mercredi 4 août 2010

La saison des fruits






















"N'oublie pas d'embrasser les citrouilles, disait mon grand-père, quand tu iras les saluer dans le potager: ce sont les plus grands fruits de la terre dont on fait des carrosses d'or, d'un coup de baguette." Ma grand-mère disait à son tour:" C'est aux fruits que l'on distingue l'arbre. Celui qui n'en porte pas n'a pas de nom. On le regarde sans le reconnaître."



La nature est compliquée. Je n'ai pas vu le citrouillier.



Plus tard j'ai vu des pommiers sans pommes, des poiriers sans poires, des pauvres noyers sans noix et des cerisiers sans cerises. Ces erreurs-là, ce sont les jardiniers qui les réparent. Ils greffent, font des boutures et des carrosses d'or. Et alors tout va bien. On peut astiquer les bassines à confiture. Il paraît que le jardinier donne aux fleurs l'envie de prendre du ventre et de s'arrondir. Pour que la fleur grossisse bien, on doit lui enlever la gelée blanche qu'on trouve parfois au printemps dans les prairies quand il fait encore froid.



Mon grand-père m'a dit que certains fruitiers se passent de jardiniers: ils s'arrangent entre eux sans rien demander.. Dans son jardin, il y a un arbre à kiwis. Il ne portait pas de fruits. Un jour, il s'est mis à enlacer un vieux pêcher squelettique qui se mourrait à côté de lui. Voulait-il l'étouffer de ses longs doigts sinueux ? Non, non, grand-père a dit qu'il voulait simplement l'aimer pour le faire revivre. En un seul été l'arbre a tissé un grand dôme de feuilles duveteuses au-dessus du pêcher. En dessous, les pêches sont revenues, blanches et juteuses comme jadis, encore un peu étourdies de leur long sommeil. Et en même temps, vous ne le croirez pas, il y a eu des clochettes qui ont pris très vite la forme de kiwis aux couleurs de militaires camouflés sous les branches pour qu'ils aient le temps de grandir.




Des fruits, il y en a des toutes les sortes. Je les préfère accrochés aux arbres quand ils commencent à prendre du soleil que dans les corbeilles du marchant de fruits italien. J'aime bien les confitures, mais pas celle des citrouilles dont on fait des carrosses.


Jean Botquin. Texte extrait de "Jardins en Pays de Liège"

5 commentaires:

Kraxpelax a dit…

Sur le pont d'Avignon. Le coup frappa l'enfant à la machoire. Il resta debout. Sourirant. Le tireur: rien. Le fusil: aucun. Et il y avait cette aube et ce soir pleins d'expectations les plus brillantes.

S'il vous plait...

Poétudes

- Peter Ingestad, Sverige

jean.botquin a dit…

Merci Peter qui vient du Nord...

Pascal a dit…

"Des fruits, il y en a des toutes les sortes. Je les préfère accrochés aux arbres quand ils commencent à prendre du soleil que dans les corbeilles du marchant de fruits italien."

"Le marchand de fruits italien, n'était autre que mon père, les fruits il les écoutait chanter le soleil..."

"Les fruits, c'étaient un peu ses enfants, car avant d'être marchand, il avait été le paysan qui parlait aux fruits de la terre..."

"Il savait toutes leurs saveurs, toutes leurs couleurs, il les caressait, et les fruits chantaient..."

"Mon père était un marchand de fruits, italien, son étal était unique, parfumé au basilic et à l'origan..."

"Jamais je n'oublierai les marchés de mon enfance..."

Pasquale

jean.botquin a dit…

Bravo,ça me touche beaucoup

Pascal a dit…

Sous le citronnier, mes rêves d'un père de cœur, m'avaient ébloui l'âme... Tant que j'avais oublié ses airs de pater familias, qu'il n'avait jamais perdu...

Le limoncello, d'habitude sucré et tellement doux, était devenu âcre et in odorant, il y avait mis trop d'écorces et trop peu de sucre...

Sous le citronnier, pourtant tellement coloré, je regoutais à ces mensonges,à ces mains qu'il n'oserait plus lever sur moi, mais que son cœur rustre laissait encore sentir en ma chair...

Pasquale

"Morale : il y a toujours deux faces à une pièce de monnaie, celle que l'on voit, et celle que l'on ne voit pas et que l'on devine..."