du calligraphe,
Jean Botquin,
éditions du Cygne, Paris, 2009.
lundi 12 octobre 2009
Roisin-La rencontre des écrivains du Hainaut.
guitariste compositeur
Conteuse et animatrice d'ateliers d'écriture
Cette rencontre est organisée, chaque année, au mois d'octobre, au Centre provincial d'hébergement et de formation de cadres, à Roisin, par la Direction de la culture de la province du Hainaut.
Ce lieu est dédié à la mémoire d'Emile Verhaeren qui y passa de nombreuses vacances.
C'est pourquoi chaque année nous y déposons une gerbe de fleurs au pied de son buste dressé à la lisière du bois.
C'est pourquoi aussi j'ai eu envie de reproduire un poème de Verhaeren que j'ai choisi dans "Les apparus dans mes chemins".
La disparue
Elle était comme une rose pâlie;
Je la sentais discrète, autour de moi,
Avec des mains de miel, pour ma mélancolie.
Sa jeunesse touchait à ses heures de soir;
Quoique malade, elle était calme et volontaire
Et m'imposait et sa tendresse et son espoir.
Aucune ardeur, qui domptait par secousse;
C'était de la sentir si droite, en son amour,
Qui me tenait dans sa contrainte égale et douce.
Elle peut-être a su lire le texte obscur
De mes rancoeurs et de mes lourds silences
Et, dans ma volupté, tuer le lys impur.
Sainte pour moi et claire et lentement
Comme une étoile, un soir d'ombre légère,
Seule, elle s'en alla fleurir le firmament.
De purs rayons illuminent son coeur,
Depuis qu'en des dortoirs de lune,
Elle est dormante, au clair de son nouveau bonheur.
Elle est morte, sans bruit, tout doucement,
Mais si calme, dans l'humble pose
De l'agonie et de la paix de son moment.
Ses bonnes mains de consolation
-Oiseaux d'espoir- se sont levées
Vers sa lointaine et attirante assomption,
Là-haut, en un jardin si rempli de fleurs d'or
Et si rayonnant d'aube et de calme lumière
Que les ombres des fleurs y sont de l'or encor.
...
Ces quelques strophes, seulement, d'un poème beaucoup plus long nous donnent déjà un goût d'automne et de désespoir doux et nostalgique. Qui n'a pas une disparue, réelle ou fictive, à qui s'adresser quand l'automne survient dans l'or du soleil et des feuilles ?
vendredi 2 octobre 2009
Agenda
Dates à retenir.
-Le 15 octobre à 16 heures, dans le cadre de la Fureur de Lire, à la bibliothèque communale de Binche, présentation et lectures de La gondole de l'Orient Express (notamment).
Réservation souhaitée. Tel 064230601.
-Le 15 octobre à 16 heures, dans le cadre de la Fureur de Lire, à la bibliothèque communale de Binche, présentation et lectures de La gondole de l'Orient Express (notamment).
Réservation souhaitée. Tel 064230601.
-Á la maison des Écrivains, 150 Chaussée de Wavre, le 21 octobre à 18 heures, Piet Lincken présente La chambre Noire du Calligraphe.
-Le 2 décembre, à 17 heures, entretien de Michel Decobu avec Jean Botquin, à propos de la Chambre Noire du Calligraphe. Espace Wallonie-Bruxelles.
-Le 5 décembre, à 16 heures nouvelle présentation de la Chambre noire du Calligraphe par Piet Lincken à la Fleur en papier doré, rue des Alexiens, Bruxelles.
mardi 29 septembre 2009
Un conte de Google Earth
Jean Botquin
Il était une fois. Il était: indicatif imparfait.
Tous les contes commencent comme ça, paraît-il.
À moins que le conte n’utilise, une fois n’est pas coutume, le futur antérieur, ce mode curieux qui appartient à la fois au passé et à l’avenir. Par exemple :
« Un jour ou l’autre, un château aura été édifié au sommet d’une montagne de glace qui surplombe la plaine où vivent, frileusement, l’ homme aux doigts d’or et ses héritiers aux doigts d’argent. »
Bon.
Allumons notre ordinateur.
Cliquons sur Google Earth .
La terre apparaît. Je l’agrandis, infiniment. Je tombe sur le château de la Belle au bois dormant. Il est complètement en ruines, seule la chambre d’apparat de la princesse a résisté aux méfaits de l’indicatif imparfait. Elle dort toujours d’un profond sommeil plusieurs fois centenaire, entourée de ses fées en pleine léthargie. Elle ne s’est pas réveillée, le Prince s’est trompé d’adresse.
Alors, allons dans l’Antarctique Sud, si vous le voulez bien, à la recherche de la montagne de glace et son château d’acier. J’adapte les angles d’approche du zoom sur l’immense étendue blanche qui remplit l’écran de mon ordinateur. Voilà que surgit la station antarctique belge Princesse Elisabeth , une vraie princesse, celle-là, pas une princesse de papier, de mots et de mensonges comme les princesses de Perrault.
Bien, mais ce n’est pas ce que je cherche.
Je continue ma prospection. Peine perdue, mon voyage d’internaute ne me fait plus rien découvrir d’autre qu’une plaine décevante sans château virtuel. Vous me direz que je m’y suis pris trop tôt. Soit, je le concède. Dans les contes au futur antérieur, il faut de la patience, il convient de laisser à la promesse le temps de se réaliser. Car, en effet, le futur antérieur ne peut mieux se comparer qu’à la promesse de quelque histoire qui n’existe pas encore et qu’il faut mériter en lui donnant le temps de naître. Donc, le château, si je ne l’ai pas encore trouvé sur Google Earth, c’est qu’il n’était pas encore édifié au moment où le satellite photographiait l’Antarctique Sud, bien qu’aujourd’hui il le soit peut-être, au milieu de la plaine éblouissante où vivent l’homme aux doigts d’or et ses héritiers aux doigts d’argent.
Je décide donc d’attendre, en toute confiance, les prochaines photos satellites de la prochaine mise à jour de Google Earth .
Combien de temps faudra-t-il patienter encore, me direz-vous, pour que s’édifie le palais d’acier transparent du futur agent 007, dix-septième du titre, surnommé James des glaces dormantes, parce que le sort l’aurait conduit, dès sa prime adolescence, à subir l’hibernation la plus longue de l’histoire de tous les agents secrets britanniques, avant l’accomplissement de l’ultime et unique mission antarctique contre son ennemi redoutable Goldfinger Treize ?
À mon tour de vous demander d’où vous tenez ces informations que, sauf erreur, je n’avais pas encore divulguées alors que je brûlais d’envie de le faire. Bien évidemment, le mode du futur antérieur présente un avantage certain par rapport à celui de l’indicatif imparfait. Le lecteur est donc partie prenante d’un conte en évolution et de promesses constamment renouvelées, alors qu’à l’imparfait plus rien ne bouge.
Tous les jours donc, je clique sur mon favori Google Earth et j’effectue le même voyage dans l’hémisphère Sud, au pôle du même nom, à l’affût de virtualités nouvelles, jusqu’à ce que, enfin, apparaisse le futur devenant présent.
Plus loin, beaucoup plus loin de la station belge Princesse Elisabeth, le blanc étincelant de la plaine est devenu gris. Une crête rocheuse crève la glace. Des fourmis en uniforme s’affairent, de manière impérieuse mais désordonnée, me semble-t-il. On construit quelque chose,sans doute le palais que j’attends et que vous attendez aussi. Le merveilleux s’est introduit dans Google Earth, l’improbable et l’impossible . Ce qui était stationnaire bouge. La photo s’est transformée en film-vidéo. Le satellite travaille en liaison directe et permanente avec mon favori. Extraordinaire, aurais-je dit, si je n’avais banni ce mot de mon vocabulaire, le jour où j’ai décidé de ne plus m’étonner de rien. Nous savons que depuis que l’homme a marché sur la lune, le conte a pris un mauvais coup dans la mâchoire. La fiction est plus réelle que la réalité, les challenges de la science sont dépassés les uns après les autres.
Maintenant, quand je zoome, je vois même à l’intérieur du conte qui s’écrit et les personnages se dessinent clairement sur mon écran. Voilà mes fées, celle de la K.G.B. avec ses fourrures qui la parent bien contre le froid ; celle de la C.I.A., complexée, genre experte Miami au large décolleté, glacée jusqu’à la moelle ; celle des services secrets français, hautaine, habillée comme la parisienne de Knossos ; l’anglaise à la peau blanche couverte de taches de rousseur et les seins retroussés ; une fée en burka, au regard ténébreux, au service des Ayatollah ; la fée des paradis fiscaux, ruisselante de perles fines ; et quelques amazones de moindre importance, pièces de rechange en cas de panne financière.
Laquelle d’entre elles aura provoqué l’entrée du dix-septième 007, à l’âge de quinze ans, dans le processus d’hibernation généralisée du palais d’acier congelé ? Difficile à dire car les fées du futur antérieur respectent rarement leurs allégeances naturelles et passent facilement d’un camp à l’autre selon l’inspiration du moment et leur besoin de séduction. Ne seraient-elles pas toutes, chacune à sa manière et selon les circonstances, à la solde de Goldfinger, grand responsable de la crise financière du désert antarctique ? On ne peut, à ce stade, demander à Google Earth d’aller plus loin dans l’investigation, par exemple des consciences et des motivations, du moins provisoirement. La question reste donc ouverte, l’absence de réponse pouvant, en l’occurrence, être négligée.
Entretemps, de jour en jour, d’heure en heure, le palais virtuel s’agrandit autour de la chambre de James aux glaces dormantes. Je perçois des signes de connivence quasi imperceptible de certaines fées. Il est vrai que mon œil s’est exercé depuis longtemps au décodage numérique des sentiments. Depuis hier, la fée iranienne a ouvert sa burka sur un visage sublime à la bouche pulpeuse, dont le baiser incisif, je le devine, rendra à James la chaleur excitante de sa virilité engourdie. Il pourra enfin partir à la recherche de Goldfinger treize réfugié au dernier étage de la Banque des prêts immobiliers, la B.P.I., derrière une porte blindée de glace inoxydable d’où il manipule les cours de bourse, à coups de pincettes d’opérations à découvert.
Quelques jours plus tard, j’assiste à un combat singulier entre James et Goldfinger. Ce dernier se défend âprement dans sa chambre forte. Sa porte s’est ouverte, malheureusement pour l’homme aux doigts d’or, par un jeu de rayons électroniques de la dernière mise à jour de Windows Vista, à huit heures trente, heure de Greenwich Antarctique Sud, parallèle zéro. Il s’en est suivi un corps à corps effrayant. James est doté de gadgets offensifs et défensifs d’une inventivité incroyablement britannique. Les fourmis militaires sont écrasées par milliers, au point de ne plus former qu’une seule matière gluante impropre à la consommation culinaire. Le sang gicle sur mes lunettes, les cours de bourse s’effondrent , en particulier ceux de l’action privilégiée de la B.P.I., la chaleur des rayons de la mort fait fondre une partie de la calotte glacière, créant une raison supplémentaire à Nicolas Hulot de se plaindre du réchauffement climatique, les résidents belges de la station antarctique plient bagage pour aller prendre le soleil à la plage, tandis que les phoques quittent les falaises pour rejoindre leurs cousins de la baie de Somme.
Quel spectacle extraordinaire aurais-je dit si je n’avais banni le qualificatif extraordinaire de mon vocabulaire.
Bien.
Je nettoie mes lunettes et l’écran plat de mon ordinateur qui dégouline de glace fondue et de sang visqueux afin de pouvoir visionner proprement le baiser langoureux de James 007 des glaces dormantes (qui ferait bien de changer de matricule et de nom) avec la fée de la K.G.B. qui a troqué ses fourrures pour une nuisette en pétrodollars transparents, échancrée profondément sur une poitrine de forme hallucinante.
Vraiment, Google Earth prend de plus en plus de libertés avec la vérité historique, grâce au futur antérieur.
James a pris quelques années de plus, sous l’effet conjugué des regards ensorcelants - haute résolution - des fées qui, depuis l’agonie désinvolte de Goldfinger sur mon écran, ont toutes opté pour le charme irrésistible de James 007, dix-septième du titre, et mouture nettement plus réussie que ses seize prédécesseurs. Par ailleurs, il est ainsi démontré qu’il faut toujours se méfier des personnages féminins dans les contes à dormir debout.
Ouvrant, une fois de plus, mon ordinateur sur le favori de mes favoris, je découvre la fin de ce conte, tiré par les cheveux. Tandis que ma webcam me renvoie une image indéchiffrable, composée de signes numériques de forme parodique.
Cette parodie de conte a été publiée, en tant qu'exemple sur le site www.leaweb.org du Concours international d'écriture pour adolescents. - Atelier de Lecture ASBL Montégnée. Belgique
Il était une fois. Il était: indicatif imparfait.
Tous les contes commencent comme ça, paraît-il.
À moins que le conte n’utilise, une fois n’est pas coutume, le futur antérieur, ce mode curieux qui appartient à la fois au passé et à l’avenir. Par exemple :
« Un jour ou l’autre, un château aura été édifié au sommet d’une montagne de glace qui surplombe la plaine où vivent, frileusement, l’ homme aux doigts d’or et ses héritiers aux doigts d’argent. »
Bon.
Allumons notre ordinateur.
Cliquons sur Google Earth .
La terre apparaît. Je l’agrandis, infiniment. Je tombe sur le château de la Belle au bois dormant. Il est complètement en ruines, seule la chambre d’apparat de la princesse a résisté aux méfaits de l’indicatif imparfait. Elle dort toujours d’un profond sommeil plusieurs fois centenaire, entourée de ses fées en pleine léthargie. Elle ne s’est pas réveillée, le Prince s’est trompé d’adresse.
Alors, allons dans l’Antarctique Sud, si vous le voulez bien, à la recherche de la montagne de glace et son château d’acier. J’adapte les angles d’approche du zoom sur l’immense étendue blanche qui remplit l’écran de mon ordinateur. Voilà que surgit la station antarctique belge Princesse Elisabeth , une vraie princesse, celle-là, pas une princesse de papier, de mots et de mensonges comme les princesses de Perrault.
Bien, mais ce n’est pas ce que je cherche.
Je continue ma prospection. Peine perdue, mon voyage d’internaute ne me fait plus rien découvrir d’autre qu’une plaine décevante sans château virtuel. Vous me direz que je m’y suis pris trop tôt. Soit, je le concède. Dans les contes au futur antérieur, il faut de la patience, il convient de laisser à la promesse le temps de se réaliser. Car, en effet, le futur antérieur ne peut mieux se comparer qu’à la promesse de quelque histoire qui n’existe pas encore et qu’il faut mériter en lui donnant le temps de naître. Donc, le château, si je ne l’ai pas encore trouvé sur Google Earth, c’est qu’il n’était pas encore édifié au moment où le satellite photographiait l’Antarctique Sud, bien qu’aujourd’hui il le soit peut-être, au milieu de la plaine éblouissante où vivent l’homme aux doigts d’or et ses héritiers aux doigts d’argent.
Je décide donc d’attendre, en toute confiance, les prochaines photos satellites de la prochaine mise à jour de Google Earth .
Combien de temps faudra-t-il patienter encore, me direz-vous, pour que s’édifie le palais d’acier transparent du futur agent 007, dix-septième du titre, surnommé James des glaces dormantes, parce que le sort l’aurait conduit, dès sa prime adolescence, à subir l’hibernation la plus longue de l’histoire de tous les agents secrets britanniques, avant l’accomplissement de l’ultime et unique mission antarctique contre son ennemi redoutable Goldfinger Treize ?
À mon tour de vous demander d’où vous tenez ces informations que, sauf erreur, je n’avais pas encore divulguées alors que je brûlais d’envie de le faire. Bien évidemment, le mode du futur antérieur présente un avantage certain par rapport à celui de l’indicatif imparfait. Le lecteur est donc partie prenante d’un conte en évolution et de promesses constamment renouvelées, alors qu’à l’imparfait plus rien ne bouge.
Tous les jours donc, je clique sur mon favori Google Earth et j’effectue le même voyage dans l’hémisphère Sud, au pôle du même nom, à l’affût de virtualités nouvelles, jusqu’à ce que, enfin, apparaisse le futur devenant présent.
Plus loin, beaucoup plus loin de la station belge Princesse Elisabeth, le blanc étincelant de la plaine est devenu gris. Une crête rocheuse crève la glace. Des fourmis en uniforme s’affairent, de manière impérieuse mais désordonnée, me semble-t-il. On construit quelque chose,sans doute le palais que j’attends et que vous attendez aussi. Le merveilleux s’est introduit dans Google Earth, l’improbable et l’impossible . Ce qui était stationnaire bouge. La photo s’est transformée en film-vidéo. Le satellite travaille en liaison directe et permanente avec mon favori. Extraordinaire, aurais-je dit, si je n’avais banni ce mot de mon vocabulaire, le jour où j’ai décidé de ne plus m’étonner de rien. Nous savons que depuis que l’homme a marché sur la lune, le conte a pris un mauvais coup dans la mâchoire. La fiction est plus réelle que la réalité, les challenges de la science sont dépassés les uns après les autres.
Maintenant, quand je zoome, je vois même à l’intérieur du conte qui s’écrit et les personnages se dessinent clairement sur mon écran. Voilà mes fées, celle de la K.G.B. avec ses fourrures qui la parent bien contre le froid ; celle de la C.I.A., complexée, genre experte Miami au large décolleté, glacée jusqu’à la moelle ; celle des services secrets français, hautaine, habillée comme la parisienne de Knossos ; l’anglaise à la peau blanche couverte de taches de rousseur et les seins retroussés ; une fée en burka, au regard ténébreux, au service des Ayatollah ; la fée des paradis fiscaux, ruisselante de perles fines ; et quelques amazones de moindre importance, pièces de rechange en cas de panne financière.
Laquelle d’entre elles aura provoqué l’entrée du dix-septième 007, à l’âge de quinze ans, dans le processus d’hibernation généralisée du palais d’acier congelé ? Difficile à dire car les fées du futur antérieur respectent rarement leurs allégeances naturelles et passent facilement d’un camp à l’autre selon l’inspiration du moment et leur besoin de séduction. Ne seraient-elles pas toutes, chacune à sa manière et selon les circonstances, à la solde de Goldfinger, grand responsable de la crise financière du désert antarctique ? On ne peut, à ce stade, demander à Google Earth d’aller plus loin dans l’investigation, par exemple des consciences et des motivations, du moins provisoirement. La question reste donc ouverte, l’absence de réponse pouvant, en l’occurrence, être négligée.
Entretemps, de jour en jour, d’heure en heure, le palais virtuel s’agrandit autour de la chambre de James aux glaces dormantes. Je perçois des signes de connivence quasi imperceptible de certaines fées. Il est vrai que mon œil s’est exercé depuis longtemps au décodage numérique des sentiments. Depuis hier, la fée iranienne a ouvert sa burka sur un visage sublime à la bouche pulpeuse, dont le baiser incisif, je le devine, rendra à James la chaleur excitante de sa virilité engourdie. Il pourra enfin partir à la recherche de Goldfinger treize réfugié au dernier étage de la Banque des prêts immobiliers, la B.P.I., derrière une porte blindée de glace inoxydable d’où il manipule les cours de bourse, à coups de pincettes d’opérations à découvert.
Quelques jours plus tard, j’assiste à un combat singulier entre James et Goldfinger. Ce dernier se défend âprement dans sa chambre forte. Sa porte s’est ouverte, malheureusement pour l’homme aux doigts d’or, par un jeu de rayons électroniques de la dernière mise à jour de Windows Vista, à huit heures trente, heure de Greenwich Antarctique Sud, parallèle zéro. Il s’en est suivi un corps à corps effrayant. James est doté de gadgets offensifs et défensifs d’une inventivité incroyablement britannique. Les fourmis militaires sont écrasées par milliers, au point de ne plus former qu’une seule matière gluante impropre à la consommation culinaire. Le sang gicle sur mes lunettes, les cours de bourse s’effondrent , en particulier ceux de l’action privilégiée de la B.P.I., la chaleur des rayons de la mort fait fondre une partie de la calotte glacière, créant une raison supplémentaire à Nicolas Hulot de se plaindre du réchauffement climatique, les résidents belges de la station antarctique plient bagage pour aller prendre le soleil à la plage, tandis que les phoques quittent les falaises pour rejoindre leurs cousins de la baie de Somme.
Quel spectacle extraordinaire aurais-je dit si je n’avais banni le qualificatif extraordinaire de mon vocabulaire.
Bien.
Je nettoie mes lunettes et l’écran plat de mon ordinateur qui dégouline de glace fondue et de sang visqueux afin de pouvoir visionner proprement le baiser langoureux de James 007 des glaces dormantes (qui ferait bien de changer de matricule et de nom) avec la fée de la K.G.B. qui a troqué ses fourrures pour une nuisette en pétrodollars transparents, échancrée profondément sur une poitrine de forme hallucinante.
Vraiment, Google Earth prend de plus en plus de libertés avec la vérité historique, grâce au futur antérieur.
James a pris quelques années de plus, sous l’effet conjugué des regards ensorcelants - haute résolution - des fées qui, depuis l’agonie désinvolte de Goldfinger sur mon écran, ont toutes opté pour le charme irrésistible de James 007, dix-septième du titre, et mouture nettement plus réussie que ses seize prédécesseurs. Par ailleurs, il est ainsi démontré qu’il faut toujours se méfier des personnages féminins dans les contes à dormir debout.
Ouvrant, une fois de plus, mon ordinateur sur le favori de mes favoris, je découvre la fin de ce conte, tiré par les cheveux. Tandis que ma webcam me renvoie une image indéchiffrable, composée de signes numériques de forme parodique.
Cette parodie de conte a été publiée, en tant qu'exemple sur le site www.leaweb.org du Concours international d'écriture pour adolescents. - Atelier de Lecture ASBL Montégnée. Belgique
jeudi 3 septembre 2009
Emile Kesteman Vice-Président de l'A.E.B. dans NOS LETTRES août-septembre sur La Chambre noire du calligraphe.
"Jean Botquin est un esthète. Pour ce faire, il adore sortir de son coquillage. Il y a une différence très nette entre les premiers haïkus et ceux de la seconde manière. Piet Lincken, qui a rédigé un avant-propos, précise bien les choses.
Les nuances sont subtiles entre ce qui est aphone et coloré. En tous ces textes, l'âme vibre imperceptiblement. Le mot est présenté dans son expressivité provisoire et découvre sa finalité dans sa propre floraison. Parfois le lecteur a l'impression que le désordre se décompose et mène à l'ordre. Cet ordre est plus souvent nouvelle harmonie Et parfois on pressent l'esprit des haïkus de la seconde partie quand la vie cherche la trace de la mort. Il y a dans cette seconde partie plus d'âpreté. Mais Jean Botquin ne quitte jamais ce monde de coquillages et de leurs contournures orientales!"
Les nuances sont subtiles entre ce qui est aphone et coloré. En tous ces textes, l'âme vibre imperceptiblement. Le mot est présenté dans son expressivité provisoire et découvre sa finalité dans sa propre floraison. Parfois le lecteur a l'impression que le désordre se décompose et mène à l'ordre. Cet ordre est plus souvent nouvelle harmonie Et parfois on pressent l'esprit des haïkus de la seconde partie quand la vie cherche la trace de la mort. Il y a dans cette seconde partie plus d'âpreté. Mais Jean Botquin ne quitte jamais ce monde de coquillages et de leurs contournures orientales!"
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