mercredi 23 juillet 2008

Agriturismo Fattoria Settepassi à Ponte Buggianese en Toscane












Quelques photos d'un séjour plein de charme dans la campagne Toscane, entre Pise et Florence, où Francesca et Benjamin (voir la Nouvelle "Le syndrome de Stendhal") ont trouvé refuge. Consultez aussi http://www.rphotels.com/ et http://www.rpviaggi.com/ pour plus de détails. La Fattoria Settepassi est une ancienne fabrique de cigares heureusement convertie en hôtel et centre de conférences dans un domaine de 130ha.
Je dédicace ces photos à tous les visiteurs de mon site, et notamment à ceux de Wauthier-Braine et Seneffe qui ensemble m'ont rendu près de 80 visites depuis le mois de juin. Faites- vous connaître en m'adressant un commentaire sur mon blog où un courriel au botquin.jean@gmail.com . Merci pour votre intéret et votre fidélité.

L'amour en vacances. Extraits de "la mer occitane", premier prix du livre du Festival de la mer à Argeles-sur-mer en 2002.







Photos Marianne septembre 2007
Textes Jean 2002










Au premier rayon de soleil
le lys ouvre sa robe
entêtante
le coeur matinal
sur un lit de pétales
de volupté brillante
oiseau androgyne immobile
au regard envoûtant
de l'ange noir

Miracle
dans les cours des palais palatins
le cycle du lys reprend de matin en matin
collier gitan de flamencos odorants
chaînes de sardanes
qui déchaînent les sangs avides
de cris et de chants

Plus bas
la mer occitane harcèle les remparts
des vaisseaux de pierre
et des ports rouges
embrassant
les flots
bousculés par la tramontane
Cependant
les lys s'éclatant dans nos têtes
écument leurs parfums obsédants
leurs liqueurs
et alcools
ivresse de nos larmes
Chaque soir assis
dos à dos
côte à côte
l'un dans l'autre
valves d'un fruit
de la mer occitane
chaque soir assis devant l'horizon
ouvert
à regarder
l'éclipse de la nuit
et les écarts du silence
alors que tes lèvres ont un goût
de vanille
chaque soir se regarder
comme si c'était l'avant dernière fois
voir dans ta pupille se lever la lune
et s'épingler les étoiles
croire que l'âge n'existe pas
(invention de l'envie et de la médisance)
chaque soir se préparer
à border la mer
de notre reconnaissance
avec le pli
hésitant
entre le sucre et le sel
Peut-être le temps
peut-être les grains de sable sur la peau
le hâle de ta peau qui sentait le cèdre
et le poivre
le goût ou le parfum à la frontière
du mélange des sens
qui perdent
la tête
l'hypnose des harpes aussi
dans les oreilles
à travers
le seuil de l'ambroisie
où on s'arrête
en pensant à la mer occitane
en la regardant par la fenêtre
immense
étrangère
après on se retourne car c'est trop fort
presque insupportable
incompréhensible comme les crêtes
d'une mort passagère
Peut-être la nuit
les volets battant sur le vent des étoiles
et la neige noire brûlée par endroit
un quart de lune reflétée
dans les yeux ouverts
alors que ton regard semble dormir
mais l'errance nous attend
beaucoup plus loin
dans l'espace d'un cauchemar
qui nous rapproche
Et
s'effeuillent nos souffles
aux prémisses de l'aube
où se meuvent
le pourpre et l'iris de la peur
qui me fait prendre ta main
Peut-être le petit jour
quand nous nous embarquions
au bout de la plaine
légèrement
penchée vers la mer
quittant le liseré des roseaux
et les quelques arbres
les derniers avant les dunes
un peu rabougries
avant la lagune
où se creusent les pôles abolis
juste à l'endroit où l'on retrouve
la brise oubliée la veille
avec une odeur très forte
de marée saumâtre et de vase
alors que l'idée nous prend d'abandonner
le reste de nos vêtements
et tu ris parce qu'il est tout petit
perdu dans son pelage gris
la peau fripée
et brun partout
par le soleil
comme mes mains tavelées
et ma peau boucanée
même là quand elle fait des plis
où se fourrent le sel et le sable
et les pointes de tes seins
sont des friandises salées
des petits rochers
croquants et mystérieux
et tu dis tu vois il se réveille
et tu ris encore
parce qu'il est grand
et fier
Peut-être la journée sous les platanes
les tables d'ombre aux terrasses
la lumière dans les verres
les porches des églises
aux nefs encore chaudes de l'été
les ruelles qui dégringolent vers le port
depuis le château fort
de la cité occitane
les étals de tomates d'aubergines de poivrons
de piments rouges comme du sang
et partout un air de féria
les fenêtres des cuisines ouvertes
d'où s'échappent les voix
les chants et les senteurs
d'ail et d'huile d'olive
et le filet d'eau dans les venelles
qui court depuis la fontaine
assurément les couleurs fauves de la journée
la lumière du ciel
le hâle de ton visage
le coup de pinceau
de tes lèvres
l'ivoire de tes dents
dans le quartier de melon
et les clochettes de ton rire
accrochées
au miroir de tes yeux
qui cascadent
sous la tonnelle
de vigne d'or
+
++
+
"La mer occitane" n'est pas épuisée. Il en reste encore quelques dizaines d'exemplaires On peut le commander par mail chez moi au prix de 17 € port non compris. Le livre n'est plus diffusé en librairie mais il peut y être commandé. Maison d'Edition Memory Press.

Saint-Michel-de-Cuxa et "La mer occitane"




Orage maternel de la voie lactée
de ta chair inespérée et vivante
dans laquelle j'entrais à nouveau
avec toi comme nous entrions
par l'éloge étroit
d'une voûte romane
vers le chant d'un cloître
que notre regard ciselait
avec la brise d'or
d'un orfèvre
J'étais le visiteur
des neiges d'antan
quand le feu s'allume
sur le rivage
où meurt le plain-chant
du silence
au couchant
de la mer occitane



Texte 2002 et photos Marianne septembre 2007

Peinture d'Hantaï et " La mer d'Occitane"

Pliages
dépliages
de nos plages intérieures
de nos corps en extase
Fresque involontaire
du destin inconscient
des gestes répétés
dans une litanie de verbes et de paroles
dans le rituel longuement préparé
des germes et des semences
des racines obscures de la nuit
Pliages
dépliages
des visages
qui se dérident comme une rivière
dans la transparence
du lac inattendu
Et de la robe d'azur
pliée dépliée
toujours plus grande
toujours plus claire
voguant sans frontière
d'une cime à l'autre

Peinture d'Hantaï
à l'écriture rose
illisible et
sainte
MARIALE
1960
huile sur toile,
293.6x209.5 CM. MNAM.
reproduction de l'ouvrage d'Anne Baldassari
sur Simon Hantaï
Centre Pompidou Paris

mercredi 16 juillet 2008

Si vous aimez les Nouvelles...



A la page 108 du numéro 6-7 de la Revue Générale dans lequel vient de paraître l'article très élogieux de Jacques Rogissart sur "La gondole de l'Orient Express", la R.G. recommande la lecture de mon livre à ceux qui aiment les nouvelles, dans une rubrique "quelques suggestions pour vos lectures estivales". Merci beaucoup, chère France Bastia et cher Jacques Rogissart. Un baume sur le coeur d'un auteur qui doute tous les jours de lui-même !



A tous et à toutes


BONNES LECTURES D'ETE

vendredi 11 juillet 2008

En voyage avec Jean Botquin

(double-cliquer pour agrandir)
Ci-contre le texte que Chris Vercruysse a consacré à "La gondole de l'Orient Express dans la revue des anciens du collège où j'ai usé mes culottes à Kortrijk (Courtrai), aujourd'hui Sint- Amandsscholen ( le collège a proliféré).
J'y suis considéré comme un flamand écrivant en français, alors que "Le Rail" me présente comme un pur wallon et qu'un organe politique wallingant a cité la quatrième de couverture de mon recueil en oubliant dans le dernier paragraphe le mot belge qui accompagnait celui d'écrivain. Or, je suis d'abord moi-même, c'est à dire belge par attachement, flamand et wallon par culture, par ma grand-mère courtraisienne et par mon grand-père tournaisien, français par ma petite maman tant aimée qui m'a fait découvrir toutes les beautés de la France battue par les forces flamandes et wallonnes à la bataille de Kortricke en 1302, rebaptisée "des éperons d'or" par un francophone (comme Yves Leterme) anversois du patronyme de Conscience (en Néerlandais Geweten). Donc je suis un pur produit du bric-à-brac historique, hypersensible quand on lui marche sur les pieds et qui supporte mal les critiques littéraires quand ces dernières ne sont pas gentilles avec lui.
Depuis mes humanités les esprits ce sont beaucoup ouverts sur tous les plans dans mon école. Mes nouvelles ne sont pas des morceaux choisis pour grenouilles de bénitier. Déjà "Boris et Boris" n'avait pas suscité de hauts cris ni de réprobation offusquée.
Chris Vercruysse est un ami découvert sur le tard qui m'a fait (re)connaître par cette vénérable institution religieuse flamande. Ce collège épiscopal a fait de moi un amoureux de la littérature universelle et un bon bilingue. Comme dit mon ami Chris, je suis un voyageur et un nomade qui recueille au cours de ses périples les richesses du monde, celles des sentiments comme celles qui nourrissent les conceptions sur l'existence, la psychologie comme la philosophie. Tout s'explique toujours et il n'y a pas de hasard. Notre histoire personnelle se construit progressivement vers un présent éternel.

vendredi 4 juillet 2008

Prière pour une soeur défunte







Elles étaient quatre soeurs. Trois sont décédées. L'ainée, il y a quelques jours. Elles sont mortes dans le désordre, sans respect d'un chronologie. Reste celle qui par vocation a soigné les trois autres, avec un dévouement jamais désavoué. Dieu l'a gardée pour la fin. Qu'Il la laisse encore longtemps en notre compagnie.


Nous qui sommes parties avant toi,
Grande sœur, nous t’accueillons.
Te voilà enfin, au paradis, avec papa et maman
Que tu as si fidèlement servis,
Comme s’ils étaient tes enfants…

Tous et toutes,
Tu nous nourrissais de la mie de ta sagesse
Mêlée parfois d’un brin de folie.
Ton sourire mélangeait le miel de l’amour
A la générosité de tes gestes.

Que tu étais bonne, grande sœur,
Tu nous aimais et tu nous aimes
Comme si, nous aussi, tu nous avais enfantées
Avec l’impatience de ta nature
Emplie de joie et de gaîté.

Il y a encore beaucoup de place au ciel,
Ô pèlerins de la vie,
Vous qui portez les souvenirs
Que nous avons laissés
Pour vous distraire de la tristesse
Et savourer la douceur de notre amour céleste.

Et toi qui restes la dernière,
Parce que ta vocation était de soigner
Les tiens encore plus que les autres,
Du haut du ciel nous te disons merci
Pour tant de dévouement,
De sacrifice et d’amour sur terre.

A Jacqueline et Marie-Jeanne

De la part de Yvonne et Monique

mardi 17 juin 2008

Des nouvelles de mon recueil de nouvelles "La gondole de l'Orient Express"


Photo à l'origine de la nouvelle, prise par Marianne, en février 2002.
Dans les pages culture du mensuel des oeuvres sociales de la SNCB Holding (Juin 2008) LE RAIL:



Je cite quelques passages...sans trop de fausse modestie.

-Ecrire des nouvelles est peut-être l'exercice le plus difficile qui soit dans l'art littéraire. Pour captiver le lecteur en peu de pages, il faut un récit enlevé et sobre de détails, un style qui stimule l'intérêt au lieu de l'assoupir et un fil d'intrigue très solide pour mener à une conclusion qui frappe l'esprit. Eh bien, voici une réussite du genre dans ce volume...

-On reconnaît ici le maître à sa capacité de moduler son style en fonction d'un changement d'atmosphère. S'il fallait identifier un facteur dominant à presque toutes ses ingénieuses équations, nous désignerions la fatalité. ...Ses personnages voient s'accomplir leur destin sous l'empire de quelque chose qui opère peut-être à l'insu de leur conscience.

-L'auteur excelle à décrire aussi bien la discrète mélancolie que la satisfaction dilatée par l'accomplissement...

Que mon livre ait plu à un homme cultivé de la SNCB n'étonnera personne. Sur les 19 nouvelles
trois se passent au moins partiellement dans un train. Le train, le lieu de tous mes rêves d'enfant...

Dans "Le Carnet et les instants" de la Direction Générale de la Culture de la Communauté Française de Belgique, p. 97 et 98, sous le titre de "L'imagination vagabonde" de Francine Ghysen.

Merci à vous, Francine Ghysen, d'avoir perdu votre chemin dans le vagabondage de mon imagination et de l'avoir retrouvé sous tant de couleurs dont vous avez assorti les nouvelles sur lesquelles vous vous êtes arrêtée. Le noir, le blanc, le rouge et la couleur du feu. Merci d'avoir ressenti le frémissement des lettres d'Anaïs et de Noël dans un Amour délocalisé, le caractère obsessionnel d'une situation freudienne dans la Mezzanine, l'angoisse de la ressemblance étouffante dans le parfum redoutable de la ressemblance, l'émotion d'un amour filial dans les Virgiles, et cette histoire d'amitié entre un touriste belge et ce vieux gondolier dans La Gondole de l'Orient Express que vous avez qualifiée de nouvelle la plus belle de mon recueil.

Et tant pis pour vous et aussi pour moi, si vous avez prononcé le mot d'élucubration, sans doute à propos de certaines de mes nouvelles où l'imagination devient fantastique et dont vous n'avez pas parlé et que d'autres ont aimé. On ne peut pas plaire à tout le monde. Mais à part mes coquilles qu'un éditeur devrait toujours éliminer -quand il les voit- je vous défie de me prouver que parfois mon écriture est hâtive ou approximative aussi hâtive et approximative que peut l'être la lecture des critiques littéraires. Heureusement que certaines nouvelles touchent et retiennent, comme vous avez dit, cela répare.

Dans Reflets Wallonie-Bruxelles, numéro 15, une recension fort agréable de Isabelle Fable.

Que des gentillesses de ta part, Isabelle! Est-ce que je les mérite ?
Un titre attirant, des textes qui se goûtent individuellement. Ils se répondent et se heurtent, dis-tu , comme des balles de ping-pong que se lance l'auteur. Tu y trouves deux veines, celle de l'esprit et celle du corps. Deux voies, le quotidien le plus banal et la fantamasgorie la plus débridée.
Et puis aussi: une richesse intellectuelle, ensoleillée par un grand amour de la vie et du beau, beaucoup de sensualité, beaucoup d'émotion, de sensibilité, une fraîcheur d'âme qui n'hésite pas à se baigner dans le sexe, peut-être une envie de provoquer....
Tu dis encore que dans mes nouvelles l'histoire, la géographie et la mythologie auréolent le quotidien le plus insignifiant et le magnifient.
Et comme si ce n'était pas encore assez, tu ajoutes que je fais prendre conscience des choses, aller même au-delà de la conscience dans les champs inconnus de la Connaissance et de l'Inconnaissable.
Enfin tu parles du rêve dans lequel je fais plonger mes lecteurs. Mais oui, le rêve est un peu mon univers et sans doute le pays de mes faiblesses.
Merci Isabelle.

jeudi 29 mai 2008

La maladie. Extrait du Front haut (il y a 9 ans)

Les femmes ferment les tentures car la nuit tombe comme tombent les paupières sur nos yeux fatigués.

Je voulais savoir jusqu'où t'avait menée cette folie qui ne correspondait plus à la mienne.

Alors, je suis allé découvrir ce que je n'ignorais plus.

J'y allais en sachant que j'entrerais dans la nuit peut-être définitive.

Les nébuleuses s'étaient écartées de moi, j'étais marqué du sceau d'une maladie étrange.

J'avais dans mon crâne des larmes d'acier.

J'avais dans mon coeur un sentiment de chair inépuisable.


Jusqu'où peut-on aller sur le chemin de la désillusion, dans le besoin de savoir par où la mort de la passion survient.


Mon âme était comme un lit où l'on surprend le mensonge.

J'étais une chambre sans fenêtre où les songes éteints se buttent contre les murs à la recherche d'une liberté illusoire.

mercredi 28 mai 2008

Livres collectifs auxquels j'ai participé avec des textes en prose, nouvelles ou morceaux divers











Cinq livres ont paru:

-Résonances, chez Luce Wilquin, en octobre 2004, avec ma nouvelle La Mémoire de l'Insoumise


-Cercles, chez Quadrature, en février 2005, avec ma nouvelle La Dame aux Nymphéas


-Etranger, j'écris ton nom, chez Couleur Livre, en février 2007, avec ma nouvelle Un amour délocalisé


-Et le Monde Regarde, chez Editions du Cerisier, en 2007, avec mon texte La croisade de Stéphane de Cloyes


-Droits de l'homme, j'écris vos noms, chez Couleur Livre, en mai 2008,avec mon texte sur l'article 8 de la Déclaration des droits de l'homme.


Mes participations dans des ouvrages de poésie collectifs



























En vrac, quelques ouvrages où l'on peut lire certains textes poétiques ou poèmes (libres) de mon cru:
-Dissidences an 2000 Collection l'Aéropage Dijon France
-Soif de mots (Tome 13) Editions du Brontosaure 2002 Les Granges-le-Roi France
-Dissidences an 2004 Collection l'Aéropage Dijon France
-Les Jardins de Liège Editions Vincent Botta 2005
-Revue du Grenier Jane Tony Anthologie 2007
-Le Non-Dit Bruxelles 2007 Maisons et maisons intérieures

mardi 27 mai 2008

L'affaire M/ Banque X

Le livre de Hervé Broquet, "Droits de l'homme, j'écris vos noms", est sur ma table de travail. Je l'ai reçu par la poste avec le texte que je lui destinais et que j'avais eu du mal à écrire. Je l'ai relu, une nouvelle fois comme si je le découvrais seulement maintenant. Un texte publié ne fait pas le même effet que le manuscrit, l'émotion est toujours plus grande. Pourtant, je n'ai pas tout dit, j'ai à peine entrouvert une porte, en l'écrivant je me suis retenu, pudiquement. J' ai passé sous silence que, mon père et moi, nous nous sommes beaucoup opposés, que souvent nous ne nous sommes pas compris, que nous avons longtemps vécu en désaccord, lui, l'homme des chiffres et, moi, l'homme des lettres, le jeune homme qui se pensait homme de lettres. Comme beaucoup d'autodidactes, il vivait dans l'intolérance des autoritaires, il voulait imposer ses idées. Il disait:" Je ne sais pas si vous êtes d'accord, mais c'est comme ça". C'était sa formule. Alors, il me voussoyait. Je pensais qu'un père devait tutoyer ses enfants. S'il me disait vous, c'est que j'avais mérité une punition, que je n'avais pas observé la règle, que j'étais coupable de quelque chose, et j'ignorais pourquoi. Sans le dire ouvertement, j'ai beaucoup parlé de lui dans mes livres, à travers mes personnages, dans tous mes romans. Il m'a fort marqué, je lui en ai beaucoup voulu mais il a suffit qu'il meure pour que je ne lui en veuille plus, et même que je lui donne raison.

J'ai retrouvé un poème inédit daté du 17 février 1972. Le voilà.

Au-delà du dernier souffle qu'emporte la mort
Père, dis-moi, si tu existes encore
Car la vie s'est retirée de toi
Ecorce fragile que nous avons portée en terre

Les mailles se sont défaites
Les images se décousent autour d'un lit d'apparat
Tel celui d'un gisant antique
Au milieu des fleurs et des gestes
Qui tentent de retenir le temps d'ici-bas

Au terme de la vie, Père, existes-tu ?
Le présent prolonge ton passé
Dans d'innombrables racines
Quel avenir accueillira ton éternel aujourd'hui ?
Notre espérance est traversée d'angoisse
Nous pleurons ton départ
Il ne reste que l'amour
Dans lequel tu survis.

dimanche 18 mai 2008

Le printemps des jardins

Pour en savoir plus sur ce beau livre de photographies de jardins de la région de Liège, édité par Vincent Botta, surfez sur http://www.jardinsenpaysdeliege.be/. J'ai eu le plaisir et l'honneur d'y publier quelques textes, avec d'autres auteurs: Godelieve Rulmont-Ugueux et François-Xavier Nève. Voici l'un de mes textes, précédé d'une photo prise par Marianne.

LES JARDINS
Dieu n'a pas pensé qu'il fallait les sauver du Déluge, les jardins, ils se débrouilleraient bien sans Lui, sans l'Arche de Noé, pleine à craquer même de reptiles. Quarante jours et quarante nuits qu'il a plu sur la terre. Puis l'eau s'est évaporée pendant cent cinquante jours. La colombe de Noé est partie à tire-d'aile. Elle est revenue, une feuille fraîche d'olivier au bec. Pendant que Noé et sa famille se doraient au soleil, la terre a continué de sécher. Les semences noyées ont germé. Les pentes du mont Ararat ont verdi, mieux qu'avant, plus luxuriantes, avec des fleurs partout autour. Les pelouses sont revenues, le long des chemins tirés au cordeau. Des parterres se sont formés, bien rangés, bien ordonnés. Alors, les enfants de Noé ont dévalé les pentes pour s'égailler dans tous les sens et jouer sur la terre qui ressemblait à un grand paradis terrestre.
On ne la jamais oublié, le paradis terrestre. Jamais. On cherche à le reproduire, en petit comme un jardin secret ou en plus grand dans le désir de croître. On garnit un balcon parisien d'herbes de Provence et de lavande. On installe des terrasses suspendues comme à Babylone. On cache son jardin entre quatre murs pour ne pas le montrer au voisin. Certains ont le chic de mettre une oasis entre deux usines. On crée des barrières de cyprès pour lutter contre l'obsession des villes. Tout est fait pour rappeler l'inoubliable paradis perdu...
Chaque carré de jardin est comme un défi, une conjuration de l'intérieur contre la menace de l'extérieur et parfois de nous-mêmes. Alors le jardin se crée à notre mesure, Généralife du pauvre ou du nanti, jardin andalou, anglais, japonais, à la française, patio marocain au sein d'un Riad qui s'offre le luxe de l'ombre, des parfums et de la méditation.
Tous ont une âme, car les jardins sans âme, on le savait, n'ont pas de maître.
J.B.

samedi 17 mai 2008

La mer du Nord


Deux jours à la mer du Nord nous ont permis, ma femme et moi, de nous souvenir de la mer de notre enfance, celle du Nord comme je l'ai décrite dans un texte du Front Haut.
°
° °
Voilà l'hiver - ou presque - et la mer, la vraie, celle du Nord. Sur la plage infinie, des mouettes, des goélands, entre la rangée de dunes et la vague qui se meurt, le sable mouillé, les coquillages écrasés brillant sous l'eau que la marée aspire. Seuls, elle et lui marchant pieds nus le long de la mer, elle une jupe de vent, un chapeau d'embruns, les yeux pleins de larmes et de froid, le nez humide, lui, avec un air de marin, la retenant par la main afin qu'elle ne s'échappe pas, afin qu'il puisse la garder, la regarder, alors qu'elle n'est pas à lui, qu'elle est toujours ailleurs, dont l'âme vole comme un goéland qui reprend le ciel au-dessus de la mer, comme un voilier qui quitte l'estacade, toujours en partance, affolée par l'espace et par le vide, vivant portes et fenêtres grandes ouvertes sur la mer, fermées sur l'intérieur d'elle-même, afin que personne n'y entre, personne, même pas lui, enfin peut-être un peu de lui, très peu de lui. Plus tard, on aurait pu croire que c'était la nuit tellement le ciel était plein de pluie. La jupe lui collait aux cuisses. Ses souliers glissaient sur la digue.. Ils se tenaient aux balustrades comme si la mer allait les emporter. Plus tard encore, on les vit enlacés. Ils se tenaient l'un à l'autre comme s'ils avaient peur de se séparer. En tous cas, c'était l'impression qu'ils laissaient derrière eux qui avançaient toujours plus loin le long de la mer, la vraie, celle du Nord.


mardi 13 mai 2008

Un rendez-vous à l'Abbaye de Saint-Denis en Bloqueroie, les 30 et 31 août 2008

Pour illustrer cet évènement auquel je compte participer, afin de rencontrer mes amis lecteurs qui songeraient à se balader dans cette jolie région située près du village de Casteau, je reproduis ci-après un texte que j'ai écris l'an dernier, installé derrière mes livres, en attendant les visiteurs.

Trou d'air

Nul n'ignore que la poésie donne des ailes. Toutefois, qu'elle puisse transformer ma vieille Fiat Bravo en hélicoptère, voire en F16 collé aux sinuosités de la route et des chemins creux de Gottignies, relève du surnaturel ou du paranormal.
C'est, cependant, ce que j'ai vécu ce matin. Je vous le jure. Mon véhicule surfait entre le Roeulx et l'Abbaye de Saint-Denis de Broqueroie. Il glissait sur les longues phrases de mes pensées. Tout cela à la fin d'un été maussade que personne n'avait choisi. Ces phrases, je les inventais, de borne en borne, dans la bruine d'un matin qu'on m'avait pourtant promis ensoleillé.
On m'avait prévenu sur l'état des routes. Elles sont mauvaises, pleines d'ornières et de surprises désagréables. "Pour bien faire, il faudrait rouler à quelques centimètres au-dessus du sol." C'est ce que ma bonne vieille voiture faisait, comme par miracle.
Vous pouvez emprunter n'importe quel chemin, il vous mènera à la vallée de l'Obrecheuil et ses étangs entourés de bois. Quelqu'un m'avait dit aussi: "Ces routes sont comme des cordons ombilicaux convergeant tous vers le coeur de l'enchantement."
Autour de moi, il devait y avoir quantité de gnomes et de sorcières, cachés dans la bruine. J'ai cru les voir vraiment quand un hurluberlu qui me suivait me fit des appels de phares. On n'est jamais tranquille. Il me sollicitait comme si j'étais une jolie fille, moi ce chauffeur échevelé et barbu...Que Saint Denis ait pitié de sa bêtise.
Après Thieusies, mon dragueur m'abandonna et je poursuivi mon vol plané. J'avais ouvert les ailes de mon rêve. Mon âme cherchait à s'échapper, emportée par le pouvoir des mots dont ma voiture était remplie. Mes livres sur ma banquette arrière étaient heureux; ils étaient en vacances. Ils allaient rencontrer des lecteurs, et, sinon, prendraient l'air comme vous et moi, à la fin d'un été. Je suis arrivé à bon port, face au portail de l'Abbaye.

C'est alors qu'un homme m'apostropha:
-Vous roulez comme ça ?
-Comment comme ça ?
-Votre pneu arrière droit, vous l'avez vu ?
-Comment voulez-vous que je le vois. Je n'ai pas des yeux en rétroviseur. Eh! quoi, il ne vous plaît pas ?
-Votre pneu arrière droit est complètement déchiré!

Je vous promets que cette année-ci je vérifierai mes pneus avant de partir.