mardi 19 janvier 2010

Haïti janvier 2010



Photo choc dans la Libre Belgique.
DIEU ET LA VIE EN ROSE
Et
Dieu dit que c'était bon
que le monde
soit monde
Il était content
sans trop savoir pourquoi
Dieu le Père
de tous les enfants du monde
+
Du haut de son nuage
ne croyait-Il pas
tout ce qu'Il proclamait
infaillible
à l'image de son image ?
+
Mais
dans sa béatitude
avait-il vu
le monde comme ça ?
Un beau gâteau mal partagé
sept parts de liquide
pour trois parts de solide
tant d'eau non potable
pour si peu de terre arable ?
+
Faut pas se formaliser
ça s'arrangera
ça finira bien
par s'équilibrer
+
Pas sûr dit Satan
qui s'amusait
le cul à l'air sur des braises
comme un fakir
Pas sûr du tout
+
Car en effet
à peine créé
le monde solide
se mit à trembler
et
le liquide à déborder
comme une bouilloire à tsunamis
oui mon ami
+
Fissures
craquelures
boursouflures
du primaire au quaternaire
tout se plissait se déplissait à toute allure
la nature se dénature
+
Dieu dit avec tristesse
l'impertinence des astres
me coûte la peau des fesses
Qu'avais-je besoin de faire le monde ?
+
Quand on se mêle de procréer
on est vite dépassé
l'auteur voit s'éloigner
l'acteur qu'il engendra
et patati et patata
+
Les créations toujours nous échappent
La peinture déborde du cadre
le cadre déborde du mur
et
le mur déborde de partout
Faut toujours tout recommencer
T'as pigé ?
+
Quand la terre est stable
elle se met à trembler
c'est la nature qui veut ça
+
Dieu le Père ne pigeait pas
mais prenait patience
en comptant Ses béatitudes
sur ses dix doigts
+
Oui
+
la créature n'est guère reconnaissante
l'Esprit
qui souriait au Fils
disait au Père
mais si
Tu ne t'es pas trompé
C'est bon que le monde soit monde
Regarde comme la terre est ronde
C'est mieux qu'une planète carrée
+
Effectivement
la terre est ronde
d'un bleu lumineux dans ses nuages
La roue tourne
le véhicule avance
cahin-caha
Quand la machine s'ébranle
on passe vite du dinosaure à la baleine
du cachalot au ver de terre
du lombric au cromagnon
Pas besoin de précipiter le mouvement
ni la cadence
c'est effarant
ça marche tout seul
pensait Dieu qui s'étonnait
+
Et si on recommençait
après le brouillon
le net
Trois parts de liquide
pour sept de solide
+
NON
+
Moitié moitié
ça paraît mieux pensait Dieu
dans sa justice infinie enfin prévoyante
Plus facile pour résoudre le problème de la faim
sans créer celui de la soif
plus de place pour les jaunes
qui se multiplient
comme grains de sable sur l'estran
+
Autant pour moi
dit Dieu
ça m'apprendra à donner le goût des paraboles
à ma progéniture
+
Le péril jaune
on verra plus tard
dit Dieu
dont la blancheur faisait peur
aux noirs
Ne mélangeons pas trop les couleurs
l'arc-en-ciel
viendra
après le déluge
+
Adam
blanc comme plâtre au soleil
Eve
rose comme l'intérieur de l'orchidée
le serpent émeraude
la pomme rubis
ça suffit pour aujourd'hui
Allez ranger vos crayons
à colorier
+
Mais alors sans couleurs
qui va peindre
les jaunes les noirs et les bronzés
les café-au-lait les métissés
les cochons roses
les aigles rouges
les lapino-décolorés ?
+
Dieu était blanc et daltonien
Il créa l'homme à son image
Ceci explique cela.
De toute façon dans son miroir
Il n'avait trouvé que ça
ni plus ni moins
rien d'autre qu'un visage pâle
+
Mais c'est pas fini
Je vous le dis
Le doigt dans l'engrenage
le bras y passa tout entier
C'est ainsi
qu'Il créa la femme
en allant jusqu'au bout
du dérisoire
+
En périssoire
Je vous le dis
la femme ira jusqu'à lundi
et même au-delà du vendredi
dans les entrailles de la passion
+
C'était foutu pour la saison
Dieu a beau dire
enamouré
ravi
de l'avoir faite si belle
la raison irait se perdre
très loin dans les limbes
de la déraison
+
C'est alors que Dieu eut besoin
de se justifier
Il dit
Je suis le Grand Patron
Je ne m'occupe pas du détail
à moi les grands principes
les grands projets les grandes lignes
l'alpha et l'oméga
Ma responsabilité s'arrête là
+
Dieu inventa les nouvelles théories
+
Je dirige
Je délègue
Je laisse faire
Je sème le grain
Tant pis pour l'ivraie
+
Je décide
Je fais le temps
Pas la pluie et le beau temps
+
Le monde va ou il veut
il n'est pas sur des rails
il s'assume
il se prend en charge
il se rend responsable
il est libre
+
Moi dit Dieu
Je le crée
tant pis s'il se fout en l'air
+
C'est ainsi que Dieu reprit confiance en Lui
+
Il regardait
les hommes qui bougeaient
ou ne bougeaient plus
écrasés sous des décombres
les hommes dans les hôpitaux
qui mourraient de faim ou du sida
des hommes qui s'entretuaient
pour une croûte de pain ou une croûte de rien
+
De longues files de fourmis transhumantes
pogroms
exodes
exterminations
sanglantes
épurations ethniques
assassinats politiques
terrorisme religieux
ou déiste
+
Des hommes qui se boutaient dehors
se boutaient dedans
se balkanisaient
se voilaient la face
pour mieux tuer
en Son nom Divin
+
Le sang coulait
et abreuvait les déserts
de sable et de pierres
+
Et Dieu qui regardait là-dessous
et là-dedans
répétait inlassablement
que c'était bon que le monde soit monde
+
Je suis content
ça finira par s'arranger
Il faut une loi
la loi de la jungle
l'autorégularisation
la suppression des faibles
des superflus
des incompétents
la haine raciale
l'équilibre des forces vives
la loi de la nature
le règne de Mes vicaires
sur terre
+
A nouveau
Dieu se regarda dans son miroir
D'où vient que J'ai tant changé
Je ne me reconnais plus
J'étais pourtant bon sans mesure
mais je ne comprends rien aux fractions
les tiers et les quarts
ces morceaux de mondes à part
dont l'Esprit me parle
le soir
en voyant s'envoler
la colombe
Jean Botquin

4 commentaires:

Pascal a dit…

Haïti, janvier 2010,

Dieu, est immensément bon, capable d'amour, de trait d'union entre les hommes de la Terre...

Mais alors pourquoi les guerres, la famine, les tremblements de terre, les tsunamis, le sida, les éruptions volcaniques et autres misères...

Le monde est sans cesse à refaire, Dieu semble être débordé, ses vieilles chimères ont changé...

Voilà où nous mène la mondialisation, le monde est devenu un village, et nous croulons sous les mauvaises nouvelles...

Certes, nous devons nous y faire, Dieu n'a-t-il pas toujours été le même ?

Nous pouvons et nous devons nous sauver nous-mêmes... Car c'est en cela que nous toucherons à l'esprit de Dieu...

L'humanité a besoin de l'homme, celui qui tend la main à l'autre homme sans le juger, sans le mépriser, sans essayer de le maîtriser...

Les femmes ont autant leur place sur la terre, dans le monde misogyne des hommes que nous mêmes...

Elles sont nos mères, nos compagnes, nos amours...

Pourquoi Dieu laisse le monde tourner ainsi ? Nous ne le saurons jamais...

Pourquoi nous a-t-il donné des hommes comme Mozart, Beethoven, Monet, Renoir, JF Kennedy, Churchill, Verlaine, Rimbaud, Einstein, Christophe Colomb, Molière, B. Clinton, De Gaulle, notre roi Baudouin et des femmes comme Jeanne d'Arc, Soeur Emmanuelle, Simone Veil, Arlette Laguiller, Anne Franck, Mme Curie et j'en oublie...

Dieu n'explique plus tout, et les religions sont faites par les hommes...

La terre, notre terre vibre, et elle le fait depuis longtemps, Pompéi en est un exemple...

Apprenons à la respecter, et à nous respecter, car c'est là que nous pourrons toucher à une poussière d'éternité...

Pasquale

jean.botquin a dit…

merci Pasquale

le baladin a dit…

belle évocation poètique et critique sur les êtres qui font mourir notre terre !!!! la nature est stable si l'homme ne la détruit pas au fur et à mesure de ces ébats négatifs elle veut nous faire comprendre par ses messages pas toujours heureux c'est vrai on le voit aujourd'hui simplement pour nous dire attention vous allez vous détruire vous même revenez à vos réelles bases de la vie !!! amitiés phil

jean.botquin a dit…

Merci Phil, j'apprécie les réactions divergentes. Je pense à" aide toi, Dieu t'aidera".La catastrophe de Haiti n'aurait pas été ce qu'elle a été, si les hommes avaient géré ce pays avec sagesse et intelligence. tous ceux qui, les uns après les autres, ont fait de ce pays un épicentre du malheur.