
Il y a dix ans, Malika Madi publiait son premier roman qui obtint le prix de la Communauté Française pour la première oeuvre, "Nuits d'encre pour Farah". Depuis, d'autres écrits, nouvelles, essais, roman etc., ont suivi avant "Chamsa, fille du soleil", paru chez Les Éditions du Cygne, à Paris, début 2010, roman quasi antinomique du premier.
J'ai eu le plaisir de présenter ce nouveau roman avec Joseph Bodson, à l'AREW, le mercredi 12 mai, en compagnie de l'auteure.
Le premier roman se termine sur un échec. Á 17 ans Farah qui ambitionnait une carrière
d'enseignante littéraire se voit bloquée
par ses parents immigrés algériens
dans la poursuite de ses études, et se
retrouve très rapidement mariée,
comme il se doit pour toute bonne fille,
à un kabyle qu'elle n'a pas choisi. Le
sort lui est funeste car elle se révèle
aussi incapable d'avoir des enfants.
Après quelques années de vie conjugale
en Algérie, elle retourne en Belgique où
elle est née, dans l'espoir de trouver
une solution médicale à son problème
de stérilité. L'auteure nous laisse dans
l'ignorance de la suite mais le titre
du roman laisse supposer, hélas, que
les nuits d'encre de Farah se pour-
suivront longtemps encore.

Trois ans après ce premier roman, Malika aborde le thème de la violence (viol collectif) dans " Les Silences de Médéa", livre en voie d'adaptation cinématographique.
Après la nuit, la lumière donne naissance à une femme solaire qui construira sa vie de manière autonome et évitera ainsi toutes les embûches familiales et sociales, dont Farah n'avait pu se jouer. Pour que Chamsa
réussisse son entreprise de vie,
l'auteure la fait évoluer dans l'espace

d'un conte (oriental) et renoue ainsi avec d'anciennes traditions arabes (Contes des mille et une nuits). La tante de Chamsa (comme une bonne fée) lui trace le chemin qui lui permettra de se libérer de sa mère. Elle commence par se marier avec un garçon de son village, Khaled, à qui elle ne promet qu'une fidélité de six mois bien qu'elle l'aimera cependant au moins pendant vingt ans. D'autres amant(e)s ou maris suivront, chaque fois, pour des périodes limitées dans le temps.
Parallèlement à cet apprentissage de l'amour et de la séduction, Chamsa se développe intellectuellement, ce qui lui permettra d'entreprendre l'écriture
d'un livre important capable de
redresser les fausses idées, existant tant
en Occident qu'en Orient, sur l'érotisme.

Si dans le premier roman, le rêve meurt à 17 ans, ici, il commence seulement à cet âge. Le mariage n'est pas un obstacle, s'il constitue un choix relatif et s'il suppose une liberté de création qui n'est pas que celle de la reproduction de l'espèce humaine. Chamsa choisit de ne pas faire d'enfants alors que Farah était incapable d'en avoir.
Cette nouvelle oeuvre est donc optimiste. Elle contient mains passages d'un érotisme poétique surprenant auquel Malika Madi ne nous avait pas habitué, sauf à travers la très belle nouvelle publiée récemment dans un recueil collectif, chez Luce Wilquin, "Des nouvelles de Mons".
Voilà deux très belles lectures à conseiller vivement.
Jean Botquin.