mardi 31 août 2010

Lissewege et Ter Doest











Dans l'ombre de l'église de Lissewege se blottissent les maisonnettes fleuries, tel un béguinage où les toits se penchent et s'épaulent, où les murs s'entraident. Un béguinage ouvert sur des près bordés de saules têtards, gnomes trapus et bizarres qui se donnent la main par les racines.
Et le soir leurs danses simiesques s'enveloppent de brumes qui très vite recouvrent les prairies humides, brumes montant des canaux, ruisseaux, petits étangs coassant et immobiles.

Des façades pimpantes, blanches, minaudent sous leurs toits rouges. Et au-dessus, la tour massive, donjon menaçant dans son armure, escalade le ciel d'une envolée qui brusquement s'arrête comme si le ciel était trop bas pour encore accueillir la flèche d'un clocher. Dans le sillage de cette figure de proue, dorée comme le sable des dunes flamandes, s'allonge la nef gothique, chant d'orgue polyphonique balancé de baies et d'ogives.

Le vaisseau venant de la mer du nord n'a pas terminé son voyage. S'est-il perdu au milieu du béguinage ou les maisons sont-elles restées accrochées à sa coque ainsi que des coquillages ?















L'abbaye de Ter Doest n'est plus. Seul vestige millénaire, une grange survit comme un vaisseau échoué dans le plat pays, entre Lissewege et Bruges. Je me suis approché humblement pour baiser la brique patinée, la brique de sable piquée de cendre, la brique macérée par des siècles d'histoire. Des lèvres, j'ai goûté la forme des mains qui les ont façonnées, il y a bien longtemps, à l'époque où les granges s'inspiraient des cathédrales pour se dresser au milieu des champs. La grange de Ter Doest porte sur la forêt de ses poutres sa voûte de tuiles qui la préserve des vents de la mer, son toit immense retombant vers la terre comme les pans d'une cape dont on se couvrait jadis les soirs d'hiver. A l'intérieur règne un silence grégorien, entrecoupé de roucoulements, de brefs coups d'ailes claquant dans la pénombre où s'infiltrent entre les tuiles des étincelles de clarté. Les colonnes de chêne se dressent supportant la charpente dont on imagine les craquements sinistres, les nuits de grand vent, comme ceux d'un voilier perdu qui virerait de bord constamment.


Jean Botquin

mardi 24 août 2010

Rencontre avec Willy Grimmonprez auteur de polars et ancien conducteur de bus..





Ci-contre: Londres et ses bus.










Rencontre avec Willy Grimmonprez, auteur de polars.

Willy est un ancien chauffeur de bus du Tec de La Louvière, né en 1946, et prépensionné en 2001. Il est en pleine forme, joue de la guitare, sillonne la région à vélo, s’occupe de ses cinq petits enfants, prépare un nouveau roman pour la fin de l’année, une espèce de psycho-polar.
Né dans un milieu ouvrier, rien ne le destinait à une carrière littéraire, sinon peut-être les histoires que lui racontait son père quand il était petit. Son père était un conteur, Willy le deviendra à son tour, avec ses enfants, puis avec nous.

Peut-on dire qu’une des histoires du père « L’affaire Verdier » est à l’origine de la carrière littéraire de Willy ?
Après la mort de son père, Willy trouve une ébauche, une vingtaine de pages, de l’histoire qu’il avait entendue si souvent dans la bouche de son papa. Un texte encore impubliable, à réécrire totalement. Et c’est ce que Willy va faire, en hommage à son père qui aurait bien voulu être écrivain. Car, dans cette famille, on rêve et on n’a pas peur des mots. Bien entendu, ce n’est pas une sinécure. Il recommencera ce texte plusieurs fois. L’arrangera, s’inspirera du métier de son père, garde de nuit dans une usine, et lui attribuera le rôle de meurtrier d’un médecin, responsable de la mort de sa mère, et que le garde de nuit voudra venger. Un vrai petit polar, avec une intrigue digne de Simenon. La nouvelle reçevra le titre de « Meurtre contre la montre ».

12 ans s’étaient passés depuis la mort du père de Willy pour que la nouvelle voit le jour. C’était en 1994, l’année suivant plusieurs évènements qui ouvrirent, si l’on peut s’exprimer ainsi, les portes de la carrière littéraire de Willy, le chauffeur de bus du Tec de La Louvière. Un peu de suspense, on en reparlera.

« Meurtre contre la montre », dans le recueil éponyme, est accompagné de 4 autres nouvelles.

En humanités , on apprend à écrire des récits, en écrivant des rédactions. C’est aussi fréquemment le travail des ateliers d’écriture qui pousse les apprentis écrivains à participer à des concours de nouvelles.
La véritable nouvelle est un art difficile, on en minimise la difficulté. Le résultat de cette écriture n’est souvent qu’un récit court mal fagoté, sans intrigue, sans suspense, sans chute. On y parle de soi et de ses états d’âme. Pour les dédouaner gentillement, certains parlent de nouvelle nouvelle.

Je pense que Willy Grimmonprez a le sens de la nouvelle, la véritable. Ses nouvelles sont abouties. Où a-t-il appris cela ?

En 1993, un an avant la publication de « Meurtre contre la montre », il obtient le prix de la nouvelle de l’étrange de la communauté Française, avec « La traque », qui paraîtra une première fois dans la Libre Belgique, et plus tard dans son second recueil de nouvelles, en 2001, « Sunny Girl », à côté de « L’œil de la voisine », qui deviendra un roman sous le titre de « Pernicieusement vôtre ». « La Traque » a été également remarquée à un concours de nouvelles policières de la RTBF. Cerise sur le gâteau, ce texte a fait l’objet d’un petit film d’amateurs, récompensé par la ministre Onkelinx, responsable à l’époque de l’audio-visuel.
Bon, pas mal quand même pour un autodidacte chauffeur de bus !

Sauf erreur de ma part, il me semble que le bus a été avant tout le véhicule de son succès et de sa renommée, sa librairie ambulante, plutôt que sa source d’inspiration. Bien qu’il ne soit pas impossible, j’imagine, que certains visages habitués de son bus aient pu le hanter au point de lui suggérer certains de ses personnages.

Posons- nous la question : est-il plus facile de devenir chauffeur de bus quand on a l’âme d’un écrivain que d’apprendre à écrire des romans quand on est chauffeur de bus ?
Ce qui est clair, on est chauffeur de bus pour gagner sa vie, et si, en plus, on y trouve une inspiration d’écrivain ou un public de lecteurs, tant mieux. On connaît quelques exemples où les deux métiers se sont combinés.

Nicolas Defay, 33 ans, poète, il conduit des bus au Puy. Il vient de publier un recueil de nouvelles « Un tricot de maux ». Maux comme le pluriel de mal. Des nouvelles assez noires. Il prétend que ses passagers l’inspirent et que son métier à un côté profondément sociologique. Tous ceux qui montent et qui descendent du bus portent sur eux les marques de leur famille, de leur classe sociale, de leur vie. Les transports publics convoient une partie d’humanité. Ce sont des lieux d’expression, de tristesse, de joie, de rencontre, parfois de violence – la violence de la jeunesse- ; des lieux où se développent des histoires d’amour impromptues.
Un microcosme de notre société malade, hélas aussi. Cependant tout le monde n’est pas capable d’observer cet univers pour s’en inspirer. Il faut un don.

Á Lausanne un roumain, diplômé ingénieur forestier, ne trouve pas à valoriser ses études et devient conducteur de bus. Il se met à écrire. Il s’appelle Marius Popescu. Il obtient le Prix Walser avec son livre « La symphonie du Loup ».

Le bus serait-il un laboratoire de création littéraire ?

Je reviens de Londres. J’aime les bus à double étage pour visiter la ville. Les arrêts se succèdent à folle allure. Un véritable chassé-croisé. On voit mal s’y exercer des séances de confidences entre chauffeur et passagers. En taxi, la situation est différente. Derrière les vitres embuées peuvent se raconter des pans de vie humaine et des anecdotes savoureuses. Je pense au best-seller de Khaledal el Khamissi, journaliste égyptien, qui raconte 60 conversations de chauffeur de taxi cairotes.
Le conducteur de bus, lui, ne peut se laisser distraire par des conversations passagères. Il est dans sa cage, en principe, inabordable jusqu’aux arrêts. Comment fait-il alors pour faire rouler son imagination ou transformer son bus en librairie ?

Les éditeurs et les libraires belges, tout le monde le sait, ne sont pas très friands des recueils de nouvelles parce que les lecteurs préfèrent les romans, la nouvelle leur laissant un goût de trop peu. Enfin, c’est ce qu’on prétend.

Willy qui avait commencé ses publications par des nouvelles, dès 1996, publie des romans. Des romans pricipalement d’ambiance noire.
-Les profanateurs de Moirville, en 1996 ;
-Piège Charnel, en 1998 ;
-Les démons de Borgival, en 2000;
-La maison de l’otage, en 2004 ;
-Sous le charme d’Alexandra, en 2006 ; et enfin
-Pernicieusement vôtre, en 2008.

Rappelons qu’une deuxième série de 7 nouvelles est publiée en 2001 sous le titre de « Au Sunny Girl ».

J’espère, pour ma part, qu’il continuera à écrire des nouvelles et à en publier, en alternance avec ses romans.

Est-ce que je me trompe si un des secrets de sa réussite résulte de la parfaite adéquation entre ses livres et son public pour qui il écrit ? Ses lecteurs attendent des histoires et il les écrit. Après, ils lui en redemandent. Ses histoires finissent mal, mais surtout pour les mauvais. Disons pour les vrais mauvais, car même les bons ne sont pas toujours vraiment bons. Le monde n’est pas rose. On peut s’attendre à tout. Derrière les gens les plus charmants, il y a parfois des monstres. Presque tous les titres annoncent la couleur : meurtre, traque, démons, otage, pernicieux.
Mais, particularité importante, ses histoires se passent chez nous, dans le Hainaut avec des gens de chez nous que ses lecteurs reconnaissent.
Je suis certain que les voyageurs des bus du Tec, s’ils l’ont inspiré, ne lui ont inspiré que des personnages honnêtes et bons. Les mauvais généralement roulent en Mercèdes.

Willy a fermé sa librairie roulante en 2001, année de sa prépension. Il continue à vendre autant qu’avant, si pas plus.

« Pernicieusement vôtre » a d’abord été une nouvelle avant d’être un roman. La transformation a été magistralement menée sans altérer le moins du monde la qualité déjà présente dans la nouvelle. La lecture du roman, préalablement à celle de la nouvelle (ce que j’ai fait) n’enlève rien au plaisir de la lecture de la nouvelle, après celle du roman. Autrement dit : si vous avez le temps de lire le roman, choisissez le roman, sinon prenez la nouvelle. Un conseil cependant prenez le temps, on en trouve toujours, lisez les deux.

D’abord, le titre « Pernicieusement vôtre », comme le titre d’une série noire américaine.
Ne vous attendez pas à un polar genre Experts de Miami, plutôt à un Navarro sans Navarro, ni mulets. Il y aura de la police, mais trop tard, quand tout est passé. Gladys, la belle héroïne, comme vous et moi ( enfin plutôt comme vous que comme moi), anciennement mariée à un type pas bien, amoureuse d’un nouveau venu intelligent, respectueux de sa mère, perspicace, qui verra vite clair, bien qu’il ne soit pas policier mais préposé d’une compagnie d’assurances, et qui se prénomme Eric. Une adolescente du nom de Mélodie, chiante comme toutes celles de son âge, issue de Gladys et de son premier con de mari, et qui n’aimera pas les nouveaux voisins italiens du nom de Fortunata et Luigi, le voisin Luigi qui s’y connaît en voitures (comme mon garagiste qui s’appelle aussi Luigi), qui reluque un peu trop les filles trop jeunes pour lui ( le voisin et aussi mon garagiste). Luigi et Fortunata ont fabriqué une adorable jeune femme, avec qui Gladys se liera d’amitié et que notre auteur a nommé à juste titre Laetitia.
L’ambiance d’abord est à la rose. Tout le monde il est gentil, serviable, prévenant, même Luigi qui a le regard à tendance baladeuse comme tous les italiens de la soixantaine, même Fortunata qui passe son temps derrière les rideaux de sa fenêtre, et même Mélodie allongée sur son lit avec la tête dans le vide. Enfin, disons Mélodie, un peu moins que les autres. Donc tout va bien.

Bientôt quelques petits ennuis voient le jour. Des méchants gamins de quartier commettent des actes de vandalisme sur les voitures. Gladys cherche à protéger la sienne. Fortunata et Luigi vont mettre un garage à la disposition de Gladys .
Gladys commence à se poser des questions sur les voisins. L’atmosphère se déterriore progressivement au point de donner raison à l’adage que les apparences sont trompeuses et qu’il ne faut jamais s’y fier.

Ne dévoilons pas la suite. Comme dans tout polar, l’intrigue s’installe et même la fatalité s’en mêle.

Au départ d’une histoire apparemment banale, tous les rouages d’une tragédie grecque de faubourg se mettent en place. Les belles certitudes s’écroulent. Cela pourrait-il nous arriver ?

Tout est possible.
Un fils doux comme un ange tue ses deux parents et sa sœur à coups de couteaux. Un mari ouvre la porte du hall de sa maison et trouve sa femme et sa fille pendues. Une bonne mère tue ses cinq enfants dans un bain de sang et une autre supprime ses rejetons au nombre de huit après chaque naissance sans que rien ne puisse laisser supposer qu’elles auraient été capables de le faire ou qu’elles auraient eu une quelconque raison de verser dans cette horreur.
Certains commettent des actions insensées sans le moindre signe de pathologie.
Les psychiatres tentent des essais d’explication autant controversables que controversés. Ils font le beau jeu des auteurs de polar.
La vérité est soi-disant le contraire du mensonge.
Combien d’innocents ont subi la peine capitale, monsieur l’écrivain ?
Combien de coupables échappent à la justice des hommes ?


Jean Botquin

mercredi 4 août 2010

La saison des fruits






















"N'oublie pas d'embrasser les citrouilles, disait mon grand-père, quand tu iras les saluer dans le potager: ce sont les plus grands fruits de la terre dont on fait des carrosses d'or, d'un coup de baguette." Ma grand-mère disait à son tour:" C'est aux fruits que l'on distingue l'arbre. Celui qui n'en porte pas n'a pas de nom. On le regarde sans le reconnaître."



La nature est compliquée. Je n'ai pas vu le citrouillier.



Plus tard j'ai vu des pommiers sans pommes, des poiriers sans poires, des pauvres noyers sans noix et des cerisiers sans cerises. Ces erreurs-là, ce sont les jardiniers qui les réparent. Ils greffent, font des boutures et des carrosses d'or. Et alors tout va bien. On peut astiquer les bassines à confiture. Il paraît que le jardinier donne aux fleurs l'envie de prendre du ventre et de s'arrondir. Pour que la fleur grossisse bien, on doit lui enlever la gelée blanche qu'on trouve parfois au printemps dans les prairies quand il fait encore froid.



Mon grand-père m'a dit que certains fruitiers se passent de jardiniers: ils s'arrangent entre eux sans rien demander.. Dans son jardin, il y a un arbre à kiwis. Il ne portait pas de fruits. Un jour, il s'est mis à enlacer un vieux pêcher squelettique qui se mourrait à côté de lui. Voulait-il l'étouffer de ses longs doigts sinueux ? Non, non, grand-père a dit qu'il voulait simplement l'aimer pour le faire revivre. En un seul été l'arbre a tissé un grand dôme de feuilles duveteuses au-dessus du pêcher. En dessous, les pêches sont revenues, blanches et juteuses comme jadis, encore un peu étourdies de leur long sommeil. Et en même temps, vous ne le croirez pas, il y a eu des clochettes qui ont pris très vite la forme de kiwis aux couleurs de militaires camouflés sous les branches pour qu'ils aient le temps de grandir.




Des fruits, il y en a des toutes les sortes. Je les préfère accrochés aux arbres quand ils commencent à prendre du soleil que dans les corbeilles du marchant de fruits italien. J'aime bien les confitures, mais pas celle des citrouilles dont on fait des carrosses.


Jean Botquin. Texte extrait de "Jardins en Pays de Liège"

jeudi 29 juillet 2010

Agenda: dates à retenir.







-Art et Saveur à Saint-Denis en Brocqueroie, les 28 et 29 août 2010: le Rotary Club de Soignies organise, comme chaque année, un W.E. qui réunira artisans et artistes, écrivains et poètes, musiciens, producteurs de produits régionaux.



J'y serai avec tous mes livres encore disponibles, et notamment



mon Roman "Boris et Boris" qui connaît un regain d'actualité à la suite des problèmes de l'Eglise sur le plan de la sexualité. Venez nombreux, nous pourrons faire connaissance.


-Mercredi du Livre à la SABAM, le 1 septembre, 9 heures: présentation de "Pernicieusement Vôtre" de Willy Grimmonprez, par Jean Botquin.

- Tournai-la-page: je serai au Salon littéraire des Amis de Tournai, le 14 novembre.



Qu'on se le dise.






jeudi 22 juillet 2010

Noralgie. Poème inédit de Jean Botquin



















Qui étiez-vous blonde

D’abord très lointaine

Étoile à peine naissante

Dorée sur toute la longueur de votre rêve végétal

Incertaine

La tête enlacée dans votre tresse

Nouée autour d’un foulard noir

Comme étouffée par les doigts d’une liane

En détresse

Alors que hier vos cheveux clairs

Formaient encore une clairière

Sur un chemisier bleu foncé

Orné d’une guipure

Sauvant de justesse votre fragile pudeur

Insaisissable

J’attendais que votre corps m’apprenne le langage des parfums

Mélange de pétales réchauffé sur votre peau

Vanillée par l’irritation des tropiques

Et le poivre semé dans la négligence

De votre nudité que je ne faisais encore qu’imaginer

Sans doute un coup de fouet sur le frémissement nocturne

De ma peau qui rêvait de la vôtre

Un ravissement insoupçonné par les papilles au goût savant des élixirs

De Nabeul ou de Marrakech

Les jasmins parsemés sur la surface

Cachée d’un ventre aux frontières

De l’espace défini à la mesure

De l’oasis inespéré

Vous étiez toujours là quand je le souhaitais

Je n’avais pas besoin de vous retrouver

Derrière les cloisons des alcôves

Sous les baldaquins palpitants

Des îles sous les vents

Comme une perversité de la réalité

Crime que j’aurais fomenté en secret

En écrasant le noyau d’un désir d’outre tombe

Vous étiez la femme rencontrée partout

Dans l’anonymat des foules

Sortant du ventre des villes

Pareille aux mirifiques promesses

De celles qu’on attend malgré leur présence

Comme si vous montiez toujours dans le wagon

Du métro où je n’étais pas

Mais qu’importe

C’est moi qui sans doute m’étais trompé de porte

Je vous voyais là où vous n’étiez

Mirage que je formais derrière mes paupières

Qu’il suffisait de fermer pour que vous apparaissiez

Et quand j’ouvrais les yeux

Vous partiez en fuite Comme si vous vouliez cesser d’exister

Mais je savais votre prison prête à vous recevoir

Dans un bain de volupté mensongère

Où je vous dévêtirais impatiemment

Pour vous défaire de vous-même

Car mon désir me dictait

Que votre âme ne serait visible

Qu’à travers votre nudité

D’Eve repentie.

jeudi 1 juillet 2010

Mon grand-père, ce héros.


La Banque que mon père dirigea avant 1940

Et celle, reconstruite en 1948, après les bombardements de juillet 1945.Robert Botquin, un vrai banquier dont les spécimens, à l'époque, n'étaient pas rares et suscitaient confiance et respect.






Depuis 5 ans, la RTBF première produit une émission consacrée à un parent d'un auditeur dont la vie comprend des évènements qui méritent d'être contés. Cette émission a lieu durant les mois de juillet et août, tous les jours vers les 9 heures 15. C'est ainsi que, le 14 juillet, je parlerai de mon père Robert Botquin qui, comme je l'ai relaté dans "La transhumance des banquiers ", paru chez Quorum en 1996, assuma en partie la responsabilité du transport de valeurs de la Banque de Bruxelles à travers la France, en 1940.




Quorum n'existant plus, la réédition de mon ouvrage est peu envisageable, son stock a disparu dans la nature. Moi-même suis à la recherche d'exemplaires, le livre étant encore demandé.




Je remercie donc la RTBF de s'intéresser à mon livre qui ainsi renaîtra peut-être de ses cendres.




Le même jour, Télépro, en collaboration avec la RTBF, publiera un article.

lundi 28 juin 2010

Un hublot à chaque oreille Poème inédit de Jean Botquin


Un hublot à chaque oreille

Quand il la vit
il n'en cru pas ses yeux
elle portait un hublot
à chaque oreille

A bâbord et tribord
comme un navire
qui ouvre ses fenêtres
pour prendre l'air de la mer

Par ses hublots elle
regardait
ne voyait rien
n'entendait rien
pas même l'appel des sirènes

Un regard de muette
un regard de myope
un iris vague
qui n'attend rien

Et lui qui croyait
qu'elle le regardait
se mit à lui parler
en langues étrangères

Du grec ancien
du syriaque ou de l'hébreux
non du tzigane
à cause des boucles d'oreille

Le mouvement de sa langue
et de ses lèvres
palpitait comme trois oiseaux
qui ne savent plus à quelle folie
se vouer

Dire quoi
et à qui
autant se taire
devant le silence de l'étrangère



Lui souffler un secret
avec la caresse d'un tremble peureux
à l'intérieur
de ses boucles en Limoges
où s'arrondissaient ses regards
apeurés
d'un écureuil traqué par la mémoire
qui déloge

Quand il la vit
elle était assise
comme on s'assoit sur un banc
d'une place triangulaire
pour ne rien faire
attendre on ne sait quoi
que tombent les feuilles mortes
de l'orme malade
autour de soi

Elle était là
immobile
concentrée sur l'effort
de ne pas avancer vers lui
même à petits pas prudents

Elle était là
image dans un miroir
où elle se regarderait
sans se voir

Elle ne disait rien
surtout pas une sorte de petit désespoir
qui n'intéresserait
personne

Et cela
jusqu'au seuil de la nuit
où il la verrait
illuminée par la lumière
d'un astre obscur

Faisait-elle signe au monde
à travers ses hublots de porcelaine
qu'elle ne quittait jamais



Comme si se dessinaient
deux bouées de sauvetage
sur le grain de sa peau de sable


Comme si les battements
de son cœur en dépendaient

Aussi
la nuit
les anneaux
ronds de son visage
reposaient
les yeux ouverts
pour veiller sur elle
jusqu'au matin

Pourtant
lui la voyait partout
depuis bien longtemps
avant qu'il commença à la regarder
chaque jour

Même qu'elle se lovait
entre les pages du livre
qu'il essayait d'écrire sur elle
à l'encre rouge

Son livre était comme un parc
aux allées interminables
où il la suivait
pas à pas

Souvent elle s'envolait
vers les nuages qui accouraient
au-dessus les croisières blanches
sur la crête des vagues

Elle s'endormait le soir
entre ses rêves
comme entre ses bras
qui faisaient semblant
de ne rien comprendre




Car le matin l'oreiller
cherchait en vain
les marques des boucles
rondes sur sa peau
de satin

Personne
n'aurait pu écarter sa présence
façade ou falaise
debout sur la mer
Toujours
au bout de l'interrogation
elle avait les doigts
en bourgeons éclosant à la vie
après l'hiver

Parfois
arrivée au point d'orgue
un chapelet de fleurs autour de la taille
elle colorait les instants
tandis que la porte s'ouvrait
sur l'ombre d'un reflet
la clenche suspendue à un rai de lumière

De l'autre côté se fermait la quiétude

Une à une
elle recousait les corolles
qui dans l'eau étaient tombées

Ainsi
elle
dont la mire ne fait que grandir
cristal rond
gonflé par la rondeur pesante des sanglots

Aubier des tourbillons avant l'écorce
étonnement des climats et
des étangs où se noie l'Ophélie

Abeille
sur la portée d'un chant mystique
butinant de ses lèvres minces
les étoiles de larmes blondes

Sous les cheveux d'aubépine
dressés par la surprise

Elle
qui range ses pensées
dans le tiroir rond
de sa cohérence

Elle
au sein de la nacre des perles dont le collier
avait failli glisser de sa nuque
sauvé juste à temps
par ses boucles d'oreille
blanches
Quand les saisons hibernent
le sommeil se feutre
et l'on oublie de respirer
vraiment

Le temps confond le silence de l'amour
avec la mort désavouée
émigrée vers des cieux
moins cléments

Quand l'ombre se déplace dans l'avance des solstices
les soupirs gravissent les escaliers
les lettres frissonnent
avant d'épouser l'absente
les pleureurs tressaillent
en écoutant le jeu du vent

Et
l'on se laisse embarquer
dans la traversée des îles
tout au-delà des aubes

Saphique en ses méandres
et sa musique particulière
bercée enivrée
dès lors qu'elle avait commencé
de marcher sur l'onde crépusculaire
dans l'odeur des palmes brûlées
les ailes en cendres
les regards cerclés précieusement
par l'écoute de ses boucles
rondes



Réapparition constante
comme un refrain
sur la paume de la mer
où elle succombe pour renaître
toujours plus réduite
au rang des sirènes
par le langage de celui
qui n'ose s'exprimer

Il trempait sa plume
dans l'encre des hibiscus
il rougissait ses messages qu'il cachait
a ceux qui auraient eu envie de les lire
recopiant les trilles des rossignols
aux langueurs de danses aériennes
comme s'il allait l'épouser

Elle
à la fois
tache de lumière et
laurier à l'orée du monde

Nue
à l'aube
de la densité
des routes forestières

Voilà
comment dire
pendant qu'elle

Elle
dans le noyau du cœur
martelé de petites peurs
déchirée à coup de petites dents
aiguise un couteau
ou un clou bleu
forgé au feu de son cerveau
qui la transperce
de douleur

Elle
toujours
qui maintenant sommeille
le corps nu dans une robe de lune
longue fragile transparente

Nuit de cils endormis
front tendu sur deux rides
qui la prolongent
au-delà de son exil

Et l'arc se brisait
au-dessus
d'une tendresse abusée

Les rues
frôlaient les maisons
aux volets fermés

Les mots métissés
de vermeils et d'émaux
frappaient aux portes closes

Ils se brisaient les ongles
sur les arondes
se faisaient les griffes
jusqu'au sang

Derrière les failles
tremblaient
les flammes des bougies

De longs chagrins
s'échangeaient des confidences
autour des tables à souvenirs

Pâles les enfants des villes
les regardaient par les trous de serrure
avant de pleurer

Lui
par contre
la contemplait
toujours plus

Elle
qui s'était réfugiée sous le clocher du délire
se balançant aux anneaux de ses oreilles
de bâbord à tribord
comme les hublots de son navire
en pleine haute mer


Elle
toujours plus belle
comme une phrase achevée

Assise encore
sous la cloche
de la place triangulaire

Chaque fois qu'il la revoyait
irréelle comme une image
sur l'eau de ses rêves



Jean Botquin

mardi 22 juin 2010

En vrac de Cappadoce et de la région d'Antalya (Turquie)


Les cheminées de
Fées ne sont pas nées coiffées
Au sein de la terre

J'étais neige à tes rayons,
Je fondis
La terre me but
Brouillard d'esprit
Je remonte vers le Soleil
(Mysticisme Soufi- épitaphe du derviche et poète Soleil de Chabriz)

Derviche tourne
Tes bras et ton regard bleu
Vers les étoiles


Le torrent est prêt
Du haut de la falaise
Á plonger en mer


















La cascade fume
Au-dessus de la mer bleue
Frisson des poissons




















Les étoiles se
Reflètent dans le miroir
De tes yeux pâles

































































































Quelques réflexions d'Hasan, notre guide:

-L'argent des riches fatigue la bouche des pauvres,

-Là où il y a élevage de moutons, on trouve des ânes,

-Ce sont les ânes qui choisissent la pente des routes de montagne,

-Les musulmans turcs boivent de l'alcool ( notamment le raki) tous les jours sauf le jeudi veille du vendredi,


-Les invités mangent ce qu'ils trouvent, pas ce qu'ils espèrent,

-La Turquie est un pays de voitures d'occasion,

-En Turquie les personnes âgées et les enfants sont rois (solidarité dans la société turque)

+++++

Encore des haïkus de Jean Botquin:

+++++

L'abricot sèche
Son petit sexe avant d'être
Mangé en hiver

+++++

Jujube juteux
Tu bécotes mon palais
Je salives

samedi 22 mai 2010

Agenda: 28 mai à la bibliothèque du Roeulx, dès 19 heures

Galerie Nadja Vilenne (Liège)
Pauk
de Leo Coper


Willy Grimmonprez chez moi.



Présentation de Willy Grimmonprez, auteur de romans policiers, originaire de Centre Hainaut, à la bibliothèque du Roeulx, rue des écoles, 156 - 7070 Thieu., par Jean Botquin.






Un cas unique dans la littérature de la région. Comment un chauffeur des autobus du Tec passe du volant de son bus à l'écriture de romans policiers et se fait une clientèle de lecteurs parmi les nombreux passagers.

lundi 17 mai 2010

La revanche de Malika Madi


Il y a dix ans, Malika Madi publiait son premier roman qui obtint le prix de la Communauté Française pour la première oeuvre, "Nuits d'encre pour Farah". Depuis, d'autres écrits, nouvelles, essais, roman etc., ont suivi avant "Chamsa, fille du soleil", paru chez Les Éditions du Cygne, à Paris, début 2010, roman quasi antinomique du premier.
J'ai eu le plaisir de présenter ce nouveau roman avec Joseph Bodson, à l'AREW, le mercredi 12 mai, en compagnie de l'auteure.
Le premier roman se termine sur un échec. Á 17 ans Farah qui ambitionnait une carrière
d'enseignante littéraire se voit bloquée
par ses parents immigrés algériens
dans la poursuite de ses études, et se
retrouve très rapidement mariée,
comme il se doit pour toute bonne fille,
à un kabyle qu'elle n'a pas choisi. Le
sort lui est funeste car elle se révèle
aussi incapable d'avoir des enfants.
Après quelques années de vie conjugale
en Algérie, elle retourne en Belgique où
elle est née, dans l'espoir de trouver
une solution médicale à son problème
de stérilité. L'auteure nous laisse dans
l'ignorance de la suite mais le titre
du roman laisse supposer, hélas, que
les nuits d'encre de Farah se pour-
suivront longtemps encore.




Trois ans après ce premier roman, Malika aborde le thème de la violence (viol collectif) dans " Les Silences de Médéa", livre en voie d'adaptation cinématographique.
Après la nuit, la lumière donne naissance à une femme solaire qui construira sa vie de manière autonome et évitera ainsi toutes les embûches familiales et sociales, dont Farah n'avait pu se jouer. Pour que Chamsa
réussisse son entreprise de vie,
l'auteure la fait évoluer dans l'espace
d'un conte (oriental) et renoue ainsi avec d'anciennes traditions arabes (Contes des mille et une nuits). La tante de Chamsa (comme une bonne fée) lui trace le chemin qui lui permettra de se libérer de sa mère. Elle commence par se marier avec un garçon de son village, Khaled, à qui elle ne promet qu'une fidélité de six mois bien qu'elle l'aimera cependant au moins pendant vingt ans. D'autres amant(e)s ou maris suivront, chaque fois, pour des périodes limitées dans le temps.
Parallèlement à cet apprentissage de l'amour et de la séduction, Chamsa se développe intellectuellement, ce qui lui permettra d'entreprendre l'écriture
d'un livre important capable de
redresser les fausses idées, existant tant
en Occident qu'en Orient, sur l'érotisme.



Si dans le premier roman, le rêve meurt à 17 ans, ici, il commence seulement à cet âge. Le mariage n'est pas un obstacle, s'il constitue un choix relatif et s'il suppose une liberté de création qui n'est pas que celle de la reproduction de l'espèce humaine. Chamsa choisit de ne pas faire d'enfants alors que Farah était incapable d'en avoir.
Cette nouvelle oeuvre est donc optimiste. Elle contient mains passages d'un érotisme poétique surprenant auquel Malika Madi ne nous avait pas habitué, sauf à travers la très belle nouvelle publiée récemment dans un recueil collectif, chez Luce Wilquin, "Des nouvelles de Mons".
Voilà deux très belles lectures à conseiller vivement.
Jean Botquin.



vendredi 7 mai 2010

Où l'on parle de " La gondole de l'Orient Express" à " La Plume Vagabonde" à Erquelinnes.






















Une panne d'ordinateur catastrophique m'a empêché de remercier, officiellement, plus tôt, Véronique Flabat-Piot pour l'accueil qu'elle m'a réservé dans sa soirée des lettres du 15 avril 2010, en compagnie de Roseline Gilles-Renier, également célébrée ce soir-là.






La salle des mariages de l'Hôtel de Ville d'Erquelinnes était pleine.






J'ai réuni quelques photos de l'évènement, auxquelles j'ai ajouté une représentation d'art contemporain d'une gondole, capturée au stand de Nadja Vilenne à la foire de Bruxelles, le avril 2010.






Ce soir-là (le 15 avril), il a beaucoup été question d'une mouche énigmatique que d'aucuns ont considéré, à tort ou à raison, comme la vedette des nombreux personnages de mon recueil de nouvelles. "Horresco referens ". La gondole détrônée par une mouche, me direz-vous ? Il semble que oui. Quand je dis qu'il y a été question, c'est bien ainsi qu'il faut l'entendre. Question mais pas réponse. La réponse étant réservée aux futurs lecteurs, nombreux, qui ont acquis le livre en fin de séance dans l'espoir avoué de rencontrer cette mouche délectable. Voilà un récit qui fera mouche, honni soit qui mal y pense !